Opinion

Qu’espérer de la politique énergétique ?

Depuis 2013, le Québec est en consultation énergétique.

D’abord avec la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, lancée par le gouvernement Marois, qui s’est conclue par un rapport rendu public en février 2014, et rapidement mis de côté.

Ensuite, le gouvernement Couillard a lancé en novembre 2014 la « démarche visant à doter le Québec d’une nouvelle politique énergétique ». Elle a donné lieu en 2015 à de nouvelles consultations, des tables rondes et des documents « d’aide à la réflexion ».

Un an et demi plus tard, toujours pas de politique énergétique. Pourtant, les enjeux ne manquent pas. L’énergie est responsable de plus de 70 % de nos émissions de gaz à effet de serre (GES), et le gouvernement vise à les réduire de 37,5 % sous le niveau de 1990 en 2030.

La production et le transport de pétrole soulèvent des passions. Le yo-yo du prix de l’essence enflamme les discussions, tout comme les augmentations du prix de l’électricité. Les projets hydroélectriques, les lignes de transmission, les compteurs semi-intelligents, les parcs éoliens, les contrats d’Hydro-Québec avec les producteurs privés… autant de sujets qui font régulièrement les manchettes. Du côté de la consommation, les Québécois restent des ogres énergétiques, endormis sur des gisements d’efficacité largement inexploités.

Il serait donc temps de se doter d’un plan de match. Alors que la gestation de la politique énergétique continue (même si des contractions annoncent un accouchement proche), tentons de réfléchir à ce que nous devrions en espérer.

D’abord, elle devrait amener davantage de cohérence, de transparence et de prévisibilité dans le secteur. Autant les consommateurs que les producteurs d’énergie ont besoin d’un tel cadre pour faire les efforts requis.

UNE DIRECTION CLAIRE

L’éparpillement des initiatives (en efficacité énergétique notamment), l’arbitraire des choix (sur les niveaux d’appels d’offres éoliens par exemple) et l’attente récurrente de décisions sur des programmes, financements ou plans d’action plombent le Québec énergétique. Il sera essentiel que la politique énergétique donne une direction claire aux acteurs du monde énergétique pour l’horizon 2030. Cela devrait aussi passer par une gouvernance du secteur plus indépendante du gouvernement et des grands acteurs, comme Hydro-Québec.

En second lieu, il faut évidemment que la politique énergétique soit compatible avec les cibles de réduction des GES qui ont été claironnées sur toutes les tribunes. Cela n’est pas une mince affaire – parce que ces cibles sont extrêmement ambitieuses. Il faudra réduire d’au moins 40 % notre consommation de pétrole d’ici 2030, soit presque 3 % chaque année, alors que les ventes d’essence stagnent depuis 2008. Un sérieux coup de volant doit être donné pour nous mettre dans la trajectoire visée par M. Couillard. S’il a l’aplomb de viser des objectifs ambitieux, aura-t-il le courage de mettre en place les politiques qui permettront de les atteindre ?

Enfin, la politique énergétique doit servir de levier pour enrichir le Québec. Nous avons des ressources, des expertises et une créativité assez unique. Nous sommes aussi particulièrement bien placés géographiquement : nos voisins ont besoin d’énergie et la veulent de plus en plus sans GES. Ils la paient plus cher qu’ailleurs, et beaucoup plus qu’au Québec dans le cas de l’électricité. Nous pouvons donc produire plus et consommer moins, pour exporter davantage.

Nous avons ainsi de la richesse à créer autant avec nos économies d’énergie qu’avec de nouveaux projets. Notre portefeuille énergétique regorge d’atouts. Espérons donc que la politique à venir saura bien les utiliser pour réussir ce qui est souvent présenté comme une impossibilité : réduire les GES et faire croître notre économie. Avec tout le temps qui est pris – les attentes sont légitimement élevées. Mais le Québec est mûr pour un nouvel élan énergétique !

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