Production d’or

Une « psychose » s’installe au Burkina Faso

Les attaques des groupes djihadistes contre des employés de mines d’or au Burkina Faso, dont celle sur des employés de la québécoise Semafo qui a fait au moins 38 morts cette semaine, risquent d’affecter la production de ce secteur devenu stratégique pour le pays, selon des experts.

Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière qu’a connue le Burkina depuis le début de la spirale de violences djihadistes, il y a près de cinq ans.

« Les mines continuent de travailler, mais cela va avoir des répercussions sur l’activité », « il y a une sorte de psychose qui se développe », juge un haut responsable gouvernemental, s’exprimant sous couvert d’anonymat.

La société minière québécoise Semafo, qui exploite la mine de Boungou depuis septembre 2018, a annoncé jeudi « la suspension des opérations » jusqu’à nouvel ordre, « par respect pour les victimes et leurs proches ».

Un secteur stratégique

L’or est devenu en une douzaine d’années un secteur économique stratégique pour le Burkina Faso, pays pauvre de 20 millions d’habitants, enclavé en Afrique de l’Ouest, dont le principal produit d’exportation était auparavant le coton.

De 0,4 tonne en 2007, la production d’or est passée à plus de 52 tonnes en 2018, selon la Chambre des mines burkinabè. Douze mines industrielles étaient en exploitation fin 2018 et quatre autres devraient ouvrir à court terme.

Le secteur a contribué en 2018 pour 11,4 % au produit intérieur brut (PIB), avec 3,7 milliards de dollars, et généré 656 millions en recettes budgétaires, selon le ministère des Mines.

Le secteur aurifère officiel compte 9200 emplois directs et 26 100 emplois indirects. Mais le sous-secteur artisanal, aussi appelé orpaillage, emploie 1,5 million de personnes, et génère une production annuelle supplémentaire d’environ 10 tonnes d’or, selon le ministère des Mines.

Et encore, le potentiel aurifère du Burkina, comme d’ailleurs celui de la Côte d’Ivoire, du Ghana (deuxième producteur africain derrière l’Afrique du Sud) et du Mali, est sous-exploité, selon les sociétés minières, qui ont investi 5 milliards de dollars dans l’exploration dans la région ces 10 dernières années, selon les chiffres divulgués lors d’un forum minier international à Abidjan, fin 2018.

Inquiétude pour les investisseurs

En s’attaquant de manière répétée au secteur aurifère, les groupes djihadistes tentent de frapper l’État burkinabè au portefeuille.

L’embuscade de mercredi était la troisième contre des employés de la mine de Semafo. Deux autres attaques avaient fait 11 morts au total, en août et décembre 2018, principalement des membres des forces de l’ordre qui escortaient les convois.

Depuis deux ans, le secteur minier a enregistré au moins une dizaine d’attaques ayant fait des morts, des blessés ou des dégâts matériels.

« Il est plus facile de monter des embuscades contre des convois que d’attaquer les mines qui sont relativement bien protégées. »

— Un responsable d’une compagnie aurifère

Les cadres expatriés sont également visés par des kidnappings.

« Même si les sites miniers ne sont pas directement visés par les attaques, ça va créer de l’inquiétude pour les investisseurs. Ils vont hésiter à miser sur de nouveaux projets », estime le responsable d’une compagnie aurifère.

« Les investissements dans le secteur minier sont lourds, c’est en centaines de millions de dollars. Les investisseurs ne sont pas prêts à prendre des risques s’il n’y a pas la sécurité dans le pays ».

« L’autre problème, c’est que cette insécurité fait fuir les expatriés. Or, les compagnies minières ont du mal à attirer des expatriés qualifiés » en Afrique de l’Ouest, ajoute-t-il.

Selon un fournisseur d’équipements du secteur, « les groupes miniers ont beaucoup réduit leurs activités d’exploration au Burkina, parce qu’ils ne peuvent plus y travailler normalement. Il y aura des répercussions sur la production à long terme ».

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