Meurtre du journaliste Jamal Khashoggi

Des sénateurs républicains accusent le prince héritier saoudien 

Washington — Des sénateurs républicains américains ont affirmé hier, après avoir été informés à huis clos des conclusions de la CIA, n’avoir « aucun doute » sur le fait que le prince héritier saoudien avait « ordonné » le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

Cette position contredit directement le président américain Donald Trump, qui avait déclaré que le service de renseignement n’avait « rien trouvé d’absolument certain ».

« Je n’ai aucun doute sur le fait que le prince héritier » saoudien Mohammed ben Salmane, surnommé MBS, « a ordonné le meurtre et a été maintenu au courant de la situation tout le long », a déclaré à des journalistes Bob Corker en sortant d’une réunion avec Gina Haspel, directrice de la CIA.

Chef de la puissante Commission des affaires étrangères, M. Corker a affirmé n’avoir pas entendu, au cours de la réunion qui a duré environ une heure, l’enregistrement audio de l’assassinat de Jamal Khashoggi au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, en octobre.

« Je pense qu’il [MBS] est complice du meurtre de M. Khashoggi au plus haut niveau possible », a ajouté Lindsey Graham, pourtant un allié de Donald Trump au Sénat.

Plusieurs sénateurs démocrates se sont également dits « convaincus » par le breffage de la CIA.

Journaliste critique du pouvoir saoudien, M. Khashoggi vivait depuis 2017 aux États-Unis, où il collaborait au Washington Post.

MM. Corker et Graham ont reconnu l’importance de l’Arabie saoudite pour les États-Unis, notamment face à l’Iran. Mais aucun n’est prêt pour autant à fermer les yeux.

« L’Arabie saoudite est un allié stratégique et cette relation vaut la peine d’être sauvée, mais pas à tout prix », a martelé Lindsey Graham.

« Notre position dans le monde et notre sécurité nationale seront plus affectées si nous ignorons MBS que si nous nous occupons de lui. »

— Le sénateur Lindsey Graham

Mohammed ben Salmane « est fou, il est dangereux, et il a mis cette relation en danger », car il n’est pas « fiable », a-t-il également lancé.

Vote incertain sur le Yémen

Quelques sénateurs seulement avaient été conviés à cette rencontre avec Gina Haspel, parmi lesquels les chefs républicain et démocrate du Sénat, ainsi que les responsables des commissions liées aux questions de sécurité.

La réunion était très attendue par les parlementaires, qui s’étaient indignés la semaine dernière lorsque la directrice de la CIA n’avait pas répondu à leur invitation.

Les sénateurs avaient alors riposté avec un sévère coup de semonce en direction de Riyad, passant outre la position de la Maison-Blanche. Une résolution pour cesser tout soutien militaire à l’Arabie saoudite dans la guerre au Yémen avait franchi avec une nette majorité, le 28 décembre, un premier vote au Sénat.

Mais son approbation définitive reste incertaine, et dépendra notamment des actions de l’administration Trump face aux dirigeants saoudiens.

Il serait plus simple que le gouvernement « s’exprime directement » que de trouver un texte de consensus, a souligné Bob Corker. « La loi est un objet tranchant qu’il est beaucoup plus difficile d’équilibrer parfaitement, mais c’est ce que nous devons faire puisque l’administration n’a pas, jusqu’à maintenant, traité la question de façon appropriée. »

Le sénateur républicain, qui quittera le Sénat au début de janvier, réserve encore son vote sur la résolution concernant le Yémen.

Comme lui, plusieurs élus préféreraient un texte se centrant uniquement sur le rôle de Riyad dans le meurtre de Jamal Khashoggi. Les sénateurs travaillent encore à l’élaboration d’un texte qui rassemblerait un plus grand consensus, a-t-il précisé. Plusieurs autres textes circulent, notamment la proposition d’un gel des ventes d’armes à Riyad.

Selon plusieurs médias américains, la CIA estime que l’assassinat a été commandité par le prince héritier saoudien. L’agence aurait comme preuve un échange de messages avec un proche conseiller supervisant l’opération, Saoud al-Qahtani, dans les heures qui ont précédé et suivi le meurtre.

Donald Trump n’a pas exclu que Mohammed ben Salmane ait été au courant du meurtre, mais il répète que « les États-Unis entendent rester un partenaire inébranlable de l’Arabie saoudite ».

Après une rencontre avec les mêmes sénateurs américains, le 28 novembre, son secrétaire d’État, Mike Pompeo, avait affirmé que le rapport de la CIA ne contenait « aucun élément direct liant le prince héritier à l’ordre de tuer Jamal Khashoggi ».

gouverneur démocrate du Wisconsin

Des pouvoirs limités par l’action des républicains

Les républicains du Wisconsin tentaient hier de faire passer de nouvelles lois visant à limiter les pouvoirs du nouveau gouverneur, démocrate, qui doit commencer son mandat en janvier 2019.

Lors des élections de mi-mandat de novembre, le démocrate Tony Evers l’a emporté dans cet État du nord du pays face au gouverneur sortant, le républicain Scott Walker. Une importante défaite pour les conservateurs dans un État qui a permis la victoire de Donald Trump en 2016.

Le mandat de Tony Evers ne doit commencer qu’en janvier 2019, et il se peut que son influence soit diminuée d’ici là.

