laïcité

Nouvelles manifestations contre le projet de loi 21

Pour le deuxième dimanche d’affilée, le projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault a poussé quelques milliers de personnes dans les rues de Montréal, hier. Des leaders musulmans, juifs, sikhs, catholiques et agnostiques ont marché en solidarité pour défendre leur droit de porter des signes religieux.

« Ma kippa, c’est ma foi profonde et cela ne m’empêche en rien de servir mes commettants. Ma kippa n’est pas un affront à un État laïque. C’est un signe d’ouverture sur le monde », a lancé le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Lionel Perez, lors d’un rassemblement organisé par plusieurs élus devant l’hôtel de ville de Côte-Saint-Luc.

« La laïcité, ça signifie que l’État doit être aveugle aux croyances que les gens portent dans leur cœur, a pour sa part affirmé le député libéral de D’Arcy-McGee David Birnbaum. Si je porte ma kippa, que vous portez un hijab ou que vous avez sur la tête un mohawk avec cinq anneaux dans le nez, l’État est aveugle, et vous pouvez en faire partie. »

Enseignantes juives et musulmanes

De nombreuses femmes du domaine de l’enseignement ont voulu dénoncer le projet de loi 21, qui interdira aux fonctionnaires ayant une position d’autorité, dont les enseignants du primaire et du secondaire, de porter des signes religieux au travail.

Caroline Gehr, enseignante à la commission scolaire English-Montréal, a voulu illustrer certaines contradictions du projet de loi. Elle-même de confession juive orthodoxe, elle porte un foulard coloré noué sur sa tête, afin de respecter les commandements de sa religion qui exigent que les femmes mariées se couvrent la tête en public. « Je pourrais porter une perruque inconfortable et difficile à entretenir, mais pourquoi je le ferais ? Personne ne s’est jamais inquiété de mon foulard. On m’a même dit que ça mettait de la couleur », a-t-elle illustré.

« Et si on m’empêche, à moi aussi, de porter mon foulard, je finirai par enseigner dans une école privée juive. J’aurai moins d’occasions de rencontrer des gens qui sont à l’extérieur de ma communauté, moins de chances de sortir de ma bulle. »

— Caroline Gehr, enseignante à la commission scolaire English-Montréal

À quelques kilomètres de là, place Émilie-Gamelin, une autre manifestation, organisée principalement par des groupes de la communauté musulmane, a attiré quelques milliers de personnes.

Nada Eljundi, étudiante en enseignement à l’UQAM et mère de deux enfants, qui ne porte pas le voile même si elle est musulmane, a assuré qu’elle quitterait le Québec si le projet de loi était adopté tel quel. « Je suis très croyante, je viens d’une famille multiethnique, j’ai des oncles de confession juive, mes grands-parents sont catholiques. Pour mes enfants, une kippa ou un voile, ça ne change rien. Un enseignant enseigne, c’est tout. Les enfants ne voient aucune différence. »

Legault réagit

Réagissant aux manifestations, le premier ministre François Legault a dit qu’il n’est « pas impossible » que des modifications soient encore apportées au projet de loi. « Mais je pense que, sur le fond, il y a une majorité de Québécois qui souhaitent qu’on interdise les signes religieux pour le personnel de l’État qui sont en situation d’autorité. Ça, ça fait consensus », a-t-il dit en marge d’une activité soulignant le 75e anniversaire d’Hydro-Québec.

« Il faut penser aux enfants. Quand on regarde un enfant de 5, 6 ou 7 ans, c’est clair que l’enseignant qui en a la responsabilité est en situation d’autorité », a-t-il ajouté.

Le premier ministre a rappelé que son projet de loi prévoit un « droit acquis » aux enseignants qui portent déjà des signes religieux : « Personne ne va perdre son emploi. Mais on dit, à l’avenir, au Québec, sachez que ceux qui veulent devenir enseignants, pendant la période où vous enseignez, vous ne pouvez pas porter de signes religieux », a-t-il commenté.

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