Société

Des sourires dans la tempête

Chaque fois, c’est pareil ou presque : dès qu’une bordée est annoncée ou, pire encore, se concrétise, un concert de plaintes enveloppe Montréal. Pourtant, il suffit de se promener pour constater que de nombreux sourires viennent saluer le manteau de neige qui transforment la ville. Portraits de fous de l’hiver, rencontrés lors d’une tempête de neige. 

Mardi soir, de 21 h à minuit

Accent et neige 

C’est le sourire aux lèvres qu’on les a croisés dans le Vieux-Montréal. Un fort accent nous fait réagir. Vous venez de France ? « On est des Marseillais de Toronto », explique Farid. « Ça fait 25 ans qu’on y vit. » La bordée de neige les a forcés à prolonger leur séjour à Montréal. « Il fait bon, autant en profiter, plutôt que d’être coincés sur la route. Et c’est tellement beau », déclare Louisa avant de poursuivre leur balade sous les légers flocons.

Du turquoise au blanc 

On les avait aperçus un peu plus tôt, en train de glisser sur un monticule de neige en riant aux éclats. Le petit groupe semblait apprécier pleinement la neige qui commençait à tomber de plus en plus fort sur la ville alors qu’ils revenaient d’un souper au restaurant. « C’est la première neige ! C’est super ! », s’enthousiasme Nelson, pourtant légèrement vêtu pour les circonstances. Mais d’où venaient-ils pour apprécier autant ce que tant de Québécois détestent ? « On est de la Guadeloupe ! », crient-ils en chœur… ou presque. « Moi, je viens de Saint-Martin », précise Mila. « Amis depuis toujours, on a discuté de nos départs ensemble », explique Kim. Ses cinq copains sont arrivés au Québec à l’automne et l’ont convaincue de venir étudier ici l’an prochain. « Je suis ici pour les portes ouvertes de l’UQAM et je me suis inscrite aujourd’hui [mardi] ! », annonce fièrement Kim. 

Faire briller Montréal 

Bien installé sur la passerelle qui mène à la patinoire du Vieux-Port et à la grande roue, Mathieu Del Papa ajuste son appareil photo. L’étudiant en architecture sort systématiquement prendre des photos quand il neige ou qu’il pleut. « J’aime l’effet avec la lumière. En général, je commence à 21 h et je termine à 1 h. » Il publie ensuite ses photos, notamment sur Instagram. « On a une belle ville. Il faut en être fier et la montrer. »

Au pas ! 

Hormis des employés de la Ville qui s’activent à préparer la patinoire, le parc La Fontaine est désert. On distingue pourtant une silhouette qui avance d’un pas déterminé. Marc-André Bédard, réserviste dans l’armée et étudiant aux HEC, aime marcher. Beaucoup. « J’ai une voiture, mais je préfère me déplacer à pied. C’est plus simple. Il suffit d’être bien habillé. Et puis, bon, je suis dans l’infanterie. Si je n’aimais pas marcher, ce serait un problème… », continue-t-il avant de poursuivre sa traversée du parc.

Mercredi, de 7 h à 12 h

Écoresponsable 

« Je vérifie la météo depuis plusieurs jours. J’avais très hâte ! » C’est sans hésiter et rayonnante que Chantal Simard nous parle de sa sortie de ski de fond en direction de son travail. Rencontrée vers 7 h 45 hier matin sur le boulevard Gouin, dans Ahuntsic, elle nous explique son trajet. « Je vais aller jusqu’au métro Henri-Bourassa en skis. Prendre le métro jusqu’au métro Laurier puis continuer en skis. Je fais ça pour moi, mais aussi pour ne pas polluer. » Pas de skis spéciaux pour celle qui travaille chez NousRire, groupe d’achat d’aliments biologiques et écoresponsables en vrac. « Ce sont des skis de fond classiques. J’utilise par contre des bâtons de marche pour ne pas abîmer les autres. »

Suivez le guide ! 

Maelig Belsoeur est un passionné. Ça s’entend quand on l’écoute nous expliquer les différences entre toutes ses paires de skis. « Il y a mon kit grand-père, ma paire rock’n’roll pour initiés et farfelus [paire de skis qu’il a adaptée à ses exigences], mais c’est ceux-là que je vais prendre aujourd’hui », dit le directeur de C’est Plein Air, en pointant vers d’autres planches qu’il équipe alors d’une peau de phoque qui lui permettra de monter sans problème dans la neige folle. Il descend ensuite en télémark dans la poudreuse de l’ancienne piste de ski alpin du mont Royal. « J’aime l’idée du plein air urbain. L’hiver, je fais du ski en ville et l’été du surf, devant l’île des Sœurs. Quand j’ai deux petites heures, j’en profite. Il y a de belles sections pour s’entraîner ou tester du matériel avant une expédition plus sérieuse. » Celui qui aimerait agir comme guide de ski hors piste à Montréal souhaiterait qu’il y ait une place pour des guides indépendants. « Il y a 11 millions de touristes et il y a sûrement de la place pour quelqu’un comme moi. » Pour transmettre sa passion, il amène pour l’instant les intéressés hors de l’île.

Sans fixations 

Concentré sur la descente de Maelig Belsoeur, c’est à la dernière minute que l’on voit apparaître Joy Bidner, directeur de marque pour Kebbek Skateboards. Il fend pourtant la poudreuse avec autorité sur sa planche sans fixations. Aussitôt arrivé en bas, il enfile ses raquettes, remonte et recommence. « Avec toute cette neige, j’ai décidé d’en profiter avant d’aller travailler. Je suis ici depuis 6 h. C’est moi qui ai fait ça », dit-il fièrement en pointant les traces de ski qui marquent l’ancienne piste de ski alpin du mont Royal.

Balade canine 

Alexandra Brunet vient souvent se promener devant le silo n5 avec son berger australien Floyd. « Été comme hiver, c’est calme. Je n’habite pas loin et j’aime cette balade », explique l’étudiante en ergothérapie. À le voir jouer dans la neige, son chien était incontestablement du même avis.

Tant qu’il y a des clous

Sans conteste le cycliste d’hiver qui fait le plus parler de lui (une vidéo de lui alors qu’il transportait des skis sur son monocycle – un périple de 25 km – a beaucoup fait jaser en janvier), Karim Kammah n’imagine pas d’autres façons de se déplacer. « C’est plus simple et pratique. Et puis je m’ennuie sur deux roues. Et, en cas de pépin, comme une crevaison, c’est plus facile de prendre le métro. » Il traverse donc le pont Jacques-Cartier pour se rendre à son travail à Montréal. Et même si les cyclistes hivernaux sont plus nombreux qu’avant, le consultant en systèmes d’information ne se sent pas moins observé pour autant. « Cela dit, je trouve ça ironique de me faire dire par des gens qui me filment en conduisant que je suis dangereux ! » Le Bordelais d’origine en est à son cinquième hiver montréalais. « Je faisais déjà du monocycle, et quand l’hiver est arrivé, eh bien, j’ai tout simplement continué. » Tout comme les voitures qui circulent dans nos rues, sa monture est adaptée à nos conditions, comme le montre son pneu à clous.

Place à la chaleur 

Le ciel s’éclaircit alors que Jisoo, agent de bord au Bota Bota, finit de déneiger le pont du bateau-spa. Déjà, quelques clients se prélassent dans la chaleur des bains extérieurs et profitent de la vue sur le port de Montréal.

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