Chronique

Les nostalgies de 2019

On commence à peine à s’habituer à la nouvelle année. Parfois on écrit encore 2018, au lieu de 2019. Le passé met du temps à s’effacer. On y est tant attaché. Tellement que chaque nouvelle année signifie de nouveaux anniversaires à célébrer. Tout pour avancer en arrière.

En 2018, c’était les 50 ans de Mai 68, de l’assassinat de Bob Kennedy, de L’Osstidcho et des Belles-sœurs, les 40 ans de la victoire de Gilles Villeneuve au Grand Prix de Montréal, les 30 ans de la mort de Félix Leclerc, les 20 ans de la victoire des Bleus au Mondial de foot, les 10 ans de l’élection de Barack Obama aux États-Unis. L’année 2018 a été une année riche en souvenirs d’antan. Qu’en sera-t-il de 2019 ?

Pour qu’un anniversaire mérite d’être souligné, ça prend d’abord un chiffre rond. Les 49 ans de la crise d’Octobre ou les 7 ans du printemps érable, ça ne nous intéresse pas. Il faut que l’événement se soit passé il y a 10 ans, 20 ans, 30 ans… Ce qui nous titille le plus, c’est quand ça fait 50 ans ou 100 ans. Là, sur le sujet, on s’étend longtemps.

En 1919, le monde se remettait de la Première Guerre mondiale. On pansait nos plaies et on signait des traités de paix. Au Québec, l’événement le plus important a probablement été le référendum. Oui, oui, le référendum. Une grande consultation publique sur la prohibition de l’alcool. Les Québécois ont voté à 78 % en faveur de la libéralisation de la vente de bière, de vin et des autres boissons alcooliques. On se reconnaît bien là ! Un pays ? Non, merci. Une bière ? Oh oui ! Si on ne s’en souvient pas, c’est probablement que nos ancêtres ont pris une trop grosse brosse, ce soir-là.

Cette année, on soulignera, sûrement avec emphase, les 50 ans du premier homme sur la Lune. L’événement le plus marquant pour plusieurs générations d’humains. Un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour Rodger Brulotte. Appréciez le lien, c’est aussi les 50 ans de l’arrivée des Expos. Ressusciteront-ils pour marquer l’événement ? Ce serait bien.

Le baseball est un sport dans l’air du temps. D’abord, les commotions cérébrales sont très rares. Si on évite les crachats de ses coéquipiers, on risque peu d’attraper de maladies graves. De plus, on joue, la plupart du temps, trois parties au même endroit, ce qui rentabilise les déplacements et limite l’empreinte écologique.

En mai, il y aura sûrement un pèlerinage dans la chambre de l’hôtel Le Reine Elizabeth, où 50 ans plus tôt, John Lennon et Yoko Ono ont tenu leur fameux bed-in. Quel moment éclaté ! Rester au lit pour la paix. Aujourd’hui, il faudrait rester au lit pour la planète. Et si, le 24 mai, on restait tous au lit ? Vingt-quatre heures sans rien faire, sans rien polluer. Give Earth a chance.

Le 3 mars, ce sera le 50e anniversaire du premier vol d’essai du Concorde, au-dessus de Toulouse. Quelques années plus tard, l’avion supersonique reliera Paris et New York en trois heures et demie, soit le temps que ça prend, aujourd’hui, à un Montréalais pour se rendre à Dorval.

Le 15 août, ce sera le cinquantenaire du festival de Woodstock. Le plus fou et mémorable week-end de musique de tous les temps. La grand-messe de l’époque hippie. Imaginez ce que ç’aurait été si le pot avait été légalisé, dans ce temps-là ! Tout le côté révolutionnaire et sulfureux se serait, comment dire, évaporé.

Cette année, il y aura 40 ans que les Nordiques de Québec ont fait leur entrée dans la Ligue nationale. Ressusciteront-ils, eux aussi, pour marquer l’événement ? Il y a plus de chances qu’Hubert Lenoir soit habillé en comptable au prochain gala de l’ADISQ, lequel, d’ailleurs, célébrera aussi son 40e anniversaire.

Le 9 novembre, cela fera 30 ans que le mur de Berlin est tombé. Donald Trump tente de souligner la chose, en érigeant un nouveau mur de la honte. C’est pas parce qu’on se rappelle qu’on apprend.

Trente ans, le massacre de la place Tiananmen. Trente ans, le terrible drame de Polytechnique. Une blessure si profonde qu’elle s’ouvre tous les 6 décembre, quels qu’ils soient. Dur, dur, 1989.

En 2019, cela fait 20 ans que l’on croyait que tout allait se détraquer dans la nuit du 31 décembre 1999 au 1er janvier 2000. Le fameux bogue. Finalement, à minuit, tout était correct. C’est après que les bogues sont venus de partout.

Il y a 10 ans, le 25 juin 2009, François Legault se retirait de la vie politique. C’est ben pour dire. Dix ans plus tard, il est premier ministre du Québec. Faut toujours se méfier des retraités. Ce qui est certain, c’est que la CAQ va fêter, en octobre prochain, le premier anniversaire de sa victoire historique. Un an, c’est peu, mais au pouvoir, ça peut être ben long.

Voilà un bref survol, non exhaustif, des pages d’histoire que l’on va relire, au cours de l’année qui vient. À défaut de savoir où l’on s’en va, ça fait toujours du bien de se rappeler d’où l’on vient. Même si ça ne change rien. Bonnes commémorations.

Ce qui compte le plus, c’est que dans 50 ou 100 ans, on ait plein d’événements heureux à se rappeler de l’année 2019.

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