Bombardier cède sa participation à Airbus et à Québec

Bombardier vend sa participation dans la Société en commandite Airbus Canada à Airbus SE et au gouvernement du Québec. C’est ce que l’entreprise a annoncé par voie de communiqué dans la nuit de mercredi à jeudi.

Ainsi, Airbus détient désormais 75 % d’Airbus Canada et le gouvernement du Québec voit sa participation portée à 25 %. Le gouvernement ne verse pas de contrepartie en espèces dans le cadre de la transaction.

Les installations de Bombardier concernant les avions A220 et A330 seront transférées à Airbus, par l’entremise de sa filiale Stelia Aéronautique, ce qui maintiendra 360 emplois au Québec, toujours selon le communiqué.

Bombardier recevra un montant de 591 millions de dollars US, déduction faite des ajustements, dont 531 millions de dollars US reçus à la clôture, et se libérera à l’avenir de son obligation de financement à l’égard d’Airbus Canada.

Plus de 3300 emplois Airbus sont assurés au Québec, précise le communiqué.

Grosse journée pour Bombardier

La journée de mercredi a été agitée autour de Bombardier, dont l’action a progressé de plus de 10,5 % à la Bourse de Toronto. L’entreprise québécoise doit dévoiler ses résultats financiers annuels de 2019 jeudi matin. Des informations provenant de France faisaient état mercredi de la tenue d’une réunion du conseil d’administration d’Alstom pour approuver une offre d’achat de la division ferroviaire Bombardier Transport. Le conseil d’administration de Bombardier s’est lui aussi réuni au cours de la journée.

— La Presse canadienne et Jean-François Codère, La Presse

La Pocatière retient son souffle

LA POCATIÈRE — Il soufflait un vent à décorner les bœufs mercredi à La Pocatière, petite ville plantée à un jet de pierre du fleuve. « C’est ici qu’on fabrique le vent, le saviez-vous ? Juste à côté, à Rivière-Ouelle », lance Claude Michaud.

Le président du syndicat CSN des employés de Bombardier La Pocatière blaguait, bien entendu. C’est plutôt des trains que l’on construit ici, dans une usine qui représente un poumon économique pour la région.

« Ça fait 27 ans que je travaille à l’usine, lâche Claude Michaud. Mon père a travaillé 36 ans. Ma conjointe travaille ici. J’ai une nièce qui travaille ici. Mon beau-père a travaillé ici, le beau-frère aussi… »

Des familles comme ça, il y en a plusieurs dans le Kamouraska. Il n’est donc pas surprenant que la rumeur qui s’est mise à circuler mercredi ait eu l’effet d’une petite bombe ici : le conseil d’administration de Bombardier envisagerait de vendre sa division Transport – avec l’usine de La Pocatière – à la société française Alstom.

Mercredi soir, rien n’avait été confirmé. Mais dans les prochains jours, c’est peut-être l’avenir de l’usine de 360 employés qui va se jouer.

« C’est un gros morceau pour La Pocatière, mais aussi pour tout le Kamouraska », explique le maire de La Pocatière, Sylvain Hudon.

Le maire Hudon était prudent mercredi au passage de La Presse. L’histoire de Bombardier dans la région a toujours été tumultueuse, avec ses gros contrats suivis de passages à vide, ses périodes fastes suivies de pertes d’emplois…

Pour lui, ce n’est qu’un épisode de plus. Mais il avait un message clair au gouvernement de François Legault : si l’usine passait à Alstom, il faudrait s’assurer de préserver les emplois.

« M. Legault a toujours dit que ça prenait des emplois bien rémunérés. Bombardier entre dans cette catégorie, et ce sont de bons emplois en région », affirme le maire de La Pocatière.

« C’est le plus gros employeur chez nous, c’est indéniable. C’est une grosse masse salariale. Les employés ont de bons salaires, des salaires qu’ils méritent, d’ailleurs », ajoute-t-il. Les employés cols bleus font entre 22 et 32 $ de l’heure, selon les chiffres du syndicat.

« Ce sont des millions de dollars en salaires. Alors oui, l’avenir de l’usine m’inquiète moi, mais aussi les commerçants, poursuit le maire. Ce ne sont pas tous les employés qui vivent à La Pocatière, mais à peu près tous achètent des choses dans nos commerces. »

L’espoir malgré tout

Bombardier Transport est non seulement le plus important employeur de la ville, c’est aussi l’entreprise qui paie le plus de taxes municipales.

Son empreinte est partout. L’aréna construit il y a 10 ans en face de l’hôtel de ville porte le nom de Centre Bombardier. La fondation J.A. Bombardier avait été le premier donateur, avec 500 000 $.

Quelques facteurs militent pour le maintien de l’usine, même si elle passe entre des mains françaises. Les ouvriers assemblent actuellement la deuxième vague de voitures AZUR pour le métro de Montréal. En avril dernier, Bombardier Transport a procédé à 85 mises à pied. Mais des embauches sont prévues en mars, selon le syndicat.

Ensuite, plusieurs projets de tramway sont dans les cartons dans la province, que ce soit à Québec, Gatineau, Longueuil ou Montréal. Le premier ministre François Legault a déjà promis que tous ces contrats contiendraient des exigences de contenu local. L’usine de La Pocatière est donc très bien placée pour les réaliser.

C’est d’ailleurs un contrat local qui avait véritablement lancé l’usine dans les années 70 : celui pour les voitures MR-73 commandées pour le métro de Montréal et livrées en 1976.

« Là, on a du travail. On est une usine rentable, que ce soit pour Bombardier ou Alstom. C’est pour ça qu’on est toujours vivants », de dire d’un ton optimiste Martin Douville, travailleur rencontré à la sortie de l’usine.

La moustache blanche de l’homme trahit son expérience. « Ça fait 27 ans que je suis ici », lance-t-il.

Les rumeurs ne l’effraient pas une miette.

« Ça ne m’inquiète pas du tout. Ce n’est pas une faillite. Si on est achetés par Alstom, c’est une acquisition. Maintenant, qu’est-ce qu’Alstom va faire avec l’usine de La Pocatière ? On ne peut pas le savoir, mais pour deux ou trois ans, on ne bougera pas, j’en suis sûr. »

— Martin Douville, travailleur chez Bombardier

Les employés sont sans contrat de travail depuis septembre et les négociations avec Bombardier devaient commencer incessamment, selon le président du syndicat.

Claude Michaud était prudent mercredi. Pas question pour lui de s’avancer. « Je suis encore un employé de Bombardier », dit-il.

Le représentant syndical se souvient de moments difficiles à l’usine. Il a été mis à pied pendant quatre ans dans les années 90. « Je suis allé travailler ailleurs. Mais je suis revenu. »

« Il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que d’attendre, dit-il. Mais j’ai toujours été optimiste, c’est pour ça que je suis toujours revenu chez Bombardier. »

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