OPINION

Si l’école était la Maison des citoyens…

Voilà belle lurette que nous disons que l’hôtel de ville, les bureaux administratifs et politiques des municipalités, est la Maison des citoyens. Honnêtement, il s’agit plutôt d’un bâtiment méconnu sauf pour payer une contravention, prendre un permis de rénovation ou pour les quelques habitués des conseils de ville, paroles d’ancienne conseillère municipale ! 

Pour moi, la Maison des citoyens devrait plutôt être un repère pour ceux qui veulent apprendre, réfléchir, échanger, débattre et se connecter à leur communauté. Un endroit que l’on fréquente régulièrement et qui accueille les gens de toutes les générations. La Maison des citoyens devrait être un point de rencontre entre l’humain et sa collectivité.

Et plus que tout, elle devrait s’intéresser aux jeunes afin de les préparer à leurs rôles et responsabilités civiques. Oui, la Maison des citoyens devrait être une école.

En fait, l’aspect « citoyen » devrait être au cœur du développement de nos écoles. Écoles primaires et écoles secondaires, voilà mille carrefours des possibles à implanter dans tous les quartiers. Je rêve ici d’un changement de paradigme permettant à l’école de porter la responsabilité de la formation du citoyen et permettant de renverser l’affaiblissement des connaissances civiques et politiques des citoyens.

Mais que se passerait-il si nos écoles de quartier étaient la Maison des citoyens ?

Alors l’école assurerait la passation du savoir cognitif spécifique à la démocratie, mais également au développement des capacités et aptitudes qui mènent à la participation citoyenne.

Alors tous les jeunes seraient habitués à débattre, à utiliser leur esprit critique et auraient une grande compréhension des responsabilités civiles.

Alors les jeunes développeraient des compétences du présent et du futur qui seraient complémentaires aux réalités de l’intelligence artificielle et de la robotisation.

Alors l’école aurait pour objectif de créer des liens forts avec toute la communauté afin que les jeunes puissent expérimenter leur apprentissage citoyen et concrétiser leurs engagements sociaux, et ce, durant leur parcours scolaire et même au-delà.

Alors l’école, les parents et les nombreux acteurs de la communauté seraient de grands partenaires, car il y aurait une véritable place pour ces derniers dans l’école et l’éducation de tous les jeunes.

Alors l’école ne serait pas qu’un lieu d’apprentissage pendant l’enfance, mais un sanctuaire d’éducation civique et de formation continue pour tous les citoyens.

Alors l’école serait construite pour faciliter les échanges, aurait des agoras, des espaces de réflexion et un mobilier qui favoriserait le partage du savoir et l’apprentissage collectif.

Alors les citoyens issus de cette école auraient une réelle connaissance des ordres gouvernementaux, de leurs responsabilités et pourraient utiliser ce savoir comme leviers pour améliorer leur quotidien.

Ainsi les citoyens issus de cette école auraient une plus grande égalité des chances pour influencer le monde, car ils auraient tous la connaissance de son fonctionnement.

Ainsi nous pourrions augmenter la participation aux élections de toutes les générations à venir et également s’assurer que toutes les voix citoyennes soient entendues en ayant, entre autres, une plus grande diversité de représentants dans les instances décisionnelles, qu’elles soient politiques ou autres.

Ainsi, peu importe comment ce monde se transformera, nous aurons donné aux leaders de demain les outils qui leur permettront de s’adapter aux nouvelles réalités qui les attendent, même celles que l’on ignore encore.

Alors oui, l’école pourrait être la Maison des citoyens. Quand plusieurs générations auront habité cette Maison, elles se retrouveront probablement et, fortes de leurs liens d’appartenance et de leurs connaissances civiques, elles collaboreront pour trouver des solutions durables à de multiples enjeux complexes et émergents.

Investissement et accompagnement

Bien sûr, je reconnais qu’afin que cette vision se concrétise, cela nécessite un investissement majeur et un accompagnement soutenu des acteurs en éducation. Il ne s’agit pas ici d’ajouter des tâches aux enseignants, mais bien d’arrêter la marchandisation croissante du savoir dans nos écoles (parent-client) et de cesser également de simplifier l’acte de l’école par de simples « scores » dans des examens.

Je suis préoccupée par la dévalorisation de notre école et souhaite revenir et nous enraciner à des valeurs d’émancipation et d’autonomie intellectuelle. Nos jeunes sont certes l’avenir, mais surtout la résultante de nos efforts et investissements au présent. 

L’école comme Maison du citoyen est donc un grand projet de vivre-ensemble démocratique ou mieux, une volonté sincère de grandir ensemble.

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