Pénible voyage

Le Tricolore est revenu à la maison après un séjour de six matchs à l’étranger au cours duquel il a encaissé, hier, une cinquième défaite de suite. Et la semaine ne faisait que commencer…

Analyse

Au-delà des résultats

Columbus — Il y a de ces défaites que l’on voit venir aussi facilement qu’un mauvais gag dans l’émission Rira bien. Celle d’hier entre dans cette catégorie.

D’un côté, le Canadien concluait un long voyage de six matchs au cours duquel il ne comptait qu’une victoire, acquise dès le premier duel. Déjà faible au centre, l’équipe était en plus privée de Phillip Danault, son meilleur élément à cette position. L’entraînement matinal annonçait une soirée laborieuse sur le plan de l’exécution tellement les passes ratées étaient nombreuses.

De l’autre côté, les Blue Jackets redeviennent tranquillement l’équipe que tant d’analystes redoutaient en début de saison. Le mélange de talent et de hargne commence à prendre, comme en font foi les cinq victoires de suite des hommes de John Tortorella.

Sachant cela, il importait de voir ce que l’équipe pouvait retirer de cette soirée, au-delà du simple résultat de la rencontre. Plusieurs constats rejoignent ce qu’on observait depuis déjà quelque temps.

Pas de solution en vue

La ligne de centre est certainement l’élément le plus désolant du Canadien.

Danault est blessé, Tomas Plekanec est parti. Autant d’occasions pour des jeunes de se faire valoir, de lever la main pour occuper le vide ainsi laissé.

Résultat : Jacob De La Rose a connu possiblement le pire match de sa carrière dans la Ligue nationale. Plutôt que de profiter de l’occasion, il s’est enfoncé encore plus. « Il a connu une soirée difficile », a reconnu l’entraîneur Claude Julien, peu enclin à entrer dans les détails.

L’équipe aurait pu profiter du vide au centre pour redonner un essai à Alex Galchenyuk. Après tout, Julien maintient, depuis le milieu de la saison, que la porte est « toujours ouverte » à un retour du 27 au milieu. Or, c’est plutôt Andrew Shaw qui a été désigné pour piloter un trio. Ce même Shaw qui ne fera pas partie de la solution du CH au centre l’an prochain, du moins pour les deux premiers trios.

À l’inverse, Jonathan Drouin, avec son magnifique but en échappée, a rappelé son immense potentiel inutilisé comme ailier. C’est qu’il a amorcé la séquence comme ailier, puisque Brendan Gallagher s’est chargé de la mise en jeu. Puis, pendant que Drouin marquait les défenseurs adverses à la pointe, c’est Paul Byron, posté plus profondément dans son territoire, qui a bloqué le tir avant de lancer Drouin en échappée.

Il est évident qu’au centre, toutes les solutions ne sont pas à l’interne. Rien n’indique qu’il y a un sauveur au repêchage, puisque les meilleurs éléments de la prochaine cuvée sont surtout des défenseurs et des ailiers. À moins d’une (autre) mégatransaction ou d’un coup fumant sur le marché des joueurs autonomes, le problème pourrait demeurer entier.

Mais en attendant, dans un contexte où l’équipe n’a rien à perdre, on sent que certaines pistes pourraient encore être explorées. Et qu’elles ne le sont pas.

Une défense sur la bonne voie

En défense, on sent toutefois que le vent tourne peu à peu, malgré le volume de buts accordés.

Les difficultés du duo formé de Jordie Benn et Brett Lernout sautaient aux yeux. Mais Lernout, rappelons-le, est essentiellement en uniforme parce qu’on compte actuellement quatre blessés à la ligne bleue. Benn, lui, demeure un défenseur de profondeur, payé comme tel, capable de bonnes soirées comme de moins bonnes.

Mais Mike Reilly continue à ressembler à un défenseur de la Ligue nationale, tout comme Noah Juulsen. Et ces deux-là n’ont pas craqué contre des adversaires coriaces.

En fait, là où la situation devient plus préoccupante, c’est quand on voit Charlie Lindgren perdre peu à peu son aplomb du début de saison. Remarquez, l’homme masqué ne s’est pas défilé après le match. Il est venu rencontrer les médias pour livrer un constat honnête. « Le cinquième but était inacceptable, surtout en troisième période », a-t-il martelé, qualifiant ses trois derniers départs de « difficiles ».

Il reste maintenant 13 matchs à cette fin de saison aux allures de camp d’entraînement. Le match d’hier a constitué une nouvelle preuve que ces rencontres seront tout sauf futiles, malgré les défaites qui s’accumulent. Certains joueurs gagnent des points. D’autres creusent leur tombe. Jeff Petry en sait quelque chose, pour avoir vécu ce scénario à chacune de ses trois saisons complètes chez les Oilers d’Edmonton.

