Visites de maisons

Passions immobilières

Visiter des maisons, en personne ou virtuellement, analyser, comparer, évaluer le marché d’un quartier ou de plusieurs, en voir l’évolution, ce n’est pas leur travail. Mais ils le font parce qu’ils ont développé un réel intérêt pour l’immobilier. Entretien avec des passionnés.

UN DOSSIER DE CHRISTIANE DESJARDINS

L’appel de l’immobilier

Cinq heures du matin, dans ces eaux-là. Alors que le coq s’apprête à chanter, Danièle Malenfant est déjà debout. Après avoir épluché les nouvelles sur l’internet, elle va se promener sur des sites comme Centris, Realtor, et sur les pages des courtiers immobiliers qui marchent fort.

« Je le fais par plaisir, parce que ça me détend. C’est ma petite passion. Au lieu de jouer au bridge ou aux cartes, je fais des recherches sur l’internet, explique Danièle, 71 ans. Je regarde les maisons, combien ça vaut, qu’est-ce qu’on peut avoir pour tel ou tel prix, dans tel ou tel secteur. » Danièle observe également l’aménagement intérieur et extérieur des propriétés. Elle trouve cela inspirant.

Danièle n’a pourtant aucune envie de déménager. Son conjoint et elle se trouvent très bien dans leur charmante maison de Laval. Ce qui ne l’empêche pas de regarder le marché à Laval, Montréal et même un peu sur la Rive-Sud. Elle affectionne particulièrement les belles demeures de Westmount et d’Outremont.

« Même si ce n’est pas accessible pour moi, ça peut l’être pour quelqu’un d’autre »

– Danièle Malenfant

Sa passion la pousse aussi à visiter chaque nouveau projet de condos. « Je suis folle de même », dit-elle en donnant l’exemple d’un projet qu’elle est allée voir d’abord sur plan, puis elle y est retournée une fois qu’il a été construit. « C’est beau, évalue-t-elle, mais je ne resterais pas là. Trop bruyant. »

Danièle aime l’immobilier, mais elle n’a jamais songé à en faire une carrière. « Ça ne m’a jamais traversé l’esprit de faire ça. Ça m’enlèverait mon fun. Je le fais pour mon plaisir et non pour vendre », lance-t-elle.

Pierre et Barbara

Pierre Lamontagne, professeur d’économie au cégep, et Barbara Diab, enseignante d’anglais au primaire, ont acheté leur première propriété, un triplex, il y a une douzaine d’années, dans Ahuntsic. Depuis, ils sont devenus des adeptes des visites libres. « C’est un de mes passe-temps », dit l’homme de 53 ans.

Pierre s’en tient la plupart du temps aux visites libres dans son quartier. « Je suis bien chez nous, mais j’aime voir le marché, ceux qui rénovent, voir si ce serait mieux ailleurs, explique-t-il. On y rencontre des gens intéressants. Des fois, je suis tout seul dans une visite libre, et des fois, ça refoule dans l’entrée tellement il y a de monde. »

Il n’y a pas de gêne à visiter, même si on n’a pas vraiment le projet d’acheter, croit-il. « Il faut être honnête, ne pas faire semblant qu’on va acheter demain et faire ouvrir toutes les portes de garde-robe pour rien… », illustre-t-il.

« Visiter les maisons, ça donne des idées. C’est intéressant de se comparer, de voir ce qu’on peut faire avec les moyens qu’on a, renchérit Barbara. Ce n’est pas nécessairement pour acheter, mais on garde la porte ouverte, on ne sait jamais. On pourrait avoir un coup de cœur, trouver la perle rare. »

Le couple s’intéresse aussi aux chalets. Ils en ont d’ailleurs acheté un il y a quelques années, et continuent d’aller en voir d’autres. Ils ne ferment aucune porte. Et s’ils estiment que Centris, c’est très bien pour s’aiguiller vers une propriété, ils considèrent que rien ne vaut une visite en personne. La grandeur des pièces, la luminosité, les vibrations de la maison, le voisinage, il faut y être pour le voir vraiment, disent-ils.

Pour bien connaître le marché

Stéfanie n’a pas encore 40 ans, mais son conjoint et elle sont propriétaires d’un duplex et d’une maison, à Montréal. Elle aime l’immobilier et se tient au courant du marché par l'entremise du site Centris, qu’elle consulte régulièrement, sur son téléphone. « J’y vais dès que j’ai un moment de pause, par exemple en attendant l’autobus », raconte la jeune femme. Elle regarde les inscriptions des 24 dernières heures, car les autres, elle les a déjà vues. Stéfanie est très à jour dans ses recherches.

Cette jeune maman qui travaille dans le domaine financier ne perd pas de temps à tout regarder. Elle a enregistré des paramètres sur Centris pour cibler uniquement le type de propriétés qui l’intéresse, dans les secteurs de son choix : les plex et les maisons, dans huit quartiers limitrophes du mont Royal. Les condos ne l’intéressent pas. Il y en a trop, et elle ne se voit pas vivre dans ça, explique-t-elle.

Stéfanie ne va pas non plus aux visites libres. Elle estime trouver sur Centris suffisamment d’informations pour se faire une bonne idée de la propriété. Elle connaît bien ses secteurs, et a déjà arpenté plusieurs rues à pied au moment de ses transactions précédentes. Elle aimerait beaucoup acheter une autre propriété prochainement, mais il y a un bémol. « Une propriété, c’est un investissement pas seulement financier, mais aussi en temps, pour bien s’en occuper et avoir de bons locataires. Avec une famille, c’est plus difficile d’avoir du temps », résume-t-elle.

