Portrait du mois

L’intelligence artificielle au service de l’humanité

À 29 ans, Sasha Luccioni représente une force vive en intelligence artificielle (IA). Et pas seulement parce qu’elle brille dans un milieu essentiellement masculin. Chercheuse au Mila, l’Institut québécois d’intelligence artificielle, la jeune femme combat les répercussions des changements climatiques, une image à la fois. Une façon non seulement de conscientiser la population à l’urgence d’agir, mais aussi d’assurer l’avenir de ses filles.

Les yeux rivés sur son écran, dans le laboratoire du Mila (situé au cœur du Mile End, à Montréal), Sasha Luccioni collecte des images de maisons et de rues inondées, réelles ou simulées. Sa démarche, loin d’être apocalyptique, s’appuie sur une série de projections climatiques scientifiquement reconnues.

« Toutes ces données servent à entraîner notre modèle de prédiction pour transformer les risques de changements climatiques en images », explique la chercheuse postdoctorale. Elle travaille aux côtés de Yoshua Bengio, le réputé fondateur de ce plus important groupe universitaire de recherche en apprentissage profond dans le monde.

Avec son équipe, elle a créé un site web et une application où il suffit d’entrer une adresse pour voir à quoi ressemblera l’endroit dans 50 ans sous l’effet des inondations. Une fois rodé, le prototype s’étendra à d’autres pays et à différents phénomènes : smog, sécheresse, incendies, etc. « Pour beaucoup de gens, les changements climatiques sont abstraits, dit Sasha Luccioni. On veut démontrer comment ce fléau peut les toucher de près et, ultimement, les amener à modifier leurs habitudes de vie. Chaque geste compte, qu’il s’agisse de réduire sa consommation de viande, de planter des arbres ou de limiter ses voyages aériens. »

Faire le bien grâce à l’IA

Maman de deux fillettes, la jeune femme est plus que jamais consciente de l’urgence d’agir. Après deux ans en entreprise, elle a senti le besoin de mettre ses compétences en intelligence artificielle au profit de projets à caractère social. Déjà, au cours de ses études en informatique cognitive, elle avait découvert les approches novatrices de Yoshua Bengio sur l’utilisation des « machines » au service de l’humanité.

« Je suivais ses activités sur Facebook depuis un moment, relate-t-elle. Quand j’ai vu qu’il cherchait des candidats pour son projet de visualisation des changements climatiques au Mila, j’ai monté mon propre prototype. J’ai fini par le convaincre que j’étais celle dont il avait besoin, même si je n’avais jamais travaillé avec des images ! Aujourd’hui, je gère l’équipe et j’impose une structure dans un univers très compétitif. »

Chercheuse hyperactive

Figure montante en IA, Sasha Luccioni s’implique de mille façons dans son milieu. Elle enseigne à l’école d’été du Mila — mise sur pied par une chercheuse de l’Université McGill et destinée aux étudiantes de 1er cycle —, donne des conférences à Montréal et en Californie et organise des « hackatons », une sorte de marathon de programmation où les chercheurs sont jumelés à des organismes pour trouver des solutions technologiques à leurs problèmes sociaux et communautaires. « C’est un aspect dont on parle peu, mais l’IA offre une foule de possibilités de faire du bien à l’humanité », observe l’experte.

Et c’est justement cet aspect qui l’intéresse. « Les solutions technologiques sont là; il faut maintenant les intégrer. On a beau parler d’un réchauffement de 4 degrés d’ici 20 ans, ça reste vague dans la tête des gens. Mais si on te montre l’image de ta maison ou de ton école sous l’eau, ça frappe, fait-elle valoir. Quand mes filles auront 20 ans et me demanderont ce que j’ai fait pour changer les choses, je pourrai leur dire que j’ai fait de mon mieux pour conscientiser les gens », conclut Sasha Luccioni.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.