Accès à un médecin de famille

Québec s’éloigne de sa cible

Plutôt que de se rapprocher de l’atteinte de la cible pour l’inscription des Québécois auprès d’un médecin de famille – fixée à 85 % de la population par le ministre de la Santé Gaétan Barrette –, le Québec s’en éloigne.

Ainsi, 78,99 % des Québécois avaient un médecin de famille en date du 31 janvier, montrent les plus récents chiffres de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

Il s’agit d’un recul par rapport aux chiffres datant de la fin de décembre, alors que 79,44 % des Québécois en avaient un.

« Je ne suis vraiment pas inquiet », a dit à La Presse le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin.

La FMOQ dit avoir bon espoir d’atteindre la cible fixée par Québec « au courant de l’année 2018 ».

Rappelons que le ministre Barrette, fin décembre, avait prévenu que l’atteinte de sa cible ne serait pas possible d’ici la fin de l’année comme il l’avait promis, et ce, même s’il avait changé les règles du jeu dans l’espoir de l’atteindre plus facilement. Le 20 décembre, Gaétan Barrette affirmait que « le 85 % [allait] être atteint dans le prochain trimestre », donc d’ici Pâques.

La cible de 85 % a été fixée en juin 2015 dans une entente entre Gaétan Barrette et la FMOQ. Le taux d’inscription était alors de 69,4 %. Le ministre disait à l’époque que si la cible devait ne pas être atteinte au 31 décembre 2017, sa « loi 20 » serait mise en application et, par conséquent, les médecins de famille qui ne respecteraient pas l’entente verraient leur rémunération amputée jusqu’à 30 %.

Or, les choses ont changé en octobre dernier : le ministre a suspendu la loi au moment où il était prévisible que les membres de la FMOQ n’allaient pas respecter la cible selon les règles de jeu établies au départ. Gaétan Barrette a modifié ces règles et a permis aux médecins de faire la « préinscription » de patients, c’est-à-dire d’inscrire des personnes sans les avoir vues au préalable.

Les statistiques concernant les patients « préinscrits » n’ont pas encore été intégrées aux chiffres de la RAMQ, ce qui aidera à atteindre la cible, précise le Dr Godin.

Même si on s’éloigne de la cible, en chiffres absolus, plus de personnes ont été prises en charge, passant de 6 291 347 Québécois en décembre à 6 306 303 en date du 31 janvier, ajoute le président de la FMOQ.

Comment explique-t-on alors le recul dans l’atteinte de la cible ?

Essentiellement par deux phénomènes, selon le Dr Godin. D’abord, les médecins prennent leur retraite à deux périodes de l’année : en janvier et en juin-juillet. Ainsi, en janvier, un grand nombre de patients perdent leur médecin de famille et sont ainsi forcés de retourner sur la liste d’attente du Guichet unique d’accès à un médecin de famille.

Ensuite, le nombre total de Québécois admissibles à la prise en charge d’un médecin de famille est actualisé une fois par an ; toujours en janvier, poursuit le Dr Godin. Ainsi, en 2018, quelque 66 000 Québécois de plus sont devenus admissibles à la prise en charge, selon le président de la FMOQ.

LA LISTE D’ATTENTE S’ALLONGE

Ainsi, que la liste d’attente s’allonge à cette période-ci de l’année était prévisible, toujours selon le Dr Godin. D’après les dernières données disponibles, un peu plus de 349 400 Québécois sont en attente d’avoir accès à un médecin de famille.

Le président de la FMOQ convient qu’il reste du travail à faire. Les médecins qui ont l’intention de prendre leur retraite durant l’année devraient l’annoncer à l’avance, croit le Dr Godin, pour faciliter le transfert de leurs patients à de jeunes médecins qui commencent à pratiquer sans que les patients soient forcés de retourner sur la liste d’attente du Guichet unique. « On veut vraiment éviter ce genre de situation. On sait que des personnes âgées se retrouvent dans cette situation », insiste le Dr Godin.

« Le bilan libéral en santé du gouvernement Barrette-Couillard n’est pas à la hauteur des attentes des citoyens. Vingt pour cent de la population du Québec n’a toujours pas de médecin de famille, comparativement à 8 % en Ontario. Il faut revoir le mode de rémunération pour favoriser la prise en charge. C’est un engagement de la Coalition avenir Québec », a réagi le porte-parole de la CAQ en matière de santé, François Paradis.

— Avec la collaboration de Tommy Chouinard et de William Leclerc, La Presse

Taux de personnes inscrites à un médecin de famille par région*

Montréal : 65,58 %

Montérégie : 75,44 %

Laval : 76,06 %

Laurentides : 78,45 %

Outaouais : 79,22 %

Lanaudière : 80,25 %

Abitibi-Témiscamingue : 80,97 %

Capitale-Nationale : 83,56 %

Côte-Nord : 84,03 %

Estrie : 85,46 %

Nord-du-Québec : 85,68 %

Mauricie et Centre-du-Québec : 87,48 %

Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine : 88,92 %

Saguenay–Lac-Saint-Jean : 89,70 %

Bas-Saint-Laurent : 89,70 %

Chaudière-Appalaches : 90,07 %

* En date du 31 janvier. Source : RAMQ

TOTAL AU QUÉBEC : 78,99 %

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.