Le courrier du hockey mineur

Il faut penser au bien collectif

Notre chroniqueur LNH Mathias Brunet a été tour à tour entraîneur de hockey mineur aux niveaux novice, atome et pee-wee, président d’association et fondateur d’une organisation de hockey de printemps regroupant une quinzaine d’équipes de jeunes joueurs âgés de 6 à 14 ans. Envoyez-lui vos questions sur le hockey mineur à mbrunet@lapresse.ca et il répondra à une sélection de celles-ci.

« Que penses-tu de la décision d’une association de hockey mineur qui a retiré une jeune joueuse atome C sous la pression des parents ? Est-ce que tout a été fait selon les règles dans ce dossier ? »

— Simon Charland

Le titre, « Une gardienne de 8 ans abandonne le hockey à cause de la pression des parents », était certes accrocheur. Il nous a manqué beaucoup d’éléments d’information dans cette histoire. Quel type de pression a été imposé par les parents ? Des courriels au gérant ? Des commentaires déplacés ? La petite en a-t-elle eu vent ? Quel était son niveau de jeu ? Accordait-elle de mauvais buts à l’occasion, ou l’équipe se faisait-elle démolir 10-1 à chaque match parce qu’elle n’avait pas la technique de base requise ?

Il y a beaucoup d’éléments dont il faut tenir compte. Bien sûr, le plaisir de jouer demeure au cœur de l’équation. De plus, le niveau C demeure le plus faible et, en principe, accueille les joueurs dont le niveau comporte des carences évidentes. Cela dit, le poste de gardien demeure névralgique et il ne faut pas exclure non plus le bien collectif.

Si le gardien ou la gardienne est incapable d’exécuter les gestes les plus simples et que l’équipe se fait massacrer à chaque match, il est permis de songer au bien des autres joueurs et de suggérer au gardien en question de suivre des cours pour se mettre à niveau. Il ne s’agit pas ici de vouloir gagner à tout prix. Mais un jeune, un attaquant ou un défenseur, a le droit de sentir qu’il peut progresser, autant individuellement que collectivement, peu importe le niveau.

Par contre, si la gardienne en question accordait à l’occasion de vilains buts, mais que l’équipe demeurait compétitive, il y a sans doute eu exagération de la part des parents. Mais le fait que la gardienne souffre – selon sa mère – de déficit d’attention peut suggérer que le poste de gardien lui offre des défis supplémentaires.

Chaque parent est libre de ses propres décisions et je ne jugerai personne. Pour ma part, si l’un de mes fils avait été dans une telle situation, même dans un niveau comme l’atome C, j’aurais suivi la recommandation de l’Association et je lui aurais fortement suggéré de suivre des cours pendant quelques semaines ou mois pour se mettre à niveau. Et de ne surtout pas abandonner à la première épreuve, de se servir de cette expérience comme d’une motivation et d’un outil de développement personnel et sportif.

« Mon fils fait partie depuis trois ans d’une équipe AAA (hockey de printemps). Est-ce bon, cela l’aidera-t-il a aller plus loin, ou son équipe régulière suffit ? »

— Melissa Lacoste

Dans le bon contexte, le hockey de printemps peut contribuer au développement d’un jeune puisque, généralement, le niveau de jeu augmente. Les organisations forment leurs propres équipes le temps de quelques tournois au printemps et les meilleurs joueurs sont regroupés. Certaines organisations offrent de meilleurs programmes de développement et les entraînements sont intéressants. Malheureusement, dans plusieurs cas, on vise seulement la victoire à tout prix et on regroupe un maximum de petits mercenaires pour collectionner le maximum de trophées. C’est le côté du hockey de printemps qui m’agace. Si votre enfant raffole du hockey, je le recommande. C’est une prolongation de quelques mois de la saison. Par contre, je suggère fortement de ranger complètement l’équipement pendant quelques mois à compter de la fin de mai ou du début de juin, pour que votre enfant puisse bénéficier d’une saison morte du hockey et pratiquer d’autres sports.

« Devrait-on limiter les sommes d’argent ramassées par les équipes pour financer les tournois et l’achat de chandails, de photos, de casquettes, etc. ? J’ai eu trois garçons qui ont joué au hockey et je vous avoue que certaines équipes ont accumulé beaucoup plus d’argent que nécessaire. À la fin de la saison, les entraîneurs effectuaient des dépenses inutiles. »

— Odette Lafond

Par expérience, les politiques varient à cet effet. Certaines organisations prennent l’argent pour des fêtes inutiles qui n’ont pas l’aval de tous les parents. Mais d’autres, en contrepartie, remettaient l’argent excédentaire aux parents. Je recommande toujours aux équipes de faire voter les parents. Que veulent-ils faire des surplus ? Ça n’est pas aux gérants ou à une poignée de parents de décider sans consulter la majorité.

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