Politique

Les échos des collines

Chaque samedi, nos correspondants parlementaires de Québec et d’Ottawa nous livrent un coup d’œil décontracté sur l’actualité de la dernière semaine.

Dieu est partout

À moins de sortir  d’une retraite fermée chez les moines, vous savez que le débat sur le port de signes religieux a re-re-repris à l’Assemblée nationale. Et des déclarations étonnantes, il y en a eu au Salon bleu. « Une auto-patrouille, ce n’est pas un lieu de culte », a plaidé la caquiste Nathalie Roy pour justifier l’interdiction du hijab chez les policières. La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, ne savait manifestement plus à quel saint se vouer pour sortir de la controverse. Alors elle s’est tournée vers le plus haut des cieux. La diversité, « c’est ça qui fait la richesse du Québec. Ce n’est certainement pas les politiques poussées par la collègue de Montarville, et Dieu sait qu’on pourrait en parler ! », a-t-elle affirmé. Le premier ministre Philippe Couillard a lui aussi fait appel au divin suprême cette semaine, afin de répliquer aux attaques du chef caquiste François Legault : « Est-ce que c’est ça qu’on veut comme premier ministre au Québec ? Est-ce que c’est ce genre de comportement qu’on veut pour diriger le Québec ? Dieu nous en protège ! » Au cas où on se pose la question : oui, le crucifix est toujours au Salon bleu, mais non, l’Assemblée nationale ne s’est toujours pas prononcée sur les changements apportés au Notre Père.

Et de onze

Ce sont maintenant 11 députés libéraux qui ne se représenteront pas aux élections de l’automne. On parle quand même de 16 % de la députation du Parti libéral du Québec. Cette semaine, c’est Michel Matte qui a annoncé sa décision. Son siège dans Portneuf est menacé par la Coalition avenir Québec. D’autres départs sont attendus au PLQ, dont celui du président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon, et celui du ministre Geoffrey Kelley. Le décompte n’est donc pas terminé.

Pascal Bérubé, pas si absent

Le Parti québécois sera privé de son leader parlementaire, Pascal Bérubé, jusqu’à la fin mai. Il s’est fracturé une cheville en glissant sur une plaque de glace. Il a subi une opération qui nécessite une convalescence de quelques semaines. M. Bérubé suit tout de même les débats à distance. Et il remarque toutes ces petites choses qui se passent dans le feu de l’action au Salon bleu. Ainsi, il a relevé cette semaine sur Twitter des déclarations du leader parlementaire du gouvernement Jean-Marc Fournier, qui ont été faites au moment où son micro était fermé. Comme celui de Philippe Couillard était ouvert à ses côtés, on distingue ses propos. C’est survenu au moment où Jean-François Lisée évoquait une éventuelle arrivée au pouvoir de son parti. « Impossible », a alors lâché M. Fournier au moment où son chef allait prendre la parole. C’est « présomptueux », a commenté M. Bérubé sur Twitter. « Merci pour la motivation que ça nous procure. À suivre. »

La menace ultime 

Jacques Chagnon a eu fort à faire pour maintenir l’ordre à l’Assemblée nationale jeudi dernier. À un point tel qu’il a dû brandir la menace ultime pour les parlementaires, un jeudi matin, soit suspendre la période des questions pour 30 minutes.

Il faut savoir que pour les élus, la fin de cette période de 45 minutes, le jeudi, est le signal de départ pour le retour à la maison, souvent sur les chapeaux de roues. Une suspension des débats, ce « jeudredi », aurait décalé d’autant la libération vers le week-end.

Le président : « S’il vous plaît ! S’il vous plaît ! S’il vous plaît ! »

Le président : « Aïe ! Dites, ça ne va pas ? On se calme. Troisième complémentaire, M. le chef de l’opposition. »

Le président : « S’il vous plaît ! Aïe ! S’il vous plaît ! Est-ce que… Moi, je peux reprendre les travaux dans une demi-heure si ça fait votre affaire !?! »

