Argent comptant

La grande transition bancaire

Les institutions financières font face à un défi particulier : elles doivent suivre l’évolution technologique de leurs clients qui délaissent le comptant et en même temps servir ceux qui utilisent encore chèques et monnaie. Tour d’horizon.

Au guichet automatique

Si les gens utilisent moins d’argent comptant, ils en retirent moins au guichet automatique. Il y a eu presque 22 % moins de retraits dans les guichets des six grandes banques canadiennes en 2017 que cinq ans plus tôt. Chez Desjardins, seulement 7 % des transactions des membres passent par les guichets. Mais les institutions doivent néanmoins maintenir des réseaux et investir pour les rendre plus efficaces. Alors qu’une nouvelle génération de guichets automatiques est mise en place par le Mouvement Desjardins et que la Banque Nationale vient tout juste de terminer la modernisation de son parc de guichets d’un océan à l’autre, nos banquiers doivent déjà se préparer pour l’avenir. L’implantation d’écrans tactiles et l’élimination des enveloppes aux guichets sont déjà des idées qui datent d’hier. À certains endroits aux États-Unis, il est par exemple possible de retirer de l’argent à un guichet automatique en se servant de son téléphone sans utiliser une carte bancaire, une initiative analysée avec intérêt par les banquiers d’ici.

En succursales

Une succursale sans argent est exploitée depuis deux ans au marché 440 à Laval par la Banque Nationale, ce qui veut essentiellement dire sans comptoir transactionnel. Tout ce qui touche le numéraire doit passer par le guichet. Même chose pour la succursale de la rue Drummond, près du Centre Bell. Le concept est concluant et pourrait être repris, indique la banque. La décroissance des transactions en succursale se chiffre à 11 ou 12 % par an ces dernières années, et nous anticipons des données similaires pour 2019, dit le vice-président aux affaires publiques de la Banque Nationale, Claude Breton. « L’ajout de nouvelles fonctionnalités  [en mobile, internet ou autres] devrait nourrir cette décroissance pendant un certain temps [ex. : ouverture de compte bancaire en ligne, livraison de devises à la maison]. La succursale a maintenant un rôle conseil prépondérant, en comparaison au passé où les activités transactionnelles étaient importantes. »

Les chèques

Le comptant est en déclin et les chèques aussi. Lors d’une allocution prononcée en début d’année à Montréal, le PDG de la Banque Nationale, Louis Vachon, a souligné que les chèques ont déjà été éliminés à certains endroits ailleurs dans le monde. « Malheureusement pas encore au Canada. Mais on s’en va vers là », a-t-il dit. « Les plus gros gains à réaliser dans le système de paiement sont à l’égard des chèques », précise le vice-président aux affaires publiques de la Banque Nationale, Claude Breton. « Il y a des coûts liés à la manipulation dans le système », dit-il. Mais la modernisation ne peut survenir du jour au lendemain. « Ça fait combien de temps que les gens disent que les chèques vont disparaître ? », demande Chadi Habib, premier vice-président, technologies de l’information du Mouvement Desjardins. « En réalité, on a le devoir de continuer à fournir cet instrument financier à nos clients. »

Sur le web

Si l’offre de services transactionnels de la Banque Laurentienne reposera dans un « avenir rapproché » exclusivement sur ses plateformes numériques et électroniques, les institutions financières multiplient les tests de concepts et produits pour notamment mesurer l’appétit du consommateur pour la nouveauté. « L’innovation est notamment appelée à venir d’objets interconnectés dans lesquels on fera porter des éléments de paiement », affirme Lionel Pimpin, premier vice-président, canaux numériques de la Banque Nationale. « Dans cinq ans, par exemple, au lieu de payer avec ses billets de 20 $ ou 50 $, une personne payera avec sa bague ou son chandail parce que la technologie sera entrée dans les objets. » Hélène Soulard, vice-présidente adjointe aux communications à la Laurentienne, souligne qu’en tournant le dos à un service ou en le délaissant progressivement, les clients s’expriment sur son utilité.

Dans l’effectif

Le recours grandissant aux produits numériques et la concurrence des entreprises de technologie financière (fintechs) forcent une prise accélérée du virage numérique. L’embauche d’employés qualifiés en informatique transforme l’effectif des organisations. Chez Desjardins, par exemple, le nombre d’employés en TI est passé de quelque 2700 au début de 2013 à environ 4300 aujourd’hui. À la Laurentienne, la direction soutient que la transformation du réseau de succursales au Québec est une réponse directe à l’évolution dans les habitudes de consommation des clients. « Chez nous, 96 % des transactions bancaires sont effectuées électroniquement. La tendance des consommateurs d’exiger des produits et des services numériques est en croissance d’année en année. Il est donc probable que l’argent comptant disparaisse un jour », dit la vice-présidente adjointe aux communications de la Laurentienne, Hélène Soulard.

Trois fintechs d’ici au centre de la conversation

Mobeewave

Créée il y a sept ans et installée dans le Vieux-Montréal, cette jeune entreprise de technologie financière fournit des solutions de paiement sans contact par téléphone mobile. Le fait que la plateforme permette à quiconque d’accepter un paiement en utilisant uniquement son téléphone signifie qu’elle pourrait être utilisée par n’importe qui, au-delà des marchands qui demeurent aujourd’hui les principaux utilisateurs. Mobeewave se targue de faire passer à l’ère numérique le seul secteur où l’argent comptant règne encore : le monde des microtransactions en personne, qu’elles soient de nature commerciale ou personnelle. L’application permet à ses utilisateurs d’accepter les paiements de leurs clients par carte de crédit sans contact ou portefeuille électronique.

Satoshi Portal

« Nous faisons le pont entre les banques et le réseau bitcoin », dit le président et fondateur, Francis Pouliot. « Notre application Bylls permet aux gens de ne pas avoir de compte de banque, dit-il. Chaque fois qu’un utilisateur veut faire un virement bancaire, il n’a qu’à venir sur notre site, générer une facture, nous envoyer les bitcoins et nous faisons la conversion et le paiement. » Francis Pouliot soutient qu’il y a environ deux millions d’utilisateurs du bitcoin au pays (5 % de la population). « Beaucoup de gens paient leur compte de carte de crédit chaque mois avec des bitcoins. Beaucoup de gens paient leurs taxes avec notre application », dit celui qui affirme ne pas avoir de compte bancaire personnel.

NorthOne

Fondée il y a deux ans par Eytan Bensoussan, cette jeune pousse du quartier Saint-Henri, à Montréal, tente de s’établir comme une plateforme bancaire destinée à aider les petites entreprises à alléger leur fardeau administratif en les aidant, au moyen d’un logiciel, à gérer leurs finances et à intégrer tous leurs produits financiers à partir de leur compte bancaire. « La majorité des PME ne sont pas expertes pour gérer leurs finances. C’est une des principales raisons pour lesquelles plus de 80 % des PME échouent : elles ne parviennent pas à gérer le liquide effectivement. Imaginez la banque qui puisse commencer à agir à titre de département des finances et l’aider dans sa comptabilité et ses projections financières », dit Eytan Bensoussan. Pour y arriver, NorthOne a bouclé un partenariat avec une petite institution bancaire qui sera dévoilée prochainement. Les clients qui utiliseront l’application paieront un prix fixe par mois pour un certain nombre d’opérations.

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