OPINION

Investir dans la ressource la plus renouvelable qui soit

La jeunesse est une force d’innovation brute à laquelle il nous revient de donner les moyens de ses ambitions

Propulsé au pouvoir par un vent de changement, un nouveau gouvernement formé par le Parti libéral s’installe à Ottawa. « Changement ». Il ne saurait y avoir thème plus pertinent. En effet, le Canada continue d’effectuer sa transition, passant d’une économie du XIXe siècle fondée sur les ressources naturelles à une société du savoir branchée sur le XXIe siècle.

L’avenir de notre pays réside dans sa talentueuse jeunesse. À une époque où le concept même de travail se métamorphose sous nos yeux, comment la préparer au mieux ?

Le temps d’une génération, la « carrière à vie » s’est mutée en emplois (au pluriel) à plus court terme.

Dans ce contexte d’émergence paradigmatique, les membres de la génération montante veulent provoquer le changement, pas le subir. D’ailleurs, un sondage récent de la société Ernst & Young (EY) montre qu’au Canada, 59 % des « Y » envisagent de se faire entrepreneurs à un moment ou à un autre de leur vie.

Une société du savoir s’épanouit dans l’innovation. À preuve, les jeunes pousses s’avèrent des plus novatrices. De même, les PME et les entreprises nouvelles génèrent le plus grand nombre de nouveaux emplois.

Pourtant, le Canada reste à la traîne. Comparativement au produit intérieur brut (PIB), le taux de dépenses en recherche-développement des entreprises canadiennes diminue. En fait, il se situe maintenant en deçà de la moyenne des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Selon un rapport du Forum économique mondial, le Canada était en 2012 le douzième pays le plus innovant du monde ; en 2014, il avait chuté au classement. Nos voisins, les États-Unis, occupent la sixième place de ce palmarès.

Seulement 27 % des jeunes Canadiens sondés par EY affirment recevoir suffisamment d’aide de la part des entrepreneurs locaux. À l’échelle mondiale, il en va plutôt de 36 % des répondants.

Dans notre société, de nombreux incubateurs d’entreprises sont exploités par ces génératrices d’innovation que sont les universités.

Et ce système fonctionne bien. En activité depuis à peine deux ans, l’incubateur de l’Université Concordia, District 3, a permis la création d’une centaine d’emplois à temps plein. Évaluées à plus de 30 millions et lauréates de concours internationaux, ses entreprises en démarrage ont amassé plus de 5 millions.

Les libéraux se sont engagés à financer – à hauteur de 200 millions par année durant trois ans – un nouveau programme d’innovation. Il est temps de passer à l’action et d’incarner ces promesses dans une politique.

Voici ce qu’il nous faut.

1. D’une part, un cadre conceptuel ; d’autre part, une coordination entre les différents ordres de gouvernement, les entreprises, les organismes sans but lucratif et les établissements d’enseignement supérieur.

2. Un encouragement financier. Le printemps dernier, la Caisse de dépôt et placement du Québec a annoncé la création d’Espace CDPQ. Grâce à cette initiative énergique, des firmes entrepreneuriales à divers stades de développement obtiennent fonds et conseils d’expert.

3. Au total, l’exonération par les villes de l’impôt foncier, l’octroi de subventions provinciales à l’éducation ainsi que les incitatifs fiscaux, aux paliers provincial et fédéral, en matière d’impôt sur les sociétés et de recherche-développement favorisent davantage les échanges.

4. De brillants exemples de leadership. N’attendons plus pour agir que l’État allonge les sommes nécessaires. Le principe du « bâtissez-le d’abord, ils viendront ensuite » exige que nous devenions tous maîtres d’œuvre. L’an dernier, un don de 1 million du groupe Desjardins a donné le coup d’envoi à l’incubateur de Fondation Montréal. De même, au mois de septembre, un don de 1 million versé par André et France Chrétien Desmarais a énergisé notre incubateur District 3.

5. Considérons aussi la question de l’espace. Dans nos villes, des espaces commerciaux désertés peuvent être transformés en autant d’incubateurs d’entreprises nouvelles. Il en va de même pour les salles de conférence inutilisées dans nos organisations, ce qui faciliterait les synergies avec les employés.

6. Une générosité plus marquée à l’endroit de notre jeunesse pourrait prendre la forme d’activités de mentorat et de réseautage. En outre, le mentorat constitue à la fois une excellente façon de redonner à la collectivité et d’acquérir des connaissances.

Alors que notre économie se modernise, les valeurs associées aux ressources s’envolent ou dégringolent. Peu importe l’époque, la ressource naturelle la plus valable et la plus renouvelable qui soit demeurera toujours la génération montante.

59 %

Proportion de « Y » canadiens qui envisagent de se faire entrepreneurs à un moment ou à un autre de leur vie

350 000

Nombre de Canadiens habitant Silicon Valley, en Californie

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