AGRESSION AU MONT SAINT-BRUNO

L’accusé dénoncé par son patron

L’image était partout. Presque tout le monde avait vu ce portrait-robot d’un suspect recherché pour une tentative de meurtre gratuite contre une joggeuse au mont Saint-Bruno. Anxieux, Yves Roy a montré le croquis à son patron : « Trouves-tu qu’il me ressemble ? »

C’est grâce à la dénonciation du patron, un entrepreneur paysagiste du coin, que la police de Longueuil a pu mettre la main au collet du suspect de 46 ans le week-end dernier.

Yves Roy, qui habitait dans l’appartement de sa mère dans une résidence pour personnes âgées à Sainte-Julie, a été accusé hier d’avoir séquestré une femme au détour d’un sentier du parc national et d’avoir tenté de la tuer en l’étranglant, le vendredi 2 septembre, vers l’heure du dîner.

« L’accusé, qui s’est rendu au parc national du Mont-Saint-Bruno avec l’intention de commettre son crime, ne connaissait pas sa victime et semble l’avoir choisie en raison de l’endroit isolé où elle se trouvait », a expliqué hier Jean-François Robert, responsable des enquêtes à la police de Longueuil.

L’agresseur aurait plaqué la joggeuse au sol et l’aurait frappée à mains nues à plusieurs reprises avant de la saisir à la gorge. La dame a subi des fractures aux côtes et aux chevilles, en plus de nombreuses ecchymoses. « La victime, une dame très courageuse d’une cinquantaine d’années, s’est débattue avec énergie et dans un ultime effort, a réussi à se défaire de l’emprise de Roy », a déclaré Mario Plante, directeur adjoint de la police de Longueuil. Ce dernier aurait alors pris la fuite.

DES CRAINTES EXPRIMÉES

Quelques heures après l’agression, Yves Roy a publié une photo de chat sur son profil Facebook et a changé sa photo de profil pour une image du Bonhomme Carnaval. Lorsque la police a diffusé un avis de recherche avec un portrait-robot, le dimanche suivant, il s’est montré inquiet devant son patron. Bizarrement, il semblait craindre d'être accusé à tort de ce crime.

« Je lui disais : “Je trouve pas qu’il te ressemble.” Mais il disait : “J’ai déjà eu des dossiers [criminels], ils vont venir chez nous” », a relaté l’employeur, qui a requis l’anonymat, dans une entrevue à La Presse.

« Je lui ai expliqué qu’avec les téléphones cellulaires, les policiers pourraient voir qu’il n’était pas dans la zone à ce moment-là. Et tout de suite, il a répondu : “Moi, mon cellulaire était fermé.” Il s’est compromis. »

— Le patron d’Yves Roy

L’employé peu subtil disait même être au courant que l’agression avait eu lieu près d’une tour de télécommunications. Un élément d’enquête qui n’avait pas été diffusé dans les médias.

L’employeur a donc pris contact avec la police pour lui faire part de l’attitude étrange de son employé. Avec un pincement au cœur. « Je ne voudrais pas qu’il aille en prison se faire tabasser. Je pense qu’il est malade, alcoolique, il n’a jamais eu de malice. Il braillait toujours qu’il n’avait pas d’ouvrage, il faisait pitié, alors je l’avais engagé, il passait la tondeuse et travaillait avec la pelle », dit-il.

Son appel était la 204e information transmise aux policiers à la suite de leur appel au public. Elle a fait débloquer l’enquête.

MODUS OPERANDI

Selon ce qu’a appris La Presse, après avoir été mis sur la piste d’Yves Roy, les enquêteurs de la police ont découvert un point en commun dans le modus operandi d’un de ses crimes passés et de celui du mont Saint-Bruno : dans les deux cas, l’agresseur avait exprimé des regrets ou des remords à voix haute tout en violentant sa victime. Roy avait écopé d’une peine de 14 mois de prison et d’une probation de trois ans pour voies de faits sur un enfant de six ans. Le crime avait été commis à Sainte-Catherine en 1998.

Les policiers ont rendu une première visite au suspect le 12 septembre et ont pris une photo de lui d’un angle précis afin de la comparer avec le portrait-robot. Tout de suite après leur départ, Yves Roy s’est plaint sur son profil Facebook. « Je ne suis pas un criminel laissez tranquille la police de longueur », écrivait-il dans un langage approximatif.

L’employeur avait aussi révélé aux enquêteurs une façon simple de comparer l’ADN d’Yves Roy avec celui retrouvé sur la scène du crime : ramasser un des mégots de cigarette qu’il laissait partout sur son chemin. Sans préciser si elle avait procédé ainsi, la police a confirmé hier qu’une preuve d’ADN avait confirmé ses soupçons sur Yves Roy.

DISCRET ET AIDANT

À la résidence pour personnes âgées de sa mère, dans le Vieux Sainte-Julie, Yves Roy était connu comme un cochambreur discret et aidant.

« Il prenait la couleur des murs, on ne le voyait pas beaucoup, il sortait et allait travailler. Les deux ou trois fois où il y a eu des sinistres à la résidence, une fausse alarme de feu et un dégât d’eau par exemple, il aidait tout le monde », raconte Sylvain Ferland, copropriétaire de la résidence privée.

« Lorsqu’on a eu un exercice de feu, il agissait comme le gars qui va se lancer dans le feu pour aider les autres. Mais on ne sait pas ce qui se passait dans sa tête. »

— Sylvain Ferland

Roy disait exploiter une entreprise de vente de trousses de premiers soins baptisée Secouristes sans frontières. Selon plusieurs témoignages, il se promenait toujours à pied ou en vélo dans les rues de Sainte-Julie. La municipalité est adjacente au mont Saint-Bruno et dispose d’un accès au parc national.

Hier, menotté dans le box des accusés, vêtu d’un t-shirt à motif et de jeans, il semblait penaud et dépassé par les événements. La Couronne s’est opposée à sa remise en liberté dans l’attente du procès. Une enquête sur remise en liberté aura lieu sous peu.

Quant à la victime, « elle s’est dite impatiente de retourner courir au parc du Mont-Saint-Bruno », selon la police de Longueuil.

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