États-Unis

La grande muraille de Trump

Permettez-nous cette expression figurée : Donald Trump s’est heurté à un mur.

S’il a fait hier une allocution solennelle – plutôt ratée – en direct du bureau Ovale pour justifier la construction de son mur, c’est parce qu’il est piégé.

Il n’a jamais réussi à convaincre une majorité d’Américains que ce mur à la frontière du Mexique, sur lequel il fantasme, est une bonne idée.

Pas moins de 54 % d’entre eux s’y opposent, selon un sondage réalisé par l’Université Quinnipiac le mois dernier. Pire : les Américains digèrent encore plus mal le fait que le président ait décidé de paralyser le gouvernement pour convaincre le Congrès de financer son mur. Seuls 34 % estiment que le shutdown est une bonne idée dans ces circonstances.

Sauf que les plus irréductibles des partisans de Trump le veulent, eux, ce mur. Alors on fait quoi ? La Maison-Blanche a décidé d’utiliser hier soir une recette éprouvée par ce président : on fait peur au monde.

Un choix étonnant puisque l’objectif de Donald Trump était de convaincre les sceptiques. Ceux qui estiment, comme l’a dit le sénateur démocrate Chuck Schumer en réaction au discours du président, que « le symbole de l’Amérique doit être la statue de la Liberté et non un mur de 30 pieds ».

Or, on voit mal comment le président a pu amadouer un grand nombre d’Américains qui ne font pas partie de sa base. Il n’a rien proposé de neuf. Et s’il a tenté de se montrer plus sensible en évoquant le drame humanitaire qui se joue à la frontière, il a continué à diaboliser les migrants en mettant l’accent sur les crimes commis par certains – il a offert des détails atroces – et le trafic de drogue.

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Le discours d’hier était en fait la poursuite de la campagne de relations publiques menée depuis quelques jours par certains membres de l’entourage du président. Ceux-ci, incluant le vice-président Mike Pence, ont même affirmé que le mur était essentiel pour lutter contre la menace terroriste. Pour prouver ce qu’ils avançaient, ils n’ont évidemment pas hésité à prendre des libertés avec la vérité. On le sait depuis longtemps, les « faits alternatifs » ne les empêchent pas de dormir.

Les médias américains se méfient tellement, désormais, que plusieurs ont analysé le discours d’hier en direct ou sitôt terminé pour vérifier ce qui était vrai et ce qui ne l’était pas. Oui, on en est là.

Le message de Donald Trump et de ses proches est aussi simple que terrifiant. On frôle l’apocalypse à la frontière et le mur est notre seul espoir, expliquent-ils. C’est faux.

Il y a un problème à la frontière, c’est indéniable. Mais il est nettement moins criant qu’il l’était jadis. Le nombre d’immigrants interpellés a chuté de façon marquée depuis une vingtaine d’années. On est passé de plus de 1,6 million à moins de 400 000 l’an dernier. Le nombre de voyageurs qui entrent légalement avec un visa aux États-Unis et qui ne quittent pas le pays à la fin de la période autorisée est dorénavant plus élevé (il y en a eu plus de 600 000 en 2017).

Par ailleurs, rares sont les experts qui estiment que le mur est une bonne idée. Que ce soit pour faire chuter encore plus le nombre de migrants qui traversent la frontière ou pour résoudre la crise humanitaire, il y a mieux à faire avec les milliards qui devraient être investis pour ce mur.

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Un des biographes de Donald Trump a récemment confié au New York Times que si le président américain parvient à construire son fameux mur, il voudra probablement qu’on le qualifie de « grande muraille de Trump ». Une référence évidente à celle qu’on retrouve en Chine.

Ce ne serait pas étonnant. Parce que le président américain a un ego démesuré. Et parce que le mur auquel il rêve est bien plus un outil d’autopromotion qu’une réponse logique et efficace aux problèmes vécus à la frontière avec le Mexique.

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