Chronique

100 % fierté

Il y a environ deux mois, je vous ai parlé du journal L’Itinéraire, de ceux qui le dirigent, de son fonctionnement, de son rôle. Vous avez été très nombreux à me dire que vous ne connaissiez pas son impact réel chez les gens qui tentent de se remettre sur les rails après une mauvaise passe.

Lors de cette rencontre avec l’équipe de L’Itinéraire, on m’a parlé du numéro spécial 100 % camelots que l’on produit une fois par année. J’ai fait part de mon envie de m’impliquer dans la préparation de ce numéro. Ils m’ont pris au sérieux.

On m’a donc convié à une réunion de production qui a eu lieu il y a quelques semaines. Dans le sous-sol de l’immeuble où se trouvent le journal et le café L’Itinéraire, à l’angle de Sainte-Catherine et De Lorimier, nous étions une dizaine de personnes autour d’une grande table. Pas très loin de nous, des cuisiniers préparaient le repas du midi.

Alors que voyageait jusqu’à nos narines un réconfortant parfum de soupe aux légumes, Karine Bénézet nous a présenté le projet. Yeux clairs, cheveux en brosse, Karine est responsable de la formation des participants tout au long de l’année. Son rôle devient encore plus important quand arrive la préparation de ce numéro annuel.

Elle nous explique qu’il sera fait entièrement par des camelots. Près de 35 d’entre eux vont participer à sa création. Une vingtaine vont rédiger les reportages. Ils ont besoin d’un coup de main. Nous sommes trois journalistes professionnels autour de la table qui avons accepté de jouer aux accompagnateurs. Il y a Irène Pratka, une journaliste indépendante, Miville Tremblay, un journaliste à la retraite, et moi. L’année prochaine, on veut trois fois plus de « grands frères et grandes sœurs » pour ce numéro.

Deux réunions ont eu lieu avant celle-ci. Elles ont permis de rassembler des dizaines d’idées de reportage et de déterminer le grand thème de ce numéro spécial : Vivre ensemble.

Trois camelots agissent en tant que rédacteurs en chef : Yvon Massicote, Annie Lambert et Jean-Claude Nault. Ce dernier, plutôt timide, m’apprend qu’il offre ses services d’imitateur d’Elvis Presley la fin de semaine. Sa timidité prend alors le bord, me confie-t-il. Karine nous ramène à l’ordre.

Elle nous présente le chemin de fer ou, si vous préférez, le plan du journal, page par page. Je découvre qu’un camelot veut aborder le thème des règlements municipaux. Je lève la main illico pour dire que je veux être associé à ce journaliste. C’est ainsi que, quelques jours plus tard, je fais la rencontre de Roger Perreault.

Ça clique tout de suite entre Roger et moi. Il me dit qu’il aimerait faire un article sur les règlements loufoques, difficilement applicables ou carrément désuets à Montréal. J’aime son idée, mais je lui explique qu’il se pourrait que son angle change en cours de route. Je lui sers une réflexion sage et pragmatique que ma collègue Michèle Ouimet m’avait un jour offerte : « Tu sais, se lancer dans une enquête, c’est comme aller à la pêche : il faut accepter l’idée que, parfois, tu attrapes une grosse truite et que, parfois, tu tombes sur un méné. »

En effet, on se rend rapidement compte, Roger et moi, qu’il n’y a pas vraiment de règlements désuets, car la Ville de Montréal assure régulièrement une mise à jour de ceux-ci. On en vient à la conclusion que l’on devrait plutôt se poser les questions suivantes : Est-ce que Montréal est une ville sévère ? Si oui, est-il facile de faire appliquer les règlements municipaux ? Quels sont ceux qui sont le plus souvent contestés ?

Les réunions avec Roger se font toujours dans la bonne humeur. Il me raconte son quotidien, ses péripéties. Une fois, il s’aventure sur le terrain de la confidence, levant le voile sur un aspect plus tragique de sa vie. Je comprends alors certaines choses.

Roger m’a remis ses textes il y a trois semaines. C’était plutôt bien tourné. On a retravaillé quelques trucs, c’est tout. Roger et ses confrères ont travaillé fort. On ne devient pas journaliste en criant ciseaux. Ce numéro spécial qui est offert à compter d’aujourd’hui et pour les 15 prochains jours vous sera proposé par l’ensemble des camelots du journal L’Itinéraire dans les rues de la ville.

Je trouve formidable l’idée d’exploiter les bases du journalisme afin de raccrocher des gens qui ont emprunté une sortie de secours. Ces gens ont parfois tendance à s’isoler. Cette démarche favorise l’interaction et les échanges. Elle amène ceux et celles qui se sont recroquevillés à s’intéresser à ce qui les entoure, à ce qui se passe autour d’eux.

Récemment, l’équipe du journal L’Itinéraire a effectué une demande d’entrevue auprès de l’entourage de Justin Trudeau. Contre toute attente, ce dernier a dit oui. Dans quelques semaines, trois journalistes de L’Itinéraire iront à Ottawa. Ils assisteront à la période des questions à la Chambre des communes et auront ensuite une rencontre de 30 minutes avec le premier ministre. Ils sont déjà en train de réfléchir aux questions. Si tout va bien, nous pourrons lire le compte rendu de cette entrevue dans un numéro du mois de juillet.

En attendant, je vous invite à vous procurer le numéro spécial 100 % camelots. Il coûte 3 $ (la moitié de la somme va au camelot). Tous ceux qui ont travaillé à ce numéro spécial en sont très fiers, je peux vous le dire. D’ailleurs, il n’y a que cela dans ce numéro, de la fierté.

Et, de grâce, ceux qui aiment balancer aux oreilles des camelots qu’ils devraient aller se trouver un job, sachez que vendre un journal, c’est un job !

Un don de 2500 $ des employés de La Presse

Les employés de La Presse ont remis hier un chèque de 2500 $ à L’Itinéraire afin d’aider l’organisme à financer son projet de formation en journalisme pour ses camelots. La somme a été recueillie par la revente d’objets promotionnels envoyés aux journalistes. — La Presse

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