Chronique

La culture d’équipe gagnante,
des JO au CH

Après une pause post-olympique, je reprends cette chronique la tête pleine des fabuleuses images de PyeongChang. Ces Jeux ont été un réel succès. Qui l’aurait imaginé l’automne dernier alors que la situation internationale mettait en doute leur tenue ?

Au-delà des exploits des athlètes du monde entier, une scène me reste gravée en mémoire. Elle s’est produite la veille de l’ouverture des Jeux, lorsque le Comité olympique canadien (COC) a annoncé ses couleurs en vue des compétitions. L’exercice est souvent sans intérêt, car il se résume à une série de bonnes intentions.

Mais cette fois, Tricia Smith, présidente du COC, et Isabelle Charest, chef de mission, ont retenu mon attention en martelant le même message : les athlètes canadiens débarquaient en Corée du Sud avec une confiance absolue en leurs moyens. Bien préparés et encouragés par d’excellentes performances au cours des mois précédents, ils promettaient d’en mettre plein la vue.

En écoutant leurs propos, j’ai été frappé par le contraste avec une époque, pas si lointaine, où nos ambitions sportives étaient plus modestes. Peu de nos athlètes osaient rêver d’une médaille. Participer aux Jeux était déjà une victoire. Monter sur le podium ? Peut-être, mais seulement si tout tombait merveilleusement en place.

Beaucoup d’entre eux avaient pourtant le talent et la force de caractère pour atteindre cet objectif. Mais collectivement, la « culture d’équipe gagnante » ne caractérisait pas la délégation canadienne.

L’attribution des Jeux d’hiver de 2010 à la ville de Vancouver a cependant conduit à un virage majeur dans notre sport d’élite.

Et peu à peu, à coups d’investissements, de succès inspirants et de saine émulation entre athlètes – si lui ou elle est capable, pourquoi pas moi ? –, la certitude de pouvoir briller au plus haut niveau est devenue un atout du Canada aux Jeux olympiques d’hiver.

Voilà pourquoi Tricia Smith et Isabelle Charest étaient si fermes en commentant les perspectives canadiennes. Elles savaient que nos athlètes étaient intégrés à une pyramide solide, où les réussites des uns nourrissent les espoirs des autres, et où les objectifs des dirigeants sont élevés.

Si les résultats n’avaient pas été au rendez-vous, on leur aurait reproché d’avoir placé la barre trop haut. Mais lorsqu’elles ont tracé leur bilan deux semaines plus tard, il était évident qu’elles avaient vu juste.

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Durant les Jeux, j’ai aussi suivi la dégringolade du Canadien. Et, plongé dans l’ambiance olympique, j’ai fait un rapprochement entre les succès du Canada aux Jeux d’hiver et les échecs du CH.

Bon, inutile de me le préciser, je sais très bien qu’on ne peut comparer une délégation de 225 athlètes pratiquant des sports différents aux Jeux olympiques avec les tribulations d’une équipe de la LNH.

Mais on peut certainement dresser un parallèle dans la manière de construire le succès. Et le concept de « culture d’équipe gagnante » constitue le pont qui permet à ces deux réalités de se rejoindre.

Geoff Molson sera-t-il d’accord avec moi ? Peut-être, puisqu’il a lui-même utilisé cette belle expression en mai 2012, lorsqu’il a confié les guides de l’équipe à Marc Bergevin. Le nouveau DG devait « améliorer l’équipe à court terme » et « réinstaurer une culture d’équipe gagnante à long terme ».

À ses trois premières années à la barre, Bergevin a relevé ce défi. En novembre 2015, Geoff Molson l’a récompensé en prolongeant son contrat de cinq ans, ce qui lui fournit aujourd’hui une sécurité d’emploi tombant à pic. Mais depuis ce temps, les choses se sont gâtées. Et la « fenêtre d’opportunité », où on croyait le Canadien capable de prétendre à la Coupe Stanley, s’est refermée.

Au fond, ce qui s’est produit depuis trois ans est tout simple : le Canadien a perdu cette « culture d’équipe gagnante » que Bergevin lui avait pourtant permis de retrouver.

C’est vrai sur la glace, mais aussi sur le plan administratif. À preuve, la désolante manière dont les négociations ont été menées avec Alexander Radulov et Andrei Markov l’été dernier.

Aujourd’hui, l’organisation semble plus mêlée que jamais. On a même assisté à un épisode curieux le jour limite des transactions, lorsque le DG a lui-même annoncé qu’il demeurerait en poste en vue de la prochaine saison. S’il existe une décision qui doit être annoncée par le président de l’équipe, c’est pourtant bien celle-là ! Surtout à un moment où tout le monde se pose des questions à ce sujet.

L’anecdote en dit long sur l’influence profonde de Bergevin au sein de l’organisation. Le DG a manifestement réussi à convaincre son patron que cette saison pénible n’est qu’un accident de parcours. Et même s’il s’agit du deuxième dérapage en trois ans, cela ne pèse pas lourd dans la balance. Le réservoir d’excuses est toujours bien rempli.

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Quel Marc Bergevin tentera de relancer le CH au cours des prochains mois ? Celui de 2012, imaginatif et créatif, ou celui des dernières années, qui surévalue son équipe et mise tout sur son gardien-vedette ?

Aujourd’hui, Bergevin est confronté au même défi qu’il y a six ans. Mais le relever avec succès s’annonce plus complexe.

Carey Price a vieilli et, s’il demeure un gardien de premier plan, il n’est pas certain qu’il redeviendra aussi dominant. Shea Weber, au deuxième rang des meilleurs joueurs de l’équipe, aura 33 ans au début de la saison prochaine. Max Pacioretty a démontré ne pas être en mesure de faire du Canadien « son » équipe. Et Jonathan Drouin, le plus bel espoir offensif depuis des lunes, connaît une saison décevante qui suscite des inquiétudes pour la suite.

Non, redonner du lustre au Canadien ne sera pas une mince affaire. Bergevin devra montrer du doigté pour profiter au mieux de sa position avantageuse au prochain repêchage. Et frapper un coup de circuit sur le marché des joueurs autonomes.

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Geoff Molson estime que son DG demeure le mieux placé pour redonner au Tricolore une « culture d’équipe gagnante ». L’avenir nous dira s’il a raison.

Les chances de succès de Bergevin seront meilleures si Geoff Molson et lui examinent la manière dont d’autres organisations ont réussi à atteindre une vitesse supérieure. Et s’ils souhaitent puiser de l’inspiration au-delà des frontières de la LNH, ils devraient étudier les succès canadiens aux Jeux olympiques d’hiver.

Ceux-ci ont commencé par une étape essentielle : une nécessaire remise en cause, lucide et sans faux-fuyant, suivie de l’adoption d’un plan cohérent pour atteindre des objectifs ambitieux. Ça semble tout simple. Mais toutes les organisations n’acceptent pas cette difficile introspection. C’est malheureusement le cas du Canadien depuis trois ans. Le changement doit commencer par là.

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