Télédiffusion

La Soirée du hockey en 2040

Qu’est-ce qui a le plus changé dans le hockey depuis 20 ans ? La parité ? La vitesse du jeu ? La diminution de la violence ?

Non.

C’est sa télédiffusion.

En 2000, comme amateur de hockey, vos options étaient limitées (voir l’encadré). Une seule partie en direct. Choisie par le diffuseur. À une heure fixe. Les reprises ? Les angles de caméra ? C’était la prérogative du réalisateur. Vous étiez à l’extérieur de la ville ? Désolé.

Aujourd’hui, tous les matchs sont disponibles en direct. Du midget AAA à la LNH. Vous pouvez les regarder sur votre télé, votre tablette ou votre cellulaire, en Asie comme à Amos. YouTube offre des résumés de huit minutes. Instagram, les buts en clips de six secondes.

Et attendez, vous n’avez encore rien vu.

La soirée du hockey en 2040 sera encore plus interactive, personnalisée et spectaculaire. Projection dans le futur en compagnie de deux pros du métier : Domenic Vannelli, vice-président à la production à RDS, et Michel Gagnon, ancien vice-président du marketing à RDS et à La Presse.

L’ É C R A N

Commençons par la base. L’écran. Sur quelle plateforme regarderons-nous le hockey dans 20 ans ? Un téléphone ? Une tablette ? Un téléviseur ?

Sur autre chose, croit Michel Gagnon.

« Je pense que ce sera sur un mur. Pensez à un méga-écran hyper connecté. Lorsque vous entrerez dans la pièce, l’écran vous reconnaîtra. Comment ? Avec une forme de reconnaissance faciale. Il va ensuite vous proposer un, deux ou trois matchs en même temps, selon vos préférences déjà formatées. »

Intéressant. Pensez à votre pool de hockey. Vous enregistrez les noms de vos joueurs dans vos préférences. Puis l’écran vous présente en direct chaque but marqué par un de vos protégés. La même idée peut s’appliquer aux paris sportifs.

« Le mur deviendra un gros tableau de bord. Ce sera un centre de contrôle qui vous permettra d’avoir accès à toutes les statistiques. À toutes les prises de vue potentielles. Ce ne sera plus unidimensionnel comme aujourd’hui. » — Michel Gagnon

« Le télédiffuseur ne décidera plus de l’angle de la caméra. C’est le téléspectateur qui choisira comment il veut voir le match. Dans la langue de son choix. »

Domenic Vannelli a une vision différente. Il pense que dans 20 ans, le téléviseur sera encore au cœur du salon.

« Beaucoup de gens ont annoncé la mort de la télé. Je ne pense pas que ça va arriver si rapidement. Il y a encore une nécessité de regarder un match à la télé, en famille, devant le foyer. »

Et la réalité virtuelle ?

« C’est une grosse affaire en ce moment, reconnaît Domenic Vannelli. Mais je ne suis pas certain que dans 20 ans, on regardera des matchs de hockey avec de grosses lunettes. Je pense que le consommateur ne veut pas être attaché à ça. »

L E M A T C H

Plusieurs sports ont modifié leur format pour être plus télégéniques. Notamment le cricket et le volleyball. Le hockey les imitera-t-il ?

C’est déjà fait. Pensez au trois contre trois en prolongation. Aux tirs de barrage. La prochaine étape pourrait être une réduction de la durée des entractes et des arrêts de jeu. Deux mesures qui pourraient permettre de retenir les téléspectateurs les plus jeunes. Ceux dont la capacité d’attention est plus courte.

« La LNH suivra le comportement des consommateurs, croit Michel Gagnon. On verra peut-être des pauses publicitaires plus courtes. Déjà, on vend des annonces de 6, 12 ou 15 secondes sur le web ou le mobile. On peut facilement penser que les pubs seront morcelées. Par exemple, six secondes après un dégagement refusé, plutôt que 2 minutes 30. »

Domenic Vannelli renchérit. « Les gens ne regardent plus les matchs au complet. Pour garder les téléspectateurs quelques minutes de plus devant l’écran, il devra y avoir une forme d’interaction. Et ça va passer par le pari sportif. »

L E P A R I S P O R T I F

Ce sera LA révolution des 20 prochaines années, croit Domenic Vannelli.

« Le match à la télé deviendra une occasion de parier en direct. À quelle minute sera compté le premier but ? Qui sera le prochain marqueur ? Vous pourrez gagner des prix. Ça ressemblera plus à un jeu. » — Domenic Vannelli

Et ce sera très, très, très facile de participer.

Pensez à la technologie Helix de Vidéotron. Vous regardez une partie. On vous demande de prédire le prochain marqueur. Vous répondez à voix haute. On vous offre ensuite de miser de l’argent, qui sera crédité ou débité directement sur votre compte déjà configuré.

