Nicaragua

Une nouvelle grève générale paralyse le pays 

Le président du Nicaragua, Daniel Ortega, a mobilisé hier ses partisans pour marcher sur Masaya, la ville la plus rebelle du pays, en réponse à une grève générale décrétée par l’opposition paralysant le pays. La plupart des marchés, banques, magasins, stations-service et restaurants du pays étaient fermés, en réponse à l’appel des adversaires du chef de l’État ou par peur des pillages. Le Nicaragua est secoué par une vague de violence qui a fait 264 morts en trois mois, selon la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). — Agence France-Presse

DÉCRYPTAGE
ÉTATS-UNIS 
SÉPARATIONS FAMILIALES À LA FRONTIÈRE

Chaos, confusion et incertitude

Il y aura bientôt un mois que le président Donald Trump a cédé à la pression en signant un décret qui met officiellement fin à la séparation des familles arrivant à la frontière des États-Unis.

Deux jugements importants ont depuis obligé les autorités à rapidement réunifier les familles et interdisent la détention prolongée des enfants réclamée par l’administration Trump.

Est-ce que cela veut dire que la crise humanitaire causée par cette politique est aujourd’hui réglée ? La réponse à cette question est non.

D’abord, malgré un jugement rendu le 26 juin par un tribunal de San Diego, et établissant un échéancier pour la réunification des familles, la vaste majorité des quelque 3000 mineurs placés sous la tutelle du Bureau de réinstallation des réfugiés n’ont toujours pas revu leurs parents.

Les autorités avaient jusqu’au 10 juillet pour remettre 103 enfants de moins de 5 ans à leurs parents. Selon des chiffres fournis par l’administration Trump jeudi, deux jours après cette échéance, seulement 57 d’entre eux avaient pu retrouver un de leurs parents.

Les 46 autres restaient détenus, notamment parce que leurs parents étaient considérés comme « inadmissibles » aux retrouvailles familiales. Dans certains cas, les responsables ont jugé qu’il y allait de leur sécurité ou que les adultes avec qui ils voyageaient n’étaient pas leurs véritables parents. Mais en outre, une vingtaine d’enfants n’ont pas pu retrouver leurs parents parce que ceux-ci avaient déjà été expulsés !

Les craintes justifiant de garder les enfants loin de leurs parents étaient-elles justifiées ? Impossible à vérifier, déplore l’Union américaine des libertés civiles (ACLU), une ONG qui suit et documente ce dossier.

Le gouvernement n’a fourni aucune information précise sur les raisons justifiant que certains parents ne puissent revoir leurs enfants, déplore l’ACLU.

Le jugement de San Diego donne jusqu’au 26 juillet pour la réunification de tous les autres enfants, ceux âgés de 5 ans et plus. En se basant sur l’exemple des plus petits, on imagine mal comment cet échéancier pourra être respecté.

Processus chaotique

Pourquoi ce processus est-il aussi lent ? Parce qu’il est mené dans un contexte plus que chaotique. Il faut savoir que les dossiers des parents et des enfants sont gérés par deux agences gouvernementales différentes. Le département de la Sécurité nationale pour les premiers. Le Bureau de réinstallation des réfugiés pour les seconds. Selon des sources citées par le New York Times, des dossiers ont été carrément égarés.

Parallèlement, l’administration a aussi resserré les critères de réunification familiale. Une nouvelle directive oblige les responsables à prélever systématiquement les empreintes digitales de tous les adultes d’un foyer où un enfant serait susceptible d’habiter. Une démarche extrêmement longue, à laquelle s’ajoutent des analyses de l’ADN pour prouver le lien parental. Et des visites de travailleurs sociaux, censés protéger les enfants.

Selon l’ACLU, les autorités devront se résoudre à abandonner ces exigences bureaucratiques si elles veulent respecter l’échéancier du 26 juillet.

Plus globalement, ce qui cause toute cette confusion, c’est qu’au moment d’arracher les enfants à leurs parents, ou encore au moment de mettre fin à cette politique, personne n’a eu la brillante idée de prévoir les modalités des retrouvailles…

En attendant, le drame humain se poursuit. Certaines scènes de retrouvailles entre parents et enfants donnent la pleine mesure de l’impact de la politique de séparation.

Après avoir passé quelques semaines loin de leurs proches, des bambins n’ont même pas reconnu leurs parents et ont appelé en pleurant leur travailleuse sociale, rapportent les médias américains.

Le problème, c’est que « les enfants ne comprennent pas ce qui se passe et pensent que leurs parents les abandonnent », dit Mark Greenberg, chercheur principal à l’Institut des politiques migratoires de Washington.

À long terme, ce traumatisme risque de provoquer un profond impact psychologique, craignent pédiatres et psychologues.

La détention

Dans une autre bataille juridique récemment perdue par l’administration Trump, une juge de Los Angeles a rejeté la demande de prolongation de la détention des migrants mineurs, dont la limite est fixée à 20 jours.

Par cette requête, Donald Trump espérait préserver la politique de « tolérance zéro », annoncée en grande pompe au printemps dernier. Cette politique vise la détention de tous les migrants entrant sur le sol américain de manière irrégulière, jusqu’à ce que leur dossier d’immigration soit résolu – ce qui peut vouloir dire pendant des mois, ou même des années.

Mais si on ne peut plus séparer les parents de leurs enfants, il faudrait pouvoir détenir indéfiniment les mineurs aux côtés de leurs proches… Simple comme bonjour – sauf quand un tribunal dit non.

Finalement, l’administration a dû consentir à libérer des détenus, quitte à leur imposer un bracelet électronique.

Ces deux jugements montrent que le pouvoir judiciaire, aux États-Unis, continue à constituer un rempart contre des dérives politiques comme celles qui se jouent depuis le printemps.

Mais est-ce assez pour garantir que la menace des familles séparées et de la détention indéfinie des enfants a bel et bien été levée ?

C’est loin d’être clair. « La plupart des familles n’ont toujours pas été réunies et il n’est pas clair dans quelle mesure les autorités respecteront les décisions des tribunaux », note Brian Griffey, chercheur régional pour Amnistie internationale.

Il rappelle que quelque 1800 enfants avaient été séparés de leurs parents entre 2016 et 2018, officiellement pour des raisons de sécurité.

« Que fera-t-on dorénavant pour empêcher les abus de se poursuivre ? Le diable est dans les détails… »

Même scepticisme chez Mark Greenberg, qui estime que les séparations des familles ont cessé pour l’instant. Mais que tout est dans ces deux derniers mots : pour l’instant.

« Nous savons ce qui a été dit hier, mais nous ne pouvons prévoir ce qui sera fait demain. »

Cette incertitude survient sur fond de signaux contradictoires, alors que le procureur général Jeff Sessions se dit déterminé à poursuivre la politique de tolérance zéro, tandis que le service de Contrôle des frontières (Customs and Border Control), lui, assure qu’il n’arrêtera plus les adultes voyageant avec des enfants.

En d’autres mots : les tribunaux ont bel et bien joué leur rôle de contre-pouvoir. Mais cette saga est loin d’être terminée.

Contre la séparation, pour la détention

Selon un récent sondage publié dans le Washington Post :

70 % des Américains sont opposés à la séparation des familles

58 % appuient la détention des demandeurs d’asile

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