Les 5 ans de La Presse+

le journal de l’avenir

Si La Presse+ marque un jalon dans l’histoire de notre journal, la technologie nous amènera dans un avenir proche à des lieues de ce que nous connaissons aujourd’hui. Comment consulterons-nous l’information dans 15 ou 20 ans ? Nous avons posé cette immense question à six étudiants en journalisme et en communication.

« Alors, à quoi pourrait ressembler un journal dans une quinzaine d’années ? »

Tenter de répondre à cette question, c’est admettre d’emblée qu’on va probablement faire fausse route. Rien toutefois pour freiner l’enthousiasme des six jeunes passionnés de journalisme que nous avons conviés dans la salle de rédaction de La Presse.

Ces étudiants au début de la vingtaine s’intéressent de près à l’avenir du journalisme. Ils ont tenté d’en tracer les grandes lignes dans une discussion purement théorique à laquelle ont aussi participé un photographe, des graphistes et des journalistes de La Presse. Voici le fruit de ces deux heures d’échanges créatifs.

Un appareil, toute l’info

L’évolution de la technologie nous permettra de concentrer encore plus le moindre de nos besoins dans un seul appareil, prévoient tous les étudiants interrogés. La puissance de cet appareil aurait ceci d’utile : un média pourrait y décliner une même information instantanément en d’innombrables formats. Ainsi, un utilisateur pourrait en tout temps choisir de lire un texte, de l’entendre en version audio, de manipuler la même information sous forme graphique ou encore choisir de regarder une vidéo.

Mieux : le journal de l’avenir pourrait « comprendre » quelles sont nos habitudes et adapter la présentation de l’information selon l’heure de la journée et l’endroit où l’on se trouve. « Cet objet fera partie intégrante de notre vie », résume Paula Bourgie, étudiante en communication à l’Université Concordia, profil vidéo.

« Je vois un appareil qui serait un peu comme l’extension de notre bras. On aurait un écran d’accueil qui nous offrirait plusieurs possibilités d’information », ajoute Philippe Léger, étudiant en journalisme à l’UQAM.

Des nouvelles holographiques ?

Plusieurs médias dans le monde explorent les possibilités des photos à 360 degrés, de la réalité virtuelle (l’immersion totale avec un casque) et de la réalité augmentée (des images qui apparaissent dans notre environnement à travers notre appareil mobile). Le média de demain maîtrisera davantage ces technologies, mais il ira beaucoup plus loin, estiment les étudiants.

Ainsi, s’ils le souhaitent, les abonnés de l’avenir pourraient consulter l’information à travers une projection holographique interactive ou en réalité augmentée. « Quand on pense au nombre de fois qu’on parle d’une nouvelle et qu’on se trouve deux ou trois autour d’un cellulaire ; on pourrait ouvrir cette option et voir l’information tout le monde en même temps. Ça ouvrirait plus la discussion ! », s’enthousiasme Juliette Lefebvre, finissante en journalisme du programme Art et technologie des médias, au cégep de Jonquière.

Et la réalité virtuelle ? Ne pourrions-nous pas « vivre » l’information plutôt que de la regarder à distance ? « Oui, mais ce serait pour un reportage de fond. Pas pour l’utilisation de tous les jours, croit Paula Bourgie. Est-ce que j’ai vraiment envie de me retrouver au cœur d’une fusillade chez YouTube ? Pas vraiment. »

La réalité virtuelle en information ne s’adresserait toutefois qu’aux mordus qui seront prêts à utiliser un appareil supplémentaire (des lunettes ou un casque) pour aller plus loin, estiment tous les jeunes interrogés. Ces reportages auraient toutefois un impact majeur, espère Juliette Lefebvre : « Tu imagines d’amener les gens au cœur du conflit et qu’ils se retrouvent dedans… comment on pourrait plus les conscientiser ? »

Des algorithmes… transparents

Les médias de l’avenir utiliseront l’intelligence artificielle et les algorithmes, mais les lecteurs exigeront plus de transparence, prévoit Djavan Habel-Thurton, bachelier en comptabilité en voie d’obtenir un diplôme d’études supérieures spécialisées en journalisme à l’Université de Montréal.

