Réforme de l’immigration

Passe d’armes entre Legault et les groupes économiques

Québec — La réforme de l’immigration a de nouveau plongé le gouvernement Legault dans une crise, jeudi, alors que le premier ministre a accusé les groupes économiques de vouloir plus d’immigrants pour avoir accès à une main-d’œuvre bon marché et qu’il s’est dit assuré d’être appuyé par les Québécois à lire leurs commentaires sur Facebook.

À ceux qui demandent à Québec de hausser ses seuils d’immigration, M. Legault a répondu qu’il ne travaillait pas pour Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM).

« C’est un jeu de l’offre et de la demande. Plus il y a de main-d’œuvre au Québec, plus on peut garder les salaires bas. Plus on est capable de trouver des employés à 12-15 $ de l’heure. Il faut être prudent. »

— François Legault, premier ministre du Québec

« Ma responsabilité, c’est de défendre les intérêts des Québécois. […] Je ne travaille pas pour Michel Leblanc », a-t-il déclaré jeudi.

Alors que la réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) en immigration plonge le gouvernement dans une crise, M. Legault s’est aussi dit assuré qu’il avait le soutien de la population. La preuve ? « Si vous regardez sur ma page Facebook, je dirais que 90 % des gens sont d’accord avec ce qu’on fait », a-t-il ajouté.

Lors de la période des questions, le chef par intérim de l’opposition officielle, le libéral Pierre Arcand, a déploré que l’Ontario et d’autres provinces soient « morts de rire » face à l’approche du gouvernement en immigration. Selon lui, ces provinces accueilleront volontiers les travailleurs qualifiés qui seront exclus par Québec.

« J’ai eu plusieurs conversations avec le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford. Il est absolument d’accord avec notre approche. On a besoin de plus d’immigrants économiques qui répondent aux besoins des entreprises », s’est plutôt félicité M. Legault.

Tous à fleur de peau

Interpellé par le premier ministre Legault, le président de la CCMM, Michel Leblanc, a dit constater qu’il y a « des mots et des échanges qui sont [désormais] à fleur de peau ».

« À aucun moment nous ne souhaitons des salaires bas. Ce qu’on veut, c’est que les entreprises puissent avoir la main-d’œuvre dont elles ont besoin pour leur croissance. Actuellement, les entreprises investissent en équipement pour rehausser leur valeur ajoutée par employé […] et augmenter les salaires. Salaires qui augmentent depuis février parce que l’économie est vigoureuse », a dit M. Leblanc.

Alors qu’il y a 140 000 emplois à pourvoir au Québec, a-t-il ajouté, « l’immigration est un élément de la solution ». Et le PEQ est un programme qui fonctionne bien, a dit M. Leblanc, ajoutant qu’il faudrait le maintenir sans y greffer une liste de domaines d’études ou d’emplois à respecter.

« Les entreprises reportent leurs projets d’investissement faute d’avoir la main-d’œuvre nécessaire. Quand on regarde la moyenne des salaires dans le secteur manufacturier […], c’est autour de 20 $ de l’heure. Ce n’est pas du cheap labor, on a besoin de talents à tous les niveaux pour faire fonctionner les entreprises », a ajouté Véronique Proulx, présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec.

Pas de sursis pour les cégeps

Aux cégeps et aux universités qui craignent de devoir fermer des programmes, faute d’étudiants étrangers, François Legault a affirmé jeudi qu’il ne comptait pas modifier les listes de domaines d’études et d’emplois qui sont désormais reconnus pour avoir accès au PEQ.

« Les recteurs et les cégeps sont financés par des étudiants, a-t-il rappelé. Donc, les étudiants qui sont dans des domaines où il n’y a pas de besoins, ça [leur] rapporte quand même du financement. »

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a de son côté reconnu que la réforme du PEQ – dont l’accès est désormais limité à une liste restreinte de domaines d’études ou d’emplois – s’est faite avec « un peu de confusion […] au niveau des communications ».

« Elle est complexe, la réforme. Quand on regarde les entonnoirs d’où les gens peuvent arriver, c’est très complexe. Même pour un ministre, et je sais compter, il faut s’asseoir et bien y réfléchir. »

— Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie

M. Fitzgibbon a également affirmé que les programmes d’immigration temporaire pourraient prendre le relais des programmes d’immigration permanente afin de combler les besoins en main-d’œuvre.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a quant à lui affirmé que les listes de secteurs de l’économie en demande, à partir desquelles le PEQ se lie, seront « évolutives » et changeraient au début de chaque année.

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