Panique à Vegas

Les Golden Knights congédient leur entraîneur-chef Gerard Gallant

C’est l’une des nouvelles les plus surprenantes de la saison : les Golden Knights de Vegas ont congédié mercredi matin leur populaire entraîneur-chef Gerard Gallant. Celui-ci est remplacé par le coach déchu des Sharks de San Jose Peter DeBoer.

Même si les deux grosses acquisitions de l’équipe, Max Pacioretty et Mark Stone, occupent le sommet des compteurs de l’équipe, les Golden Knights sont menacés de rater les séries éliminatoires.

Vegas vient de perdre quatre matchs de suite. L’équipe se retrouve exclue du portrait des séries ce jeudi matin, avec une fiche de 24-19-6. Elle a autant de points que les Jets de Winnipeg, dernier club qualifié dans l’Ouest, mais avec deux matchs de moins à disputer.

La situation n’est pas dramatique pour autant. Les Golden Knights sont aussi à un seul point des Oilers et des Flames, deuxième et troisième dans la division Pacifique, et à trois points des Coyotes, détenteurs du premier rang. Le risque de rater les séries demeure néanmoins bien réel.

« À titre de DG, on a parfois le sentiment que l’équipe ne joue pas comme elle le devrait, a déclaré le directeur général Kelly McCrimmon mercredi midi en conférence de presse. Nous avons un peu sous-performé, et parfois un changement s’impose.

« Nous avions de grandes attentes cette année et nous avons toujours de grandes attentes. Nous sommes au cœur de la course. Ce n’est pas comme s’il fallait nous extirper du sous-sol du classement et que nous n’avions plus d’autres options, mais un changement d’entraîneur demeurait la meilleure chose à faire pour notre organisation. »

Court et moyen terme

Être écarté des séries constituerait un échec épouvantable à Vegas. La direction a misé sur des résultats à court et moyen terme. D’où l’électrochoc de mercredi matin.

Pour Pacioretty, l’équipe a sacrifié l’une des meilleures recrues de la LNH, Nick Suzuki. Elle a aussi cédé un choix de deuxième tour. Tomas Tatar n’était plus dans les bonnes grâces de l’organisation, mais il avait coûté des choix de premier, deuxième et troisième tours quelques mois auparavant.

Si l’on fait la somme, Vegas a donné pour Pacioretty, 31 ans, deux choix de premier tour (dont Suzuki, repêché 13e en 2017), deux choix de deuxième tour et un choix de troisième. Tatar a 97 points en 127 matchs depuis la transaction, Pacioretty a 85 points en 115 rencontres.

Pour Mark Stone, 27 ans, les Golden Knights ont offert leur meilleur espoir en défense, Erik Brannstrom, et un choix de deuxième tour en 2020. Brannstrom, 20 ans seulement, a connu quelques ratés dans la LNH, mais il a 11 points en 10 matchs dans la Ligue américaine. Il est promis à un bel avenir.

Vegas ne constitue pas un club vieillissant pour autant. Les membres du trio de Jonathan Marchessault, Reilly Smith et William Karlsson ont de 27 à 29 ans. Leur premier défenseur, Nate Schmidt, a 28 ans, Shea Theodore a 24 ans. Mais il faudra un jour songer à une relève à Marc-André Fleury. Le gardien québécois de 35 ans connaît une saison inférieure à ses standards.

On peut comprendre l’impatience de McCrimmon et de son président George McPhee. On a vidé la banque d’espoirs pour des résultats rapides, après la surprenante finale de 2018. Cody Glass, 20 ans, est le seul des trois choix de premier tour de 2017 encore avec l’organisation. Sixième choix au total cette année-là, il a 12 points, dont 5 buts, en 37 matchs.

L’équipe n’a pas eu de choix de premier tour en 2019 et a pu repêcher un joueur pour la première fois au 61e rang, à la toute fin du deuxième tour. Les deux choix de deuxième tour déjà en banque ont été cédés au Canadien (le Tricolore a échangé ce choix pour obtenir des choix de troisième et cinquième tours et repêcher Mattias Norlinder et Jacob Leguerrier) et aux Red Wings de Detroit.

Heureusement pour eux, les Knights ont repêché un joueur prometteur au premier tour l’an dernier, Peyton Krebs, et détiennent encore leur choix de premier tour en juin. Ils détiennent aussi un choix de deuxième tour des Penguins de Pittsburgh après avoir accepté de choisir Fleury lors du repêchage de l’expansion il y a quelques années (un joli cadeau).

Les Knights ont aussi obtenu deux choix de deuxième tour supplémentaires en 2021 dans l’échange de Colin Miller et de Nikita Gusev avec les Devils du New Jersey.

Le congédiement de Gallant a suscité des réactions aux quatre coins de la LNH, et aussi dans le vestiaire du Canadien. « Je ne sais pas quelle est leur fiche, mais [les Knights] viennent de connaître deux très bonnes saisons et c’est lui qui était derrière le banc », a déclaré Nick Suzuki, qui l’a connu brièvement dans l’organisation des Knights.

« J’ai entendu beaucoup de bonnes choses à son sujet quand j’étais là-bas. Je sentais qu’il était apprécié dans le vestiaire et qu’il s’entendait bien avec les gars. »

— Nick Suzuki

Dale Weise, lui, l’a connu à Montréal. Gerard Gallant était l’adjoint de Michel Therrien avant d’obtenir un poste d’entraîneur en chef en Floride, puis à Vegas.

« On ne sait jamais ce qui se passe dans les coulisses, mais je n’ai que de bonnes choses à dire à son sujet. Il a été incroyable quand il était ici [à Montréal]. C’est une bonne personne, un excellent entraîneur et il a connu beaucoup de succès à Vegas. Je lui souhaite le meilleur. »

Pour Claude Julien, Gallant est un entraîneur qui pourrait se trouver du travail ailleurs. 

« Ça dépend de l’équipe, de ses besoins. Ce sont des entraîneurs de la LNH, donc des entraîneurs d’élite. De temps en temps, leur style peut être adéquat pour d’autres équipes. C’est ce qu’on voit. »

La vie est parfois injuste. Gallant et ses Golden Knights ont perdu au premier tour des séries éliminatoires le printemps dernier contre les Sharks de San Jose à la suite d’une mauvaise décision des arbitres.

Celui qui le remplace ? Peter DeBoer, qui était derrière le banc de l’équipe de San Jose lors de ce match hautement controversé.

Et comble d’ironie, Gallant est congédié alors qu’il est invité au match des Étoiles. Peut-être aura-t-il un nouvel emploi d’ici là compte tenu de son excellente réputation…

— Avec la collaboration de Simon-Olivier Lorange, La Presse

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