évacuation de la chine

Les rapatriés devraient-ils assumer une partie des coûts ?

Les Américains pourraient devoir débourser jusqu’à 1500 $CAN. Les Néo-Zélandais, environ 430 $CAN. Et les Canadiens ? Absolument rien.

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, l’a affirmé à plusieurs reprises : Ottawa assumera tous les frais de rapatriement des Canadiens qui étaient en Chine, soit le vol de retour et la quarantaine de 14 jours à la base militaire de Trenton, en Ontario, en raison du coronavirus.

Jusqu’ici, 401 ressortissants canadiens et membres de leurs familles ont été ramenés au Canada de Wuhan, en Chine.

Pour la Fédération canadienne des contribuables (FCC), le Canada devrait faire en sorte que les rapatriés paient une partie des frais engendrés par leur rapatriement. « On croit que les Canadiens rapatriés devraient au moins payer un coût équivalent au prix d’un vol commercial pour leur rapatriement au pays », dit Renaud Brossard, directeur de la section québécoise de la FCC.

« Quelqu’un qui peut se payer un voyage à l’autre bout du monde est généralement quelqu’un qui est dans une bonne situation financière », dit M. Brossard.

« De demander à l’ensemble des contribuables, dont plusieurs ne peuvent s’offrir un tel voyage, de payer pour les frais de rapatriement me semble un peu indécent. »

— Renaud Brossard, directeur de la section québécoise de la Fédération canadienne des contribuables

Les frais de séjour de quarantaine, pour les personnes évacuées qui passeront deux semaines à la base militaire de Trenton, doivent cependant être assumés par le gouvernement, croit la FCC. « Les coûts pour la quarantaine relèvent d’une question de santé publique », dit M. Brossard.

Les politiques gouvernementales en la matière ont différé selon les crises. Si les frais de rapatriement de 15 000 Canadiens coincés au Liban en 2006 avaient été payés par le fédéral (générant une controverse sur la citoyenneté accordée à des personnes qui n’habitaient pas le Canada), le gouvernement avait joué de prudence cinq ans plus tard.

En 2011, alors que la situation se dégradait en Égypte, le gouvernement conservateur avait rapatrié les Canadiens qui souhaitaient quitter le pays. Ceux-ci devaient cependant signer un contrat stipulant qu’ils s’engageaient à rembourser au gouvernement le coût de leur vol (400 $CAN) avant de monter dans l’avion.

Interrogé à savoir si le Parti conservateur avait un avis sur l’imposition de frais aux Canadiens qui ont été rapatriés de Wuhan, le lieutenant politique pour le Québec Alain Rayes a répondu qu’il était « précipité de parler de coûts ». Dans une déclaration transmise à La Presse, il a plutôt réclamé des réponses sur le sort des 250 Canadiens sur le navire de croisière Diamond Princess. « Qu’arrivera-t-il à la fin de la quarantaine ? Seront-ils pris en charge ou laissés à eux-mêmes ? Ces Canadiens et leurs familles méritent d’être rassurés. »

Ailleurs dans le monde

La Nouvelle-Zélande, elle, facturera 500 $NZ (soit environ 430 $CAN) à ses ressortissants évacués. « Ce n’est qu’une petite façon de contribuer au recouvrement des coûts », a déclaré la première ministre Jacinda Ardern le 4 février. Elle a souligné que l’opération de rapatriement avait nécessité un « effort significatif » et que « ces personnes auraient de toute façon payé pour un vol de retour ».

Son voisin, l’Australie, a par contre renoncé à facturer 1000 $AU (soit environ 900 $CAN) à ses rapatriés. Un ministre avait d’abord qualifié la mesure de « sensée », notant que « la plupart des gens auraient payé beaucoup plus que ça pour un vol commercial de retour ». Le gouvernement avait aussi déclaré que les Australiens qui avaient été évacués d’Égypte en 2011 avaient dû payer leur retour – une affirmation démentie par l’opposition et qui a ensuite forcé le gouvernement à reculer sur la facturation des rapatriés de Wuhan.

Le Japon, après avoir eu l’intention de facturer 80 000 yens (près de 1000 $CAN) à ses ressortissants évacués, a finalement lui aussi reculé « en raison de la déclaration d’urgence mondiale décrétée par l’OMS », a annoncé le gouvernement le 31 janvier.