L’alcool est sexiste

Le député caquiste de Beauce-Nord, André Spénard, a avoué être surpris d’apprendre que « l’alcool est sexiste », selon les dires d’Hubert Sacy, d’Éduc’alcool. De passage à l’Assemblée nationale dans le cadre des auditions publiques sur le projet de loi modernisant la vente d’alcool au Québec, M. Sacy a expliqué : « Biologiquement parlant, une femme peut prendre moins d’alcool qu’un homme pour s’intoxiquer. C’est pas de ma faute, c’est juste parce que c’est le bon Dieu qui a créé ça comme ça. » Or, M. Spénard a questionné l’homme à la tête de l’organisme quand ce dernier s’est montré inquiet que les femmes boivent désormais pratiquement autant que les hommes. « C’est quoi le problème ? Elles ont le droit de boire autant que les hommes ! Faut-il qu’elles boivent moins ? C’est quoi la logique de cette affirmation, […] c’est leur droit le plus fondamental. Si elles veulent boire, qu’elles boivent ! », lui a dit le député, avant que M. Sacy (et Amir Khadir, de Québec solidaire) explique les fondements scientifiques de sa crainte.

Rabrouée, mais pas pour ses paroles

La ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, a provoqué l’ire de la CAQ, mardi. Lors d’un débat avec la députée caquiste Nathalie Roy, elle a accusé son adversaire de « taper sur les minorités » et de privilégier les « familles blanches francophones ». Mais ce n’est pas cette charge d’une rare virulence qui lui a valu les remontrances du président, Jacques Chagnon. C’est plutôt ce qu’elle tenait dans ses mains. Pendant son envolée verbale, la ministre a brandi une vieille publicité de la CAQ sur le port du tchador. Ce geste contrevenait au règlement qui gouverne la procédure parlementaire, lequel stipule qu’un député peut seulement montrer « un tableau didactique afin d’illustrer ses propos ».

Que contiennent les valises de Justin Trudeau ?

Le premier ministre Justin Trudeau a de nouveau fait ses valises cette semaine pour un voyage d’une dizaine de jours à l’étranger qui le conduira au Pérou, en France et en Grande-Bretagne. Les proches collaborateurs de M. Trudeau croisent les doigts pour que ce voyage permette de faire oublier la visite officielle désastreuse du premier ministre en Inde, où sa décision de revêtir des costumes traditionnels jour après jour a fait couler beaucoup d’encre. Mais ce ne sera pas si simple que cela. À preuve, durant une séance d’information organisée par des fonctionnaires afin de discuter des objectifs de ce voyage, un journaliste a demandé, du tac au tac, quels costumes M. Trudeau comptait porter durant son séjour au Pérou… Les fonctionnaires ont préféré ne pas répondre à cette question !

Maxime Bernier et les faux conservateurs

Le député de Beauce, Maxime Bernier, a créé une petite commotion dans les rangs conservateurs cette semaine en diffusant un chapitre de son livre qui sera publié à l'automne. Le chapitre porte essentiellement sur l’abolition de la gestion de l’offre, son cheval de bataille l’an dernier durant la course à la direction du Parti conservateur, remportée par une mince majorité par Andrew Scheer. Une petite phrase de ce chapitre a toutefois retenu l’attention de plusieurs : « Les faux conservateurs » au Québec qui ont acheté une carte de membre et qui ont permis à Andrew Scheer de l’emporter. Le Parti conservateur comptait 16 000 membres l’an dernier. De ce nombre, il n’en reste plus qu’environ 5900. Il appert que Maxime Bernier a appris à ses dépens, cette semaine, que parfois, la vérité peut choquer !

La déclaration de la semaine

« Le projet Trans Mountain a été déclaré dans l’intérêt national. On espère que le gouvernement de la Colombie-Britannique va arrêter de faire obstruction à un projet qui a été déclaré dans l’intérêt national. »

— Le premier ministre Justin Trudeau à Montréal. M. Trudeau répondait ainsi aux questions des journalistes qui l’interrogeaient sur l’avenir du projet d’élargissement du pipeline Trans Mountain, après que la société Kinder Morgan eut annoncé la suspension des dépenses non essentielles liées à ce projet en raison de l’obstruction de la Colombie-Britannique. Kinder Morgan donne aux divers gouvernements jusqu’au 31 mai pour lever toute incertitude liée à ce projet, à défaut de quoi, elle va l’abandonner.

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