Actifs au quotidien

Arrêter… puis repartir

Mais comment fait-elle ? Souvent, voilà la première question qui surgit lorsqu’une personne arrive à concilier toutes ses obligations avec un entraînement assidu. Parce que tous les sportifs ont leurs secrets, Pause rencontre chaque semaine un mordu qui a décidé de faire de l’activité physique une priorité.

Guy Sirois a été facteur pendant 35 ans. À sa retraite, il a décidé de se reposer. Mauvaise idée. Sa belle forme physique a fondu comme neige au soleil. Il est donc retourné à ses anciennes amours, la marche à pied.

À quel point étiez-vous actif physiquement alors que vous étiez facteur ?

Au cours de ma carrière, j’ai fait 123 000 km à pied avec un sac de 30 lb (14 kg) sur l’épaule, soit 14 km par jour pendant 35 ans. J’ai calculé que j’ai fait l’équivalent de trois fois le tour du monde à pied.

Faisiez-vous aussi de l’activité physique à l’extérieur du boulot ?

Je faisais du golf, du tennis, du squash, du racquetball, de la planche à neige, de la planche à voile. Lorsqu’il y avait du vent, je me hâtais de terminer ma route pour aller faire de la planche à voile sur le fleuve.

Pourquoi avez-vous cessé d’être physiquement actif à votre retraite ?

J’avais couru toute ma vie. Je me suis dit que j’allais prendre une pause. J’ai aussi eu des blessures, des déchirures aux tendons d’Achille, en jouant au tennis. J’ai également deux amis qui sont morts. Ç’a été une grosse épreuve. Je ne sais pas si j’étais en dépression, mais ça ne me tentait plus. Et puis, des gens qui se lèvent à 6 h du matin juste pour jouer au tennis, il n’y en a pas des tonnes.

Comment avez-vous réalisé que vous perdiez la forme ?

Il y a un escalier qui compte 400 marches à Québec, l’escalier du Cap-Blanc. Lorsque j’étais facteur, je le montais en courant trois fois par semaine, ça ne me prenait que trois minutes. Après six semaines de pause, je ne pouvais plus faire que 280 marches. Après six semaines de plus, seulement 205 marches, puis 170. Ça n’a aucun bon sens comme on perd vite la forme. Au printemps suivant, j’ai encore fait le test de l’escalier… 40 marches… plus de jambes ni de souffle. C’est là que je me suis dit : grouille avant que ça rouille.

Qu’avez-vous fait pour vous remettre en forme ?

J’ai recommencé à marcher. Je pars avec un petit sac à dos et mon lunch. Je vais jusqu’à la rue du Petit-Champlain, jusqu’à la terrasse Dufferin. À partir de chez nous, c’est une bonne trotte. Il y a des journées où je fais 20 km par jour. J’ai vendu ma voiture. Mon plaisir, c’est de tout faire à pied. Je marche pour aller faire l’épicerie. Demain, je vais aller voir ma mère hospitalisée au CHUL, soit 7 km pour l’aller, 7 km pour le retour. Je marche tous les jours.

Est-ce qu’il y a des jours où c’est plus difficile de sortir ?

Il y a juste la pluie qui me bloque, c’est désagréable. Il y a aussi le fait que ma blonde ne me suive pas tout le temps. Elle s’entraîne à l’intérieur, alors que moi, je vais dehors. Ma vie est dehors. Je demeure dans un beau coin. Bien sûr, des fois, il faut se fouetter, mais moi, ça ne me prend pas un gros coup de fouet.

Même quand il fait très froid l’hiver ?

Oui ! En hiver, bien habillé, je sors tout le temps. Quand j’étais facteur, j’aimais mieux l’hiver que l’été. En été, s’il fait trop chaud, on ne peut pas enlever plus de couches. En hiver, quand il fait -40 °C, les chiens restent à l’intérieur. Pour un facteur, c’est merveilleux : on est à l’abri des chiens, on respire un air pur.

Avez-vous des objectifs à long terme ?

C’est simplement de garder cette forme que j’ai reprise de peine et de misère et de ne jamais m’arrêter. Je passe une belle petite retraite, je veux que ça dure longtemps. Ça fait du bien d’aller dehors, de se promener la face au soleil, de voir des gens souriants, de jaser.

Guy Sirois

62 ans

Retraité

Québec

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