Opinion Taxe scolaire

Le faux Noël en juillet du gouvernement

Au cours des prochaines semaines, beaucoup de propriétaires se réjouiront en voyant leur compte de taxe scolaire. En effet, à la suite de l’adoption du projet de loi no 166 qui a réformé la taxation scolaire, et en fonction de la région où ils habitent, certains d’entre eux paieront des centaines de dollars en moins. Certains objecteront que les contribuables québécois payent trop d’impôts et de taxes et que cette baisse de la taxe scolaire, la première en 25 ans, est la bienvenue. Or, selon un récent rapport de l’OCDE, la charge fiscale nette au Québec est inférieure à la moyenne des 35 pays membres.

C’est au détriment des écoles publiques, des élèves qui les fréquentent et du personnel qui y travaille que le gouvernement de Philippe Couillard fait ce cadeau électoraliste aux contribuables québécois. Pourtant, alors qu’il défendait son projet de loi, le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx affirmait «  [qu’]il n’y a pas de cadeau dans cette réforme ». Le ministre disait vrai puisque pour compenser la perte de revenus de taxation des commissions scolaires, il a promis une subvention « récurrente ». Pour l’année 2018-2019, cette subvention s’élèvera donc à 670 millions de dollars. En procédant de la sorte, le gouvernement Couillard a voulu faire croire qu’il réinvestissait massivement en éducation. Rien n’est plus faux, puisque l’augmentation observée correspond essentiellement au montant de la réduction de la taxe scolaire. Contrairement à ce qu’a prétendu le ministre de l’Éducation, le gouvernement ne consacre pas plus d’argent à l’école publique dans son dernier budget. Il n’y aura donc pas plus de services et de ressources dans les écoles, comme l’a démontré l’analyse de l’économiste Jean-Michel Cousineau.

De plus, comment le gouvernement peut-il garantir une subvention récurrente au cours des prochaines années, alors qu’il prétend lui-même que le contexte économique est volatil ? Les Québécoises et Québécois ne seront donc pas à l’abri de nouvelles compressions budgétaires en éducation. 

Un déclin des dépenses

Une autre analyse, produite aussi par l’économiste Jean-Michel Cousineau et portant sur les budgets en éducation durant la période 2010-2018, démontre que les dépenses ont subi un déclin systématique entre 2010 et 2016, avec des compressions qui totalisent près de 1,5 milliard de dollars, puis remontent soudainement à compter de 2016. Étrangement, cette remontée s’est effectuée au moment où le gouvernement Couillard entrait en pleine période préélectorale. Au rythme où vont les choses, ce n’est pas avant 2022 que les écoles publiques récupéreront tout l’argent coupé.

En appliquant désormais un taux de taxation unique, le gouvernement Couillard se vante de faire disparaître l’iniquité en matière de taxe scolaire pour les contribuables d’une même région. Mais qu’en est-il de la justice sociale pour les milliers d’élèves, ainsi que pour le personnel de l’éducation qui travaille sur l’ensemble du territoire québécois ? Les écoles publiques doivent composer avec des pénuries dans toutes les catégories de personnel, les classes sont surchargées, plus de la moitié des bâtiments scolaires est vétuste et des élèves jeunes et adultes continuent d’être privés de services et de ressources. Plutôt que d’implanter des mesures structurantes et durables, Philippe Couillard a choisi une fois de plus de séduire son électorat au détriment des élèves et de l’école publique.

Pour madame Annie, enseignante en troisième année du primaire, une somme de 200 $ représente le budget annuel de classe auquel elle a droit. De quoi acheter quelques crayons pour dessiner, des autocollants pour encourager ses élèves, un seul nouveau livre éducatif pour toute l’année scolaire, etc. Deux cents dollars, ça semble dérisoire, mais pour les profs, c’est une petite fortune qui demeure bien insuffisante. Au Québec, les profs continuent de piger dans leur poche pour compenser le désengagement du gouvernement. Songerait-on à demander à une infirmière de payer les bandages, les antidouleurs, les ciseaux ou les seringues avec lesquels elle soigne ses patients ?

Ce n’est pas une baisse de taxes scolaires qu’a offert le premier ministre Couillard aux Québécois. Dans ce cadeau si bien emballé, il cache son intention d’affaiblir davantage l’école publique. Et cela, on le voit, même en juillet.

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