Penguins-Canadien

le CH a le dernier mot

Le Tricolore a marqué trois buts en un peu plus de huit minutes, hier au Centre Bell, ouvrant la voie à une victoire en tirs de barrage.

Analyse

Un pas en avant

On va se le dire, nous étions nombreux dans cette salle à croire que la transaction Max Pacioretty allait être un désastre. Laisser aller un gars de 30 buts comme ça, capitaine en plus, c’est rarement une bonne idée.

Mais maintenant ? Maintenant, on dirait que c’était peut-être une bonne idée, après tout.

Il y a l’aspect psychologique d’abord. Pacioretty, c’est bien connu, était parfois du genre bougon, dans le vestiaire, et on a déjà raconté à quel point l’humeur du capitaine avait l’habitude de déteindre sur le reste du groupe. Ensuite, pour poursuivre cette fine analyse, il y a ce qui compte vraiment : les buts et les aides.

En six matchs jusqu’ici avec les Golden Knights, Pacioretty n’a qu’un seul but pour aller avec le - 3 à sa fiche, alors que Tatar, avec ses trois points d’hier soir au Centre Bell, se retrouve avec quatre points en quatre matchs, et aussi avec un + 3 à sa fiche.

On comprend, bien sûr, qu’il reste encore bien du hockey au calendrier, et on comprend aussi qu’on ne se lance pas dans de grandes conclusions après seulement six ou quatre matchs. Mais pour l’instant, du moins, Tomas Tatar a l’air d’un gars qui n’était pas heureux de perdre son temps dans les gradins à Vegas, la saison passée, et qui souhaite chèrement se reprendre cette saison, la rage de vaincre et le goût de se venger au cœur, ou quelque chose comme ça.

« C’est vous qui le dites, pas moi, a-t-il répondu hier soir dans le vestiaire. Je ne pense pas à racheter quoi que ce soit et je ne pense pas non plus à la saison dernière et à ce qui s’est passé à Vegas. Tout ce que je sais, c’est qu’en arrivant ici, tous les gars m’ont accueilli avec le sourire. »

« Le hockey, c’est une question de chance. Il faut que quelqu’un, quelque part, te donne une chance. C’est ce que j’ai obtenu en arrivant ici. »

— Tomas Tatar

Cinq points sur une possibilité de huit

Le Canadien a donc obtenu une deuxième victoire en une semaine contre les Penguins de Pittsburgh, cette fois en tirs de barrage, cette fois par la marque de 4-3. C’est bien pour dire : si on regarde la formation des deux équipes sur papier, il y en a une qui est nettement plus talentueuse que l’autre. Et, non, ce n’est pas le Canadien.

Malgré cette implacable réalité, le Canadien a récolté quatre points sur une possibilité de quatre face à ces Penguins. Tomas Tatar croit comprendre pourquoi. « Notre équipe est une équipe rapide, et quand on joue comme ça, avec rapidité, je pense qu’on devient une très bonne équipe. »

Tout un contraste avec le match précédent, celui contre les Kings, où les joueurs du Canadien semblaient patiner dans le sable mouvant. Il n’y avait pas de sable mouvant sur la glace du Centre Bell hier soir, et plusieurs membres du Bleu-blanc-rouge en ont profité pour se faire remarquer.

Ça comprend Jonathan Drouin, qui nous a rappelé de quoi il est capable lorsqu’il est à son aise. Si Drouin peut enchaîner des performances comme celle-ci avec constance, on pourrait être surpris en avril, mesdames, messieurs. Dans son cas, faut-il le rappeler, ça n’a jamais été un problème de talent.

Avec tout ça, le Canadien a récolté cinq points sur une possibilité de huit à ses quatre premiers matchs de la saison, contre les Leafs, les Penguins (deux fois) et les Kings. La plupart des experts avaient sans doute prédit une récolte de 0 point après ces quatre matchs-là. Aussi, à part le match contre les Kings, le club s’est révélé compétitif de manière régulière.

Ce bout-là, par rapport à la saison dernière, c’est déjà un énorme pas en avant.

