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Quand le rêve mène aux affaires

Quelques années après avoir quitté Haïti pour étudier en génie industriel à Polytechnique, Vanessa Cherenfant a annoncé à ses parents qu’elle se lançait en affaires. Leur réaction : un mélange d’inquiétude et de découragement. Pourtant, quelques années plus tard, elle a été reconnue par la Fondation Bronfman parmi les 25 entrepreneurs émergents au Québec.

Comment expliquez-vous la réaction de vos parents ?

Quand on a un enfant à l’étranger, on veut être rassuré. Ça les sécurisait de savoir que j’étais devenue ingénieure. Dans leur tête, ils avaient accompli leur travail en me procurant une vie stable. Par contre, en faisant mes débuts en affaires, je me lançais dans le vide sans parachute. Ça leur a pris des années pour se sentir confortables avec mon choix.

Qu’est-ce qui vous interpelle en affaires ?

Je suis une grande rêveuse. J’ai tendance à imaginer un monde de possibilités. Plus jeune, j’écrivais de la poésie et des romans. En grandissant, j’ai senti la volonté de façonner le monde. À l’adolescence, je me suis intéressée à l’idée de bâtir une entreprise et de créer de la richesse autour de moi.

Quel a été le déclic pour vous lancer ?

Après quelques années chez Bombardier en tant que conseillère en amélioration de performance dans les avions d’affaires, j’ai rencontré mon directeur en ressources humaines pour discuter de mon évolution. Je suis très ambitieuse et je lui ai parlé de mon plan de carrière pour les prochaines années. Il a répondu que c’était intéressant, mais il m’a conseillé de ne pas être trop agressive… Ça a pété ma balloune ! J’ai compris que je n’étais pas à ma place et que c’était le moment de créer.

Qu’offrait votre première entreprise, Elysia ?

Le but était de simplifier la vie des voyageurs et d’enrichir leurs expériences locales, partout dans le monde, grâce au profilage de leurs intérêts. Après deux ans, j’ai toutefois arrêté le projet, malgré l’intérêt qu’il suscitait, car je n’étais pas obsédée par cette problématique. Je n’étais pas prête à investir 10 ou 15 ans pour réussir dans ce domaine précis.

Qu’avez-vous fait depuis ?

Puisque je voulais apprendre auprès de personnes qui avaient connu du succès en entrepreneuriat pour me nourrir d’eux, je me suis jointe à Officevibe, une petite branche de GSoft, dont la mission était d’améliorer la vie au travail dans diverses organisations. On a collaboré avec Apple, Disney et Bose, et on est passé de 8 à 70 employés. C’était une super belle expérience de bâtir une équipe, un produit et de mettre sur pied les services clients. Après trois ans, je sentais que j’avais achevé ma mission. Je suis maintenant directrice chez Sadax Technologies.

Comment votre parcours entrepreneurial a-t-il été influencé par le fait d’être une femme de couleur ?

Je n’ai jamais été ouvertement mise de côté parce que je suis une femme ou parce que je suis noire. Mais je me suis souvent senti l’Autre. À plusieurs reprises, j’étais la seule femme ou la seule Noire d’une organisation. En général, le racisme ou le sexisme sont des comportements insidieux. On ne sait jamais si on est ralenti à cause de ça ou d’une autre raison. C’est un biais inconscient que certaines personnes peuvent avoir sur un genre ou une culture. On se fait des idées sur les gens, parce qu’on ne les connaît pas forcément. Il y a toujours un chemin à franchir pour briser la glace. Cela dit, je ne me suis jamais arrêtée à ça. J’ai toujours pris ma place. J’ai élevé ma voix pour qu’on m’entende.

Quelles sont vos aspirations ?

Chez Sadax, on veut avoir un impact en bâtissant des solutions technologiques qui font une différence pour nos clients, plutôt que de juste faire de la techno pour faire de la techno. Je veux aider l’entreprise à croître à l’international. Et globalement, je veux stimuler l’entrepreneuriat au féminin et parmi les minorités.

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