OPINION JOCELYN COULON

NOMINATION DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’OIF Une réforme nécessaire pour la Francophonie

Tout a mal commencé. Et tout a mal fini.

Il y a quatre ans, en novembre 2014, Michaëlle Jean est devenue secrétaire générale de la Francophonie à la faveur d’intrigues de coulisses et de divisions au sein du groupe des membres africains. Hier, elle a été écartée de son poste, là aussi à la faveur d’intrigues de coulisses qu’elle a soudainement dénoncées, mais au grand soulagement des Africains enfin unis autour d’une seule candidate, Louise Mushikiwabo.

La Francophonie vient de traverser une crise, une crise de gouvernance dont elle va se relever. La défaite de Mme Jean ne remet pas en question toute une organisation, loin de là. 

En même temps, cette crise doit impérativement interpeller les dirigeants des États membres de l’Organisation sur le processus de sélection et de nomination du secrétaire général.

La Francophonie aime se vanter d’être une organisation distincte des autres organisations internationales lorsque vient le temps de prendre des décisions. Elle agit par consensus. Celui-ci se dégage au cours de longues discussions et lorsque tous autour de la table finissent par accepter une option. Or ce processus vient de voler en éclats avec la crise actuelle. Il faut le revoir.

Négociations de couloir

Il y a trois semaines, la Fondation Jean-Jaurès, un centre de réflexion situé en France, a publié une étude sur l’avenir de la Francophonie. Les auteurs y font de nombreuses recommandations dont une porte sur la nomination du secrétaire général. Ils estiment « le temps venu de mettre un terme aux négociations de couloir et à l’opacité » du processus de nomination. Ils suggèrent que « les candidats au poste de secrétaire général soient auditionnés, comme il est d’usage dans le cadre des Nations unies, et qu’un débat projet contre projet ait lieu. » Cela assurerait le caractère démocratique de la procédure.

La proposition est intéressante. Elle a le mérite d’ouvrir le débat. Il ne faut toutefois pas se faire d’illusions sur la procédure adoptée tout récemment par les Nations unies. Son caractère est sans doute transparent et a tout pour plaire à l’opinion publique, mais ce sont les membres du Conseil de sécurité qui choisissent le candidat et le recommandent à l’Assemblée générale. Même si ces derniers délibèrent et votent secrètement, les grandes puissances peuvent à tout moment bloquer le choix d’un candidat, aussi populaire soit-il. Les intrigues de coulisses sont toujours bien présentes.

Toute mécanique a ses limites, et la « démocratisation » du processus de nomination ne fera pas disparaître une dure réalité : le secrétaire général n’est qu’un instrument aux mains des États.

L’opinion publique et de nombreux politologues ont une vision romantique de la fonction de secrétaire général. Ils lui prêtent des capacités presque surnaturelles. Ainsi, en mars 2003, alors que les forces américaines s’apprêtaient à envahir l’Irak, plusieurs espéraient que Kofi Annan, alors secrétaire général de l’ONU, pourrait stopper l’agression. Il n’en fut rien.

Un secrétaire général n’est pas et ne doit pas être un acteur indépendant au sein d’une organisation. Son seul rôle est de servir les États membres et de mettre en œuvre la politique, les programmes et les décisions prises par eux seuls au sein des instances de l’organisation.

Délimiter le périmètre des attributions du secrétaire général ne le prive pas d’être le promoteur actif de cette solidarité internationale que représente une organisation mondiale.

Il est en quelque sorte l’incarnation morale des valeurs de l’organisation et ne doit pas se gêner d’appeler les États membres à leur respect. Enfin, le secrétaire général a toute latitude pour proposer des initiatives dans le cadre des objectifs de l’organisation.

L’élection de Louise Mushikiwabo est une nouvelle étape dans la vie de la Francophonie. Espérons qu’elle sera l’occasion d’une réflexion sur sa gouvernance et que celle-ci permettra d’éviter dans l’avenir le psychodrame qui l’a secouée au cours de la dernière semaine.

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