Environnement

Lutter contre la pollution... et réchauffer la Terre 

Depuis deux ans, plusieurs études démontrent noir sur blanc que la pollution urbaine a masqué une partie du réchauffement de la planète. Les polluants néfastes pour la santé réfléchissent la lumière du soleil. Une nouvelle étude avance que les villes plus propres rendent très difficile le fait de limiter à 2°C l’augmentation de la température de la planète.

Aérosols

« Sans la pollution urbaine, le réchauffement de la planète par rapport à l’ère préindustrielle serait supérieur de 0,5 °C », affirme Bjørn Hallvard Samset, du Centre international pour la recherche climatique d’Oslo, qui a publié son analyse début avril dans la revue Science. « La pollution urbaine génère des sulfates aérosols, à partir du dioxyde de soufre émis par la combustion des carburants fossiles, notamment du charbon. Ces aérosols renvoient l’énergie du Soleil et refroidissent la région où ils sont émis. Ils sont aussi transportés. Les aérosols de la Chine, par exemple, tempèrent le réchauffement de l’Arctique. » Or, depuis 2007, les émissions d’aérosols de sulfate en Chine ont diminué de 70 %, grâce à la lutte antipollution.

Accord de Paris

Jusqu’à tout récemment, les mesures antipollution ne compromettaient pas la lutte contre les changements climatiques, parce que l’objectif était de limiter à 4 °C l’augmentation de la température moyenne de la planète, par rapport à l’ère préindustrielle, avant le XIXsiècle, selon M. Hallvard Samset. « Mais avec l’accord de Paris en 2015, on est plus ambitieux et on s’engage à limiter la hausse à 2 °C. Dans ce contexte, le demi-degré qui était masqué par la pollution urbaine est beaucoup plus important. Et encore davantage si on parle de limiter la hausse à 1,5 °C. »

0,65 °C 

Augmentation de la température moyenne mondiale en 2015, par rapport à la moyenne de 1850-1900

Source : Nature Climate Change

1,5 °C

Plusieurs études ont montré que pour limiter à 1,5 °C le réchauffement de la planète, des mesures draconiennes sont nécessaires, par exemple, l’élimination de la combustion des carburants fossiles d’ici cinq à dix ans. La lutte antipollution rend-elle cet objectif carrément impossible sur le plan social ? « Moi et plusieurs collègues ne sommes pas à l’aise avec les rapports qui disent qu’il est possible “en principe” d’atteindre l’objectif de 1,5 °C, dit M. Hallvard Samset. Sans la captation du CO2 dans l’air, ou la captation d’une très grande partie du CO2 émis, c’est à peu près impossible. Ce sont deux technologies qui ne sont pas viables économiquement en ce moment. » Une étude néerlandaise dévoilée à la mi-avril calculait pour sa part qu’atteindre l’objectif de 1,5 °C sans captation du CO2 nécessiterait entre autres les mesures suivantes : interdiction des sécheuses à linge d’ici 2020, limiter à 400 pi2 par habitant la taille des domiciles dans les pays riches, réduire de huit à six minutes la durée quotidienne d’une douche d’une personne dans les pays riches, remplacer totalement la viande par de la viande cultivée en laboratoire d’ici 2050, réduire rapidement à deux enfants par femme le taux de natalité dans tous les pays (il était en 2005 de 4,9 en Afrique) et augmenter de 50 % la rapidité de l’électrification des transports.

Afrique

La population de l’Afrique va doubler à plus de 2 milliards d’ici 2050, selon l’ONU. Comme la génération d’électricité et la cuisson sont généralement basées sur les carburants fossiles et la biomasse, les aérosols africains remplaceront-ils ceux de la Chine ? « C’est très probable, d’autant plus que l’essentiel de la croissance démographique africaine sera urbaine », dit M. Hallvard Samset, en entrevue depuis la réunion annuelle de l’Union géoscientifique européenne à Vienne. « Les prévisions climatiques postulent que l’énergie en Afrique sera de plus en plus solaire, mais c’est loin d’être certain. » Pour compliquer le tout, les effets climatiques des aérosols sont plus forts localement. « Des études ont montré que les vagues de chaleur et de sécheresse en Afrique du Sud sont liées à l’augmentation de la pollution urbaine. »

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