Pour rendre le jeu encore plus intéressant, les diffuseurs proposeront aux parieurs un nombre infini de statistiques avancées. Encore là accessibles par commande vocale. « Bientôt, les vêtements des joueurs seront connectés, explique Michel Gagnon. On pourra suivre leurs pulsations cardiaques, la distance parcourue. L’intelligence artificielle pourra même prédire le comportement d’un joueur. Par exemple : quand cet ailier entre dans la zone, 88 % du temps, il se passe telle chose. »

« Dans 20 ans, les statistiques avancées seront assurément disponibles et liées au pari sportif », avance Domenic Vannelli.

L A P U B L I C I T É

Pendant une partie de hockey, il y a de la publicité partout. Sur la bande. Sur la patinoire. Dans les baies vitrées. Entre les actions. Entre les périodes.

Vous trouvez qu’il y en a trop ? Prenez votre mal en patience. Ça n’ira pas en diminuant.

Michel Gagnon : « L’écran vous reconnaîtra. Il saura à qui il s’adresse. Vous serez hyper ciblé par les annonceurs. En parallèle, les ventes en ligne vont exploser. »

Un exemple ? « Je regarde le match. Je reçois une offre. Je l’accepte. Un drone arrive avec le produit dans 10 minutes, ou dans une heure. »

Pratique pour les ventes de produits alimentaires. Et même d’alcool, si les règles sont assouplies d’ici là.

La publicité imprimée à l’écran sera aussi plus pertinente. Actuellement, lorsque le Canadien joue au New Jersey, ce sont les casinos locaux qui annoncent le long des bandes. C’est appelé à changer, selon Domenic Vannelli. « Bientôt, les téléspectateurs d’ici verront plutôt une publicité du Casino de Montréal, même si le match est au New Jersey. » La LNH a déjà effectué des tests. Le baseball majeur fait aussi des expériences, notamment avec le muret derrière le frappeur.

L E D I F F U S E U R

Enfin, qui diffusera les matchs ? Probablement ni RDS, ni TVA Sports, ni V, ni Radio-Canada, ni même TSN ou Sportsnet.

Domenic Vannelli explique. « Dans 20 ans, les réseaux sportifs auront de moins en moins le contrôle de leur contenu. Les principaux acteurs, ce seront les ligues. Les joueurs. Les franchises. Les partisans. Dans l’ordre ou le désordre. Les ligues voudront contrôler leur propre diffusion. Les joueurs deviendront des marques. C’est déjà le cas. Prends LeBron James. Il est tellement suivi sur les réseaux sociaux qu’il contrôle lui-même le message. Les franchises, elles, trouveront une façon de monétiser. Et le fan aura plus de choix. »

Michel Gagnon pense aussi que l’écosystème pourrait changer.

« La ligue et les clubs pourraient vouloir devenir diffuseurs, avec des modèles payants. Une idée : les gens auraient la possibilité d’acheter un abonnement à un siège virtuel. Le club pourrait exporter la vision de ce siège sur le mur-écran. [Le Canadien] pourrait donc vendre un même siège au Centre Bell à plusieurs personnes en même temps au Québec. Ça pourrait même être un combo physique et virtuel. De l’ultrapersonnalisation. »

Réalité ou science-fiction ?

Rendez-vous dans 20 ans. Même jour, même heure. Mais peut-être pas au même poste.

NOS PRÉDICTIONS DE L’AN 2000

À l’automne 2000, La Presse a fait le même exercice en essayant de prédire à quoi ressemblerait La soirée du hockey du futur. Nous partions de loin. YouTube, Twitter, Instagram n’existaient pas. Le commerce et les vidéos en ligne, à peine. Étions-nous dans le champ — ou pas ?

C’EST ARRIVÉ

Recevoir des alertes pour les buts.

Écouter des matchs en différé.

Écouter des matchs en haute résolution sur le web.

Afficher sur demande les résultats des autres parties.

Payer pour des résumés de matchs (c’est même gratuit).

Écrire à d’autres fans pendant la partie. Bon, pas sur l’écran télé, comme on l’avait prévu, mais sur la tablette et le téléphone, grâce aux médias sociaux.

CE N’EST PAS ARRIVÉ

Accéder en direct aux statistiques du porteur de la rondelle. Possible sur certains sites web, mais pas à la télé.

Acheter le chandail porté par un joueur pendant le match. Possible. Mais pas en direct.

Regarder les reprises dans des écrans encastrés dans les sièges du Centre Bell.

Un expert nous avait affirmé : « Il ne faudra pas que l’image rapetisse trop. » C’est raté !

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