Les deux chambres du Congrès local, contrôlées par les républicains, devaient voter tard hier soir sur des textes permettant de réduire les pouvoirs du nouveau gouverneur, le chef de l’exécutif d’un État.

Les votes devraient être particulièrement serrés.

« Nous allons nous assurer que les pouvoirs de chaque branche soient aussi équitables que possible », a déclaré un élu local républicain, Robin Vos, lors d’une conférence de presse.

« Nous ne croyons pas qu’une simple personne devrait avoir le pouvoir de venir et, d’un coup de stylo, éliminer des lois passées par notre Parlement et dont la constitutionnalité a été approuvée par nos tribunaux. »

— Robin Vos

Des manifestants protestent depuis plusieurs jours dans la capitale de l’État, Madison, pour dénoncer cette manœuvre, qu’ils décrivent comme un coup de force.

L’opposition démocrate accuse les républicains de s’être concertés pour limiter l’influence de nouveaux élus démocrates dans plusieurs États.

« Les citoyens dans le Wisconsin, l’Ohio, le Michigan et la Caroline du Nord doivent se faire entendre. Ne laissez pas notre démocratie être volée », a notamment tweeté l’ancien ministre de la Justice de Barack Obama Eric Holder.

« Ne laissez pas les législatures locales prendre ces mesures honteuses. Elles semblent prêtes à tout pour garder le pouvoir – y compris ignorer le peuple », a-t-il ajouté.

L’actuel gouverneur du Wisconsin, Scott Walker, a signalé qu’il était prêt à ratifier les textes votés par le Congrès avant de quitter le pouvoir en janvier.

Enquête russe

Le procureur n’exige pas de prison pour l'ex-conseiller Flynn

Le procureur spécial chargé de l’enquête russe, Robert Mueller, a recommandé hier une peine sans détention pour Michael Flynn, éphémère conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, évoquant son « aide substantielle » dans les investigations. « Une peine dans le bas de l’échelle prévue – y compris une condamnation qui n’impose pas une peine d’incarcération – est appropriée et justifiée », a indiqué le procureur. Michael Flynn, conseiller du candidat réublicain Trump puis conseiller à la sécurité nationale du président pendant 22 jours, avait plaidé coupable, en 2017, d’avoir menti au FBI, notamment sur ses conversations avec l’ambassadeur de Russie aux États-Unis, Sergueï Kislyak. Il avait également accepté de coopérer avec la justice. Le procureur spécial Mueller est notamment chargé de déterminer s’il y a eu collusion entre des responsables russes et l’équipe de campagne de Donald Trump en 2016. Une enquête qualifiée régulièrement de « chasse aux sorcières » par Donald Trump, qui critique aussi, avec véhémence, Robert Mueller. — Agence France-Presse

Les constructeurs automobiles allemands rencontrent Trump

Le président Donald Trump a rencontré brièvement hier à la Maison-Blanche les représentants des trois principaux constructeurs allemands – Dieter Zetsche, Herbert Diess et Nicolas Peter, respectivement PDG de Daimler, PDG de Volkswagen et directeur financier de BMW – sur fond de menaces américaines d’imposer des tarifs douaniers sur les importations automobiles. Selon un très bref communiqué de la Maison-Blanche publié à l’issue de la rencontre, le président américain « a exprimé sa volonté de voir tous les constructeurs automobiles produire aux États-Unis et d’offrir un environnement plus favorable aux entreprises ». Le déficit commercial des États-Unis dans l’automobile et les pièces détachées s’élève à quelque 30 milliards de dollars. Donald Trump a menacé d’imposer des tarifs douaniers de 25 % sur les voitures importées aux États-Unis, notamment d’Europe.  — Agence France-Presse

Présidentielle de 2020

Joe Biden en réflexion, bientôt une décision

L’ancien vice-président Joe Biden annoncera d’ici deux mois s’il a l’intention d’affronter Donald Trump en 2020. Le démocrate de 76 ans a fait ces commentaires lundi, à l’Université du Montana à Missoula. M. Biden a affirmé que les États-Unis ne pouvaient se permettre quatre autres années de Donald Trump, qu’il qualifie d’« homme incapable de dire la vérité ». Il a ajouté que le moment était venu pour les Américains de « choisir la vérité au lieu des mensonges, les faits au lieu de la fiction ». Celui qui a été le vice-président de Barack Obama pendant huit années a aussi déclaré lundi soir lors d’un événement promotionnel qu’il pensait être « la personne la plus qualifiée dans le pays pour être président », selon le journal local Missoula Current.

— Associated Press et Agence France-Presse

La justice réclame des documents sur un hôtel Trump

Donald Trump risque d’être obligé de produire des documents financiers qu’il a jusqu’ici refusé de communiquer, dans le cadre d’une enquête pour corruption portant sur les revenus perçus par son hôtel de Washington auprès d’officiels étrangers. Les procureurs de Washington et de l’État voisin du Maryland vont adresser prochainement des assignations à 13 entités privées liées au milliardaire, dont son trust et le management des hôtels Trump, pour obtenir ces documents, ont fait savoir leurs services hier. Les deux procureurs, Karl Racine et Brian Frosh, accusent le président Trump de percevoir des fonds de gouvernements étrangers en violation de la Constitution américaine. — Agence France-Presse

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