Quant à l’Allemagne, en annonçant son plan d’évacuation, fin janvier, le gouvernement a noté que ses ressortissants allaient devoir contribuer financièrement à l’opération, sans préciser toutefois le montant de la facture.

Colère chez les Américains

Ceux qui ont reçu une facture et qui ragent le plus contre cette mesure sont probablement les ressortissants américains.

Avant de monter à bord des vols de retour vers les États-Unis, les passagers devaient signer un engagement à rembourser le coût du billet au gouvernement dans les 30 jours, sous peine de voir leur passeport suspendu. Cette somme, estimée entre 1000 $US et 1100 $US (près de 1500 $CAN), a été considérée comme inabordable par plusieurs citoyens américains à Wuhan.

« Plusieurs personnes étaient très frustrées » quand le gouvernement a annoncé un vol de retour le 29 janvier, a expliqué George Goodwin au magazine Time. « L’annonce laissait entendre que ça allait sauver tous les Américains à Wuhan. Mais ce n’était pas le cas, parce que la plupart d’entre nous ne pouvaient y monter. »

« Je ne sais pas si la Chine doit payer, ou si les États-Unis doivent payer, mais je pense vraiment que c’est une mauvaise chose que les gens en détresse doivent faire face à un endettement pour s’éloigner du danger », s’indignait sur le réseau NBC un citoyen originaire du Kentucky, James Dickey, dont l’ex-femme et la fille avaient réussi à avoir une place sur un des vols.

les nouvelles du jour

un bilan en forte hausse

Le bilan des morts et des contaminations au coronavirus a connu jeudi une forte hausse en Chine après l’adoption par les autorités d’une nouvelle méthode de détection des cas. Ces nouveaux chiffres pourraient alimenter les spéculations selon lesquelles la gravité de l’épidémie, appelée « COVID-19 » par l’OMS, pourrait avoir été sous-estimée. Le bilan de jeudi fait état de 242 nouveaux morts, le chiffre le plus lourd enregistré en 24 heures. Au total, 14 840 nouveaux cas de contamination ont été détectés, pour un total de 60 000 en Chine continentale. Ces fortes hausses sont dues à l’adoption d’une définition élargie des cas d’infection. Le président chinois Xi Jinping s’était montré optimiste mercredi. « Par un travail acharné, l’épidémie connaît une évolution positive », a déclaré M. Xi. Trop tôt pour crier victoire, prévient l'OMS

À Genève, l’OMS a tempéré l’optimisme de Pékin. Michael Ryan, chef du département des urgences sanitaires de l’OMS, a déclaré : « Je pense qu’il est beaucoup trop tôt pour tenter de prédire le commencement, le milieu ou la fin de cette épidémie ». Le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a renchéri : « Le nombre de nouveaux cas rapportés en Chine [s’est] stabilisé durant la dernière semaine », mais « cela devait être interprété avec une extrême prudence. […] Cette épidémie peut aller dans n’importe quelle direction ». Zhong Nanshan, spécialiste chinois des maladies respiratoires, a estimé que l’épidémie devrait connaître un pic « d’ici la moitié ou la fin de février ».

La situation s'aggrave sur le Diamond Princess

En dehors de la Chine continentale, le virus a pour l’instant entraîné la mort de seulement deux personnes, l’une aux Philippines, l’autre à Hong Kong. Il s’agissait dans les deux cas de ressortissants chinois. Au Japon, la situation s’est aggravée à bord du paquebot de croisière Diamond Princess, en quarantaine près de Yokohama : 218 personnes sont désormais contaminées. Mercredi, 44 nouveaux cas ont été annoncés. Le coronavirus inquiète dans l’Union européenne, où des cas ont notamment été déclarés en Allemagne (16) et en France (11). Les ministres de la Santé européens se retrouveront jeudi à Bruxelles pour évoquer le sujet.

Des évènements d'envergure annulés

L’épidémie ou la crainte internationale d’une contamination a conduit mercredi les organisateurs du Salon mondial du mobile de Barcelone, grand-messe annuelle de la profession, à annuler leur manifestation, prévue du 24 au 27 février. Le salon devait attirer plus de 110 000 visiteurs et générer 492 millions d’euros de retombées locales et plus de 14 000 emplois. La Fédération internationale de l’automobile (FIA) a aussi annoncé le report à une date non précisée du Grand Prix de Chine de F1, qui était prévu le 19 avril à Shanghai. La décision a été prise à la demande des organisateurs du Grand Prix et des autorités sportives chinoises. 

— Agence France-Presse

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