Une stratégie qui tranche avec celle des réseaux sociaux comme Facebook, dont les algorithmes orientent les utilisateurs vers une information qui les défie de moins en moins. « On pourrait offrir aux gens une rubrique de textes avec lesquels ils ne seraient peut-être pas d’accord, propose Djavan Habel-Thurton. Dans l’avenir, on va faire confiance à l’intelligence des gens : on n’essaiera pas de les prendre par surprise. »

Les abonnés d’un média pourraient donc, s’ils le désirent, consulter ce contenu plus éloigné de leurs habitudes et des chroniques dont le point de vue tranche avec celui de leur environnement virtuel.

« C’est une bonne idée de confronter nos idées à travers même le média qu’on consulte », estime Kim Jandot, bachelière en criminologie, en voie d’obtenir un diplôme d’études supérieures spécialisées en journalisme à l’Université de Montréal.

Alexandre Perras acquiesce. « On pourrait même avoir accès à une comptabilisation de ce que l’on consulte, suggère l’étudiant en journalisme à l’UQAM. On pourrait réaliser que pendant un mois, on s’est intéressé plus aux libéraux, ou que nos lectures nous amènent plus à gauche ou plus à droite… on ne s’en rend peut-être pas compte. »

L’intelligence artificielle nous permettra aussi d’accéder plus rapidement au contenu qui nous interpelle, mais les médias proposeront toujours un contenu plus général, offert à tous. « [Le public] voudra encore être informé de façon plus large, y compris dans des secteurs qui l’intéressent moins, estime Juliette Lefebvre. Il a le choix de lire ou pas, et ce choix est important. Il va en être de plus en plus conscient. »

Une information ultraspécialisée

« Je pense que les gens vont devenir de plus en plus informés dans les thématiques qui les intéressent. Les médias aussi vont devoir devenir encore plus spécialisés dans plusieurs secteurs », souligne Alexandre Perras.

Pour assurer une meilleure compréhension de sujets complexes, il pourrait ainsi être possible de demander verbalement ou par écrit des éclaircissements sur un personnage ou un élément d’actualité sans devoir ouvrir un moteur de recherche, estiment les étudiants. « Dans l’avenir, on va donner au public des analyses plus poussées pour lui permettre d’avoir de meilleures bases, souhaite Djavan Habel-Thurton. C’est pour cela qu’il y aura de plus en plus de graphisme. Pour mieux comprendre. »

L’étudiant rêve que les médias puissent avoir accès à des images satellites si puissantes que l’on pourrait assister à des événements en temps réel, partout dans le monde. « On ne serait pas dans l’action, mais on la verrait d’en haut. Ça nous aiderait à comprendre l’ensemble de la situation. »

Encore une fois, l’intelligence artificielle pourrait appuyer le travail journalistique et servir le lecteur, croit Philippe Léger : « Un journal pourrait décrypter que dans ta lecture sur la guerre en Syrie, tu es rendu là dans ta compréhension. Il pourrait te proposer d’aller toujours plus loin pour comprendre. Il effacerait le fait que Poutine appuie Bachar al-Assad, par exemple, parce qu’il saura que tu es rendu plus loin. »

Et qui paiera pour tout ça ?

Pour ne pas alourdir la discussion, nous avons volontairement écarté les considérations budgétaires. Par curiosité, nous avons tout de même posé cette question : « Pensez-vous payer pour l’information, dans l’avenir ? » La presque totalité des étudiants répond par la négative. Impossible d’élaborer un modèle d’affaires en quelques minutes, mais ils risquent ceci : un utilisateur pourrait décider s’il souhaite voir de la publicité, choisir les secteurs où la publicité pourrait l’intéresser ou tout simplement payer pour consulter un média sans le moindre annonceur.

Peu importe la source de revenus, obliger les utilisateurs à payer, c’est ouvrir la porte à la désinformation et nuire à l’accessibilité à un contenu de qualité, croit Paula Bourgie : « Si une vidéo est de mauvaise qualité, on le voit : la résolution est mauvaise, il y a des pixels, c’est flou… Mais si une information est mauvaise, c’est plus difficile de le voir. »

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