ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L'ONU

Trudeau dénonce ceux qui exploitent l’anxiété

OTTAWA — Les leaders qui exploitent l’anxiété des gens pour obtenir des « votes faciles » ne servent pas les intérêts de leur propre pays et n’arriveront jamais à régler les problèmes auxquels ils font face, estime le premier ministre Justin Trudeau.

Dans son premier discours devant l’Assemblée générale des Nations unies, hier, M. Trudeau a lancé un appel bien senti à l’ouverture, à la tolérance et à la générosité dans un monde où certains sont tentés d’utiliser la peur de l’autre à des fins électorales, alors que des conflits ne cessent d’augmenter le nombre de réfugiés dans certaines régions du globe.

« Chaque jour, nous devons choisir l’espoir au lieu de la peur, et la diversité au lieu de la division. La peur n’a jamais nourri une famille ou créé un seul emploi. Et ceux qui exploitent la peur ne vont jamais régler les problèmes qui sont à l’origine de cette même anxiété », a soutenu M. Trudeau, une allusion à peine voilée à la campagne présidentielle que mène le candidat républicain Donald Trump.

Puis, il a répété une phrase qu’il a maintes fois utilisée depuis qu’il est entré en politique : « Au Canada, nous voyons la diversité comme une force, et non pas une faiblesse. Notre pays est fort non pas en dépit de nos différences, mais grâce à elles. »

En conférence de presse, en fin de journée, M. Trudeau s’est défendu d’avoir visé Donald Trump en tenant de tels propos. Il a soutenu que la crainte de l’autre et l’islamophobie avaient été des facteurs durant la dernière campagne électorale, remportée par les libéraux, et que les Canadiens avaient démontré qu’ils rejetaient ces tactiques. Il a aussi affirmé qu’il voyait le même discours repris par d’autres leaders à l’étranger et qu’il fallait le combattre.

LE CANADA, UN EXEMPLE

Donnant le Canada en exemple, le premier ministre Justin Trudeau a rappelé que son gouvernement, depuis qu’il est au pouvoir, a choisi d’apporter sa contribution pour alléger la misère des nombreux réfugiés syriens qui ont fui leur pays à cause d’une guerre civile qui a déjà fait plus de 300 000 morts.

Ces quelque 31 000 réfugiés qui sont venus au Canada jusqu’ici grossiront tôt ou tard les rangs de la classe moyenne, a-t-il prédit, car le gouvernement qu’il dirige a mis en œuvre des politiques pour favoriser la croissance de l’économie.

Ces réfugiés, a-t-il ajouté, n’ont pas été vus par les Canadiens comme étant un fardeau, mais comme des « voisins et des amis. Comme de nouveaux Canadiens ».

« Cet effort a rassemblé les Canadiens. D’une façon presque sans précédent, le gouvernement a travaillé avec des gens d’affaires, des citoyens engagés et la société civile pour aider les nouveaux arrivants à s’adapter à leur nouveau pays. Mais nos efforts ne seront vraiment réussis qu’une fois ces réfugiés bien établis et membres à part entière de la classe moyenne canadienne. Et je veux que vous sachiez que cet objectif est à notre portée – non pas en raison de ce que nous avons fait, mais bien en raison de ce qu’ils sont eux-mêmes », a déclaré M. Trudeau.

Le premier ministre a rappelé aux dirigeants qui participent aux délibérations des Nations unies que la situation demeure catastrophique pour les réfugiés syriens, lançant du coup un appel à une plus grande mobilisation de la communauté internationale.

« Alors que nos peuples vivent dans l’anxiété, les Syriens font face à une catastrophe. Vous voulez savoir où se trouvent les gens de la classe moyenne de la Syrie ? Ils vivent dans des camps de réfugiés en Turquie, au Liban et en Jordanie. Ils se déplacent à travers l’Europe, à la recherche d’un endroit pour s’établir, envoyer leurs enfants à l’école, trouver un emploi stable et être des citoyens productifs », a-t-il souligné.

À titre de remède contre la peur et l’anxiété, le Canada a choisi d’investir pour donner un coup de pouce à la classe moyenne. M. Trudeau a invité les autres pays à en faire autant.

« Nous allons investir dans les infrastructures parce que ça crée de bons emplois bien rémunérés pour la classe moyenne et contribue à faire de nos communautés de meilleurs endroits pour vivre, travailler, et investir », a-t-il soutenu.

« Nous sommes déterminés à bâtir une économie qui fonctionne pour tout le monde – pas seulement pour le 1 % des plus riches – de façon à ce que chaque personne bénéficie de la croissance économique. Et nous allons refuser de céder à la pression d’échanger nos valeurs profondes pour des votes faciles. Le monde s’attend à plus de notre part, et nous nous attendons à plus de nous-mêmes », a-t-il ajouté.

UN SIÈGE À L’ONU CONVOITÉ

Alors qu’il a annoncé au printemps que le Canada lorgne un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations unies pour un mandat de deux ans à partir de 2021, Justin Trudeau a rappelé les initiatives prises par son gouvernement pour redonner au Canada la voix qui lui revient au sein de cette institution multilatérale.

Il a souligné le rôle du Canada dans les négociations qui ont mené à l’Accord de Paris, en décembre dernier. Dans le cadre de cet accord, le Canada entend investir 2,65 milliards de dollars sur cinq ans pour financer la croissance propre et à faibles émissions de carbone dans les pays en développement.

Il a réitéré que le Canada compte accroître sa participation au sein des opérations de maintien de la paix des Nations unies afin de promouvoir la paix et la sécurité dans des zones touchées par l’instabilité.

Et il a aussi rappelé que le Canada a accueilli en fin de semaine la 5e Conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial, une rencontre qui a permis d’amasser 13 milliards de dollars pour éliminer le sida, la tuberculose et le paludisme d’ici 2030. L’effort du Canada à cette cause a été augmenté de 20 % et atteindra 800 millions de dollars.

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