Insultes et gestes sexuels présumés

L’État envoie des patientes à un médecin accusé

La CNESST (l’ancienne CSST) se dit incapable d’arrêter d’envoyer des accidentées du travail chez un médecin accusé de traiter des patientes de « grosses » ou de « molles », en plus d’avoir commis des « gestes abusifs à caractère sexuel ».

Le docteur Serge Ferron, chirurgien orthopédiste de Longueuil, figure sur la liste officielle des médecins désignés pour évaluer les patients dont l’organisme public doute des prétentions.

C’est justement dans ce cadre qu’il aurait – selon le syndic du Collège des médecins – tenu « des propos déplacés, indignes et désobligeants » envers trois patientes envoyées par l’organisme public au cours des dernières années. Dans chaque cas, il les aurait insultées quant à leur masse corporelle. Selon les accusations formulées il y a un an, il aurait aussi omis chaque fois d’offrir une chemise d’hôpital aux patientes, les « obligeant à se dévêtir devant lui », en plus d’ouvrir sans avertissement les cuisses de l’une d’entre elles.

Joint au téléphone, le professionnel « nie tout ».

Selon le syndic, il s’agit d’« actes dérogatoires à l’honneur et à la dignité de la profession », de « gestes abusifs à caractère sexuel » et de « propos abusifs à caractère sexuel ». Le Dr Ferron fait face à deux accusations depuis juin 2017 et comparaîtra devant son conseil de discipline la semaine prochaine pour répondre d’accusations en lien avec deux des trois patientes, soit un an presque jour pour jour après le dépôt des accusations.

Les mains liées ?

Mais comme Serge Ferron est demeuré médecin pendant tout ce temps, la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) s’est dite paralysée.

« Pour le moment, avec l’information que nous détenons, nous ne pouvons pas cesser [d’orienter] des patients au Dr Ferron », a indiqué par courriel la porte-parole Geneviève Trudel. « La CNESST n’est pas informée par le Collège des médecins de restriction de pratique imposée au Dr Ferron ni que le certificat de bonne conduite a été modifié. En attendant, le Dr Ferron a été rencontré par la CNESST et des mesures administratives ont été prises. » 

« La CNESST doit attendre la décision du conseil de discipline du Collège des médecins. La CNESST demeure vigilante par rapport aux plaintes à l’égard de ses professionnels désignés. »

— Geneviève Trudel, de la CNESST

L’inscription sur la liste requiert bien « le devoir de faire preuve de respect envers les travailleurs », mais l’organisme n’a pas de moyen d’agir dans ce cas-ci.

Il n’a pas été possible de déterminer le nombre d’accidentés du travail envoyés par la CNESST au cabinet de Dr Ferron depuis le dépôt des accusations disciplinaires.

« Je nie tout »

Le médecin a indiqué au téléphone qu’il se défendrait bec et ongles devant son conseil de discipline. « Le dossier est judiciarisé, a-t-il dit. Je nie tout, tout. Tout est nié. Ça doit suivre son cours. »

La CNESST indique qu’elle suivra de près le dossier et se tiendra prête à agir si le conseil de discipline sévit contre Serge Ferron.

Les médecins présentent eux-mêmes leur candidature pour être inscrits sur la liste de la CNESST et deviennent du coup des « experts indépendants ». Ils sont formés par la CNESST. « La liste est mise à jour et approuvée chaque année par notre conseil d’administration », explique l’organisme.

Ces professionnels doivent « analyser le dossier du travailleur qui a subi une lésion professionnelle, puis procéder à son examen », avant de « formuler des conclusions » et de « produire un rapport d’expertise ».

Serge Ferron est aussi accusé d’avoir « dépassé son rôle de médecin-évaluateur », notamment en demandant à une patiente d’arrêter tous les médicaments prescrits par son médecin habituel « sauf Advil et Tylenol ».

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