LARRY TREMBLAY

Le mot du directeur invité

Enfant, je rêvais de devenir reporter, à l’instar de mon héros Tintin. Je me voyais comme lui parcourir le monde et mener des enquêtes sur les grandes questions de l’heure. Mais jamais je n’ai vu Tintin écrire un article, trop occupé à vivre ses aventures. Et je ne suis pas devenu journaliste. Aussi quand Josée Lapointe de La Presse m’a proposé d’occuper le poste de directeur pour ce cahier Lecture, un frisson d’excitation m’a parcouru : une nouvelle aventure m’attendait dans les pages d’un grand journal qui me donnait carte blanche.

Tout de suite, j’ai eu l’idée de proposer des articles autour de la création. J’étais curieux de connaître le rapport actuel des écrivains au phénomène Google. Est-ce que son utilisation changeait leur façon d’écrire ? Nourrissait ou polluait leur imaginaire ? Complexifiait la structure de leur roman ? Facilitait leurs recherches ? Les distrayait ? Rapidement, du roman je suis passé au théâtre en proposant un entretien avec Serge Boucher, un auteur dramatique qui a toujours réussi à préserver une puissante théâtralité dans ses séries télé. Écrire pour la scène ou pour l’écran, est-ce la même chose pour lui ?

La question de la création m’a amené naturellement à celle de la préservation des œuvres créées. Au Québec, nous sommes fascinés par la nouveauté. Et le monde du théâtre n’y échappe pas. Un auteur dramatique a rarement la chance de voir l’une de ses pièces être recréée. Pour survivre artistiquement, il doit sans cesse proposer de nouvelles œuvres en ayant l’impression de recommencer à zéro chaque fois. Malgré le fait que l’histoire du théâtre au Québec est encore très jeune, il me semble important d’amorcer une réflexion sur l’élaboration d’un répertoire théâtral. Cette question de la mémoire des œuvres est reprise dans un contexte plus général dans un article sur le registre du patrimoine culturel du Québec. L’idée m’en est venue à la suite de l’inscription récente à ce registre de L’avalée des avalés de Réjean Ducharme.

Il m’apparaissait logique de conclure en proposant une petite enquête sur la place de l’écrivain et de son œuvre dans les médias, plus particulièrement dans le monde affolant de la télévision. La disparition récente des rares plateformes où on pouvait encore inviter un écrivain ou discuter de son livre a de quoi nous alarmer. Il semblerait que réfléchir à la télé, au Québec, est devenu une entreprise impossible.

« Si vous étiez un livre, lequel seriez-vous ? Justifiez votre choix. » J’ai voulu terminer mon aventure d’un jour, en tant que directeur, en posant cette question aux hommes et femmes politiques qui nous gouvernent actuellement. Je l’ai empruntée au personnage du professeur, dans mon récit La hache, qui l’a posée à ses étudiants afin de mieux les connaître. Il n’est pas facile d’y répondre, j’en suis conscient, et elle peut révéler bien des choses ! Vous avez peut-être deviné que, pour ma part, j’aimerais être un album de Tintin. J’hésite entre L’oreille cassée et Le temple du soleil.

Bonne lecture !

Le mot de la directrice

Pour la rentrée, l’envie d’ouvrir nos pages à Larry Tremblay s’est imposée rapidement.

Écrivain et dramaturge prolifique, l’auteur de L’orangeraie a en effet cette année une rentrée à l’image de son œuvre : riche et diverse.

Ses deux nouveaux romans (dont un graphique destiné à un public jeunesse) sortent ces jours-ci en librairie, et il est l’auteur de deux pièces qui seront sur les planches de Montréal à l’automne : Le garçon au visage disparu, au Théâtre La Licorne, et Le Joker, au Théâtre de Quat’Sous.

Larry Tremblay a rapidement accepté notre invitation et a pris son rôle de directeur invité très au sérieux.

En réunion éditoriale avec l’équipe des Arts, il est arrivé avec une liste de sujets présentée avec précision et conviction : ses interrogations sont facilement devenues les nôtres.

De l’impact de Google sur l’écriture et l’imaginaire des auteurs à la place du livre dans les médias, les sujets lancés par Larry Tremblay témoignent d’un souci réel à l’égard de la littérature et du théâtre, comme forces de création mais aussi comme témoins de notre époque.

Ses commentaires sur nos articles permettent aussi de poursuivre la réflexion.

Merci donc à Larry Tremblay d’avoir accepté notre invitation et de faire partager son regard curieux sur le monde des arts avec les lecteurs de La Presse.

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