« C’est une période difficile, je l’ai vécu auparavant, a rappelé le défenseur. C’est facile de devenir frustré. On doit justement s’assurer de ne pas se frustrer, de ne pas changer notre jeu. On doit essayer de s’améliorer en tant qu’équipe et si on le fait, chacun de nous pourra s’améliorer individuellement. »

« Je dois tourner la page »

« Ce n’est pas facile. Mais je dois regarder le côté positif et continuer à travailler. C’était un voyage frustrant, j’ai connu trois départs difficiles. Je dois tourner la page. J’ai toujours confiance en mes moyens, je sais très bien que je peux bien jouer dans cette ligue. » 

— Charlie Lindgren

« Il n’a pas à s’en vouloir. Il a très bien joué en début de saison quand on avait besoin de lui. C’est le dernier gars qui devrait être découragé après un match comme ça. On s’attend au meilleur de nous-mêmes. Certains soirs, les bonds ne sont pas en ta faveur. » 

— Jeff Petry, au sujet de Charlie Lindgren

« Quand tu en arraches sur les unités spéciales, le mieux est peut-être de simplifier les choses, d’éviter de rendre ça plus compliqué, de faire ton travail et d’avoir confiance que tes coéquipiers feront le leur. Parfois, on ne le fait pas, et ça ouvre le jeu. » 

— Brendan Gallagher, au sujet du désavantage numérique du CH (63 % au cours du voyage)

« C’était 4-1, [Olivier] Bjorkstrand a une chance de faire 5-1, il a le filet grand ouvert. On aurait pu penser que le match était fini, mais non. Et cette chance ratée a donné de l’énergie au Canadien. C’est une bonne leçon à apprendre. » 

— John Tortorella

« On s’est améliorés en deuxième période et on a été très bons en troisième, mais le mal était déjà fait. Ça commence à rattraper certains joueurs. On leur en demande beaucoup, et ça devient lourd. On ne l’a pas facile, on joue [ce soir] contre une équipe qui nous attend à Montréal. Il va falloir montrer du caractère comme on l’a fait [hier] soir en troisième. » 

— Claude Julien

Propos recueillis par Guillaume Lefrançois, La Presse

Les passes de Panarin

Patrick Kane a connu les deux saisons les plus fructueuses de sa carrière en jouant aux côtés d’Artemi Panarin. Plus on voit le Russe aller à Columbus, plus il est clair que Kane bénéficiait autant de jouer avec lui que l’inverse. Les passes distribuées par Panarin en avantage numérique, en première période, constituaient un joli témoignage de sa formidable vision du jeu. Les passes secondaires sur les buts sont souvent moins valorisées que les passes primaires, mais sur le deuxième but des Blue Jackets, sa passe magique vers Cam Atkinson a permis à ce dernier de préparer le dangereux tir sur réception de Seth Jones. Panarin a fait tourner les têtes en atteignant la marque des 30 buts à chacune de ses deux premières saisons dans la LNH. Mais certains soirs, il peut aussi être spectaculaire comme fabricant de jeux.

Atroce pour De La Rose

Vous trouvez que vous avez eu une mauvaise journée au bureau hier ? Consolez-vous en vous disant que Jacob De La Rose en a peut-être connu une pire, lui qui a été sur la patinoire pour les cinq buts des Jackets. Parfois, c’était de la pure malchance, comme sur le premier des deux buts de Seth Jones, quand il s’est avancé pour bloquer un tir, mais que la rondelle l’a heurté avant de déjouer Charlie Lindgren, ou quand Jordie Benn a dégagé la rondelle du revers, sans regarder… sur De La Rose. Là aussi, la rondelle a fini derrière la ligne rouge. Mais d’autres fois, c’était aussi de la maladresse, le meilleur exemple étant quand il a complètement perdu Boone Jenner avant de voir le robuste attaquant enfiler le quatrième but des tuniques bleues. Quand son trio était jumelé au duo Benn-Lernout, les vannes s’ouvraient instantanément pour les Jackets. Si De La Rose souhaite faire partie des candidats pour le poste de quatrième centre l’an prochain, il n’a pas le droit de connaître de telles soirées. À défaut de générer de l’attaque, il doit au moins limiter les dégâts.

Les Jackets croisent les doigts

Les Blue Jackets sont au plus fort de la lutte pour une place en séries éliminatoires. Leur victoire d’hier, combinée à la défaite des Panthers de la Floride contre les Sénateurs d’Ottawa, leur a donné un bon coup de pouce. Mais s’ils veulent assurer leur qualification, ils auront besoin d’un Seth Jones en pleine santé. « Quand notre équipe joue bien, notre défense est notre moteur », a dit l’entraîneur John Tortorella hier. Or, Jones a quitté le match après la deuxième période, « par mesure préventive », a-t-on annoncé. N’empêche, c’est là un signe inquiétant pour une équipe que de voir son meilleur défenseur être ainsi incommodé. Pendant les deux périodes où il y était, Jones a animé l’attaque des siens, pas seulement avec ses deux buts et son puissant tir de la pointe, mais aussi en orchestrant à lui seul des sorties de zone grâce à sa fluidité sur patins. Zach Werenski vaut aussi son pesant d’or quand vient le temps d’agir comme quatrième attaquant quand son équipe menace, mais deux défenseurs du genre dans la LNH d’aujourd’hui, ce n’est pas de trop.

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