Société

De la balado érotique au porno sonore : des contenus audio à faire rougir

Les raisons de s’affranchir de la vidéo porno ne manquent pas. Ça crée de la dépendance. Ça brouille le rapport au réel. Ça crée des attentes irréalistes envers notre partenaire. Puis ça alimente une industrie qui carbure à l’exploitation réelle et symbolique de la femme-objet. Mais par quoi la remplacer ? L’audio, bien sûr ! Introduction à la balado érotique et aux autres genres de contenus audio ayant pour but de nous émoustiller.

Au rayon de la fiction, plusieurs balados érotiques se contentent de mettre en voix des textes osés provenant d’auteurs reconnus pour leur plume sulfureuse.

Aux États-Unis, une balado qui a beaucoup de succès et qui représente bien le genre s’intitule The Kiss Me Quick’s Erotica Podcast par Rose Caraway. En France, les balados Le verrou et ctrl-X sont reconnus pour la qualité de leurs adaptations (écouter la lettre passionnée Pas dans le cul aujourd’hui pour se donner une idée de la facture). Les écrivains à l’honneur : Jana Cerná, Anaïs Nin, Pierre Louÿs et Guillaume Apollinaire, pour ne nommer que ceux-là.

D’autres balados poussent toutefois le concept plus loin, en produisant des fictions originales, scénarisées et mises en scène avec des acteurs. En France, on trouve la série payante L’appli Rose, qui donne à entendre des appels érotiques sulfureux, et la balado VOXXX, qui « invite à des séances de masturbation guidées », sous forme de « fiction », de « méditation » ou d’« excitation brute ».

Le réel qui excite

La fiction, c’est bien. Mais, parfois, ce qui est franchement excitant, c’est de savoir que l’histoire que l’on écoute s’est produite pour vrai. D’ailleurs, c’est sans doute ce qui explique le succès des nombreuses balados érotiques reposant sur les confidences de protagonistes réels.

Du côté anglophone, on ne compte plus les balados animées par des couples échangistes, racontant crûment et avec enthousiasme leurs soirées de libertinage. Il suffit d’écrire le mot « swingers » dans une application de baladodiffusion pour constater l’ampleur du phénomène.

La série Front Porch Swingers, animée par les sympathiques et dévergondés Branda et Brian, donne une bonne idée du genre.

Il y a aussi, dans la veine du réel, un genre de balado directement inspiré du storytelling radiophonique à la This American Life, qui donne la vedette à de purs étrangers racontant leur sexualité assumée.

La rafraîchissante balado québécoise Ferry, traversée érotique appartient à cette catégorie. Des narrateurs anonymes y présentent des « récits sexuels marquants et livrés sans pudeur », lit-on sur le site de Radio-Canada, qui produit la série. En France, Première et dernière fois, du magazine Slate, procède de la même façon, en tendant le micro à des inconnus qui racontent un pan de leur vie sexuelle.

La balado américaine Bawdy Storytelling propose quant à elle une formule cabaret. Une personne monte sur scène et raconte une histoire érotique qu’elle a vécue, devant un public attentif et respectueux. Les invités sont triés sur le volet. Les histoires sont drôles, aguichantes, diversifiées et, la plupart du temps, exemptes de clichés.

Mentionnons enfin l’autofiction Les chemins de désir, qui a connu beaucoup de succès en France. Cette balado, tirée d’un livre de Claire Richard, raconte avec aplomb l’éducation sexuelle d’une génération qui a connu un avant et un après-internet.

Quand le son suffit

Abordons un dernier type de contenu audio qui, sauf erreur, ne se trouve pas en format balado. Il vaut toutefois le détour, car il constitue un puissant aphrodisiaque pour de nombreux internautes rebutés par la porno « traditionnelle ».

Il s’agit de la porno « sonore » ou « auditive » – désignée audio porn en anglais. Le concept est simple : des gens enregistrent la trame sonore de leurs ébats amoureux et la soumettent à un site d’édition de contenu en ligne. (Un épisode complet est consacré à ce sujet dans Les chemins de désir – le numéro 6).

On trouve ce genre de site sur Reddit (voir le subreddit « Gonewild Audio » avec ses 292 000 abonnés) et sur la plateforme de microblogage Tumblr (voir « Sounds of Pleasure » et « Audible Porn »).

Un avertissement, toutefois. Il faut bien prendre le temps de lire le descriptif des contenus avant de les écouter, car des fichiers scabreux – certains évoquant des pratiques illégales – ont trouvé leur chemin au travers d’une offre généralement mainstream… qui en allumera plus d’un !

10 baladoS érotiques à écouter

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