Steve Forget

S’il y en a un qui est convaincu des vertus de l’immobilier, c’est bien Steve Forget, investisseur et auteur d’un blogue sur le sujet intitulé Jeune investisseur immobilier. Quand nous l’avons joint, à la fin de septembre, ce gestionnaire de projet se trouvait au Maroc pour un contrat. Mais qu’il soit au Maroc, au Mexique ou ailleurs, il dit regarder Centris pratiquement tous les jours. Comme propriétaire d’un chalet et de 53 portes résidentielles et commerciales (bientôt 81, précise-t-il), Centris lui permet de surveiller le marché dans ses quartiers d’activité. Ceux-ci se concentrent dans Ville-Marie, ainsi qu’à Joliette et dans ses environs.

Steve est arrivé dans l’immobilier un peu par accident. En 2007, il a acheté un petit condo de trois pièces près du métro Préfontaine, « avec pas de balcon, pas de garage, pas de cour ». Comme il vient de la campagne, il était « juste malheureux là-dedans », illustre-t-il. Deux ans plus tard, il a vendu pour acheter un plex, qui lui accordait plus d’espace et qui lui coûtait sensiblement le même prix par mois. L’intérêt pour l’immobilier s’est rapidement imposé et il s’est lancé dans l’achat de propriétés avec un partenaire. Avide lecteur sur l’immobilier, il était toutefois déçu des articles qu’il trouvait sur le sujet, les considérait trop généralistes et ne montrant que le bon côté des choses.

C’est un peu ce qui l’a incité à lancer son blogue en 2011, afin de parler de son expérience réelle de terrain, avec ses bons et moins bons coups.

« Il n’y a personne qui faisait ça. J’ai ouvert ce blogue sans savoir où je m’en allais. »

– Steve Forget

« Je ne savais même pas comment faire ça, un blogue. J’avais sept lecteurs par semaine, j’étais tout heureux, raconte-t-il. Depuis, ça a pris des proportions hallucinantes. »

Son but est de faire partager son expérience. « Montrer qu’on peut se lancer en immobilier sans se faire appeler toutes les minutes pour une toilette bloquée, mais que, oui, il peut y avoir des problèmes. Mais ce n’est pas juste des problèmes, avoir des locataires. »

Dans l’antre de Centris

Centris, ce site internet qui visait d’abord à regrouper les courtiers immobiliers de partout au Québec, avec leurs propriétés à vendre, a été lancé en 2008. Dix ans plus tard, le site dépasse toutes les attentes. Il sera même en fonction en Colombie-Britannique sous peu.

« On est le site numéro un depuis deux ans », se réjouit son président-fondateur, Éric Charbonneau, que nous avons rencontré dans les bureaux de Centris. C’est ici, dans cet immeuble de L’Île-des-Sœurs partagé avec la Chambre immobilière du Grand Montréal et le Collège de l’immobilier du Québec, que transite et est traitée l’abondante information qu’on retrouve sur centris.ca. Le site dessert actuellement 13 500 courtiers partout dans la province. Sa vitrine accessible au public est visitée de 1 à 2 millions de fois par mois, selon M. Charbonneau.

Par accident

Pourtant, la création de Centris est arrivée un peu par accident, explique son président. À l’époque, on avait 12 systèmes MLS (un pour chaque chambre immobilière). Ce n’était pas pratique, ni pour le consommateur ni pour le courtier. Celui de Saint-Hyacinthe ne voyait pas ce qui se passait ailleurs, donne-t-il en exemple. M. Charbonneau se rappelle qu’on lui a demandé d’évaluer tout ça dans le but de mettre l’information en commun. Il en est résulté un plan d’affaires qui a été soumis aux chambres immobilières en 2006. Il y a eu un peu de réticence au début, dit-il, mais le projet s’est concrétisé en 2008.

À la base, Centris est un « coffre à outils » pour le courtage, rappelle Éric Charbonneau. Il offre 20 outils aux courtiers pour interagir avec les clients, comme pour la prise de rendez-vous, les formulaires, la création de rapports…

La vitrine offerte au public est arrivée plus tard. « Elle a été développée à tâtons. Elle est vraiment connue depuis trois ou quatre ans », estime M. Charbonneau, qui se réjouit de sa popularité. « L’immobilier est avant tout un rêve. Ça permet aux gens de rêver, de regarder ce qui se fait, comment ils pourraient placer leur salon… »

Le site est par ailleurs en perpétuel changement, car on cherche toujours à l’améliorer, selon le président. Par exemple, on y ajoute des critères de sélection, comme la proximité des transports en commun, des parcs, des épiceries, et bientôt les limites des territoires scolaires. « On s’oriente très fort pour la qualité de vie, les gens peuvent déterminer ce qui est important pour eux », précise M. Charbonneau. Au moment d’écrire ces lignes, on s’apprêtait aussi à publier les visites libres qui se tiennent chaque semaine un peu partout.

Complexe et techno

Le paysage du courtage a changé, il a rajeuni, constate le président. « Avant, on voyait beaucoup de courtiers en deuxième et troisième carrières, alors que maintenant, on voit beaucoup de jeunes qui amorcent leur carrière, explique-t-il. Le courtage n’a jamais été aussi complexe, avec les tests environnementaux, les conditions, les offres et les contre-offres, ça prend de l’expertise. Le courtage est rendu très technologique, et les jeunes courtiers sont très technos. »

En 10 ans, le nombre d’employés est passé de 12 à 40 chez Centris. Et s’il n’y avait pas cette fameuse pénurie de main-d’œuvre, il y en aurait sans doute plus. Comme bien d’autres entreprises, Centris est constamment à la recherche de talents en technologies. Mais ça, c’est une autre histoire…

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