INVESTISSEMENT QUÉBEC

Investissement Québec retrouve son autonomie

« On ne sera plus la marge de crédit du gouvernement. » Cette simple phrase que m’a lancée Pierre Gabriel Côté, président d’Investissement Québec (IQ), lors d’une longue entrevue, résume on ne peut plus clairement l’essentiel du plan d’action de refonte de la gouvernance de l’institution qu’il a présenté hier en commission parlementaire à Québec.

C’est accompagné de la vérificatrice générale Guylaine Leclerc que le président d’IQ a rencontré les parlementaires pour expliquer les mesures que l’institution a adoptées et qui seront toutes implantées à partir de décembre 2016 jusqu’en mars 2018.

En juin dernier, la vérificatrice générale a produit un rapport très critique sur le fonctionnement, la gouvernance et la rentabilité de ce qu’on appelle le bras financier du gouvernement. La VG avait produit une série de recommandations qu’Investissement Québec a décidé d’appliquer de façon scrupuleuse.

« On avait déjà entrepris lors de notre planification stratégique du printemps dernier plusieurs des changements demandés. Il fallait clarifier notre rôle et notre mandat. On était pleinement d’accord avec les recommandations de la vérificatrice générale », confie le PDG d’IQ.

Le rapport de la VG soulignait l’absence de critères précis pour déterminer si les investissements importants que réalise IQ sont financés par le Fonds du développement économique (à même les fonds du gouvernement) ou directement à partir des fonds propres d’IQ.

On reprochait aussi la piètre rentabilité d’IQ, qui est incapable de générer un rendement équivalant ou supérieur aux coûts d’emprunts des fonds que le gouvernement du Québec contracte sur les marchés financiers. IQ a produit un rendement de 2,5 % alors que les coûts d’emprunt assumés par Québec s’élèvent à 4 %. Les critères de bonification de la rémunération des dirigeants doivent aussi être clarifiés.

Pierre Gabriel Côté explique que les problèmes d’IQ sont liés à la nature même de l’organisme dont le mandat est de faire du développement économique et du soutien à l’emploi tout en agissant en complémentarité avec d’autres institutions financières, et ce, en couvrant les coûts d’emprunt du gouvernement.

Dans un premier temps, IQ va mettre en place un protocole d’intervention pour tous les investissements que l’institution réalise par le truchement du Fonds du développement économique (FDE).

Dorénavant, c’est le conseil d’administration et sa présidente, Monique Leroux, qui vont assurer les relations avec le gouvernement.

« La gestion du FDE a généré de la confusion. Quand on a annoncé un investissement chez Kruger, dans une nouvelle usine de carton, cela a mis en colère les gens de Cascades. Or, ce n’était pas IQ qui investissait, mais le gouvernement. »

« C’est le FDE qui a réalisé les investissements dans Bombardier et dans la cimenterie McInnis, mais c’est aussi le FDE qui aurait dû acheter les actions de Rona ou réaliser le prêt à Premier Tech, ce n’était pas dans notre mandat de le faire. La situation va être maintenant plus claire. »

— Pierre Gabriel Côté, PDG d’Investissement Québec

Des balises vont donc être posées pour redonner et assurer plus d’autonomie à IQ. « On ne veut pas être une banque politique », laisse tomber le gestionnaire.

RENTABILITÉ ET ÉQUITÉS

En ce qui touche la faible rentabilité d’IQ, le PDG convient que l’institution peine à atteindre la cible de rendement équivalent aux coûts d’emprunt depuis la fusion avec la SG, en 2011.

« On a hérité d’un lourd portefeuille de placements en équités. On a 52 % de nos actifs qui sont dans des actions d’entreprises et on doit prendre chaque année des provisions en fonction de l’état des marchés et non pas en fonction de leur valeur au livre.

« En comparaison, 93 % du portefeuille de la Banque fédérale de développement est constitué de prêts. Ils affichent une rentabilité brute de 15 % et une rentabilité nette de 11 %, après provisions.

« Nous, on a une rentabilité brute de 13 % qui tombe à 2,5 % lorsqu’on prend nos provisions sur équité. On se donne cinq ans pour hausser notre portefeuille de prêts qui assure un rendement beaucoup plus stable et prévisible », souligne le PDG.

Il faut aussi rappeler qu’Investissement Québec participe à des projets plus risqués que les autres institutions, c’est dans son mandat. IQ est à peu près la seule dans les secteurs miniers et forestiers, comme le projet Mine Arnaud ou Stornoway.

Enfin, Investissement Québec va clarifier sa politique de rémunération en s’inspirant des pratiques d’institutions comparables, mais le PDG précise que c’est le gouvernement qui fixe le seuil de profits à partir duquel les hauts dirigeants peuvent toucher des primes.

« Le gouvernement tient compte dans ses calculs des provisions que l’on aura à prendre et qui vont affecter notre seuil de rentabilité. On pourrait réaliser des ventes d’actifs pour redorer notre bilan, mais on ne remplirait plus notre mandat qui est de voir au développement économique », met-il en garde.

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