Ils ont dit

« On en veut plus »

« Je ne suis pas surpris ou surexcité. Nous avons travaillé fort pour obtenir nos cinq points [sur une possibilité de huit]. Je demande plus aux joueurs et j’espère que les joueurs en exigeront encore plus d’eux-mêmes. Je crois que c’est la seule façon de procéder. Cinq sur huit, ce n’est pas mauvais. Mais on en veut plus, on veut s’améliorer et on veut rester affamés. »

— Claude Julien

« Je ne suis pas sûr de ce que c’est [le manteau du joueur du match]. C’est [Shea] Weber qui l’a acheté, et visiblement, il s’attendait à le porter souvent parce qu’il est énorme. Je ne suis pas sûr que les plus petits joueurs pourront le porter. Peut-être qu’on pourra rentrer à deux dedans ! J’aime ça. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas eu quelque chose pour le joueur du match. Je crois que ça vient de Game of Thrones. Mais je ne porterais pas ça pour sortir ! »

— Brendan Gallagher

« Je n’ai pas vu ce qui est arrivé en prolongation, j’ai seulement entendu le tir de Max [Domi] percuter le poteau. […] Je me sentais comme dans mes meilleurs moments. Je me sentais impliqué dans le jeu, en contrôle aussi. C’est comme ça que je me sens dans mon élément. »

— Jonathan Drouin

« Je voulais simplement prendre le plus d’espace possible, car je savais qu’il n’allait pas avoir le temps de patiner avec la rondelle. »

— Antti Niemi, au sujet de son arrêt aux dépens de Sidney Crosby à la fin de la prolongation

« Il peut fabriquer des jeux. Le trio de Sid a eu des chances de marquer. C’est un fabricant de jeu, il lit bien le jeu. On y pensait depuis un bout. On voulait l’essayer pour voir si ça allait nous donner une étincelle. »

— Mike Sullivan, entraîneur-chef des Penguins, au sujet de Derick Brassard, qu’il a muté à l’aile

Propos recueillis par Richard Labbé et Guillaume Lefrançois, La Presse

Penguins-Canadien

Dans le détail

Danault tient parole

« Je veux sortir méchant. » C’est ainsi que Phillip Danault a parlé vendredi, très critique de son effort de la veille contre les Kings. Le Québécois laissait notamment entendre qu’il ne pouvait pas se laisser déconcentrer s’il perdait quelques mises au jeu de suite. Il a tenu parole. Toute la soirée, Danault a alimenté ses ailiers, Tomas Tatar et Brendan Gallagher, qui ont totalisé 12 tirs et trois buts. Mais on retiendra surtout sa performance de 60 % aux mises au jeu (15 en 25). « Il a bien répondu [hier] soir, a indiqué Claude Julien. Il a été très bon aux mises au jeu. Je pense qu’il a perdu ses quatre premières, mais ensuite, il s’est racheté. »

Letang magique

Kristopher Letang connaît généralement de bonnes soirées contre le Canadien, mais son match d’hier était d’anthologie. C’est lui qui a relancé l’attaque sur le premier but des siens. Le deuxième but ? Il l’a marqué lui-même. Il s’est aussi illustré défensivement, notamment en bloquant une passe de Tomas Tatar sur une descente à trois contre un du Canadien. Il s’est impliqué physiquement en distribuant quatre mises en échec. Comme si ce n’était pas assez, c’est aussi lui qui a alerté les arbitres en fin de deuxième période lorsque le CH avait trop de joueurs sur la patinoire. Avec la blessure de Justin Schultz en début de match, Mike Sullivan allait devoir compter sur son défenseur numéro 1. Letang lui a donné 31 minutes de qualité.

La fin des expériences ?

Bon… C’était peut-être une victoire inspirée, mais il n’y a pas que du positif à retenir. L’expérience Joel Armia en avantage numérique semble de moins en moins concluante. Hier, il a eu droit à près de quatre minutes dans ces circonstances, dont la totalité du cinq contre trois en fin de deuxième période. Malgré tout, il a terminé son match avec un seul tir, obtenu à forces égales. Cette saison, en 15 minutes d’avantage numérique, il n’a que deux tirs. On comprend l’idée de donner une chance à Armia, puisqu’il est, et de loin, le plus gros attaquant du CH. Mais l’an dernier à Winnipeg, il a eu droit à 118 minutes en avantage numérique et n’a pas marqué un seul but. Armia a déjà eu le potentiel d’être un attaquant d’avantage numérique, mais l’a-t-il encore ?

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