Sommet du G7

La police n’appréhende pas de violence entre groupes opposés

Québec — La police de Québec ne s’attend pas à des heurts entre manifestants de gauche et de droite, au début du mois de juin en marge du Sommet du G7, comme il y en a eu en août dernier dans les rues de la capitale.

« Présentement, nous n’anticipons pas de violence entre des groupes opposés », a affirmé hier le directeur du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), Robert Pigeon, lors d’un point de presse.

Le groupe identitaire La Meute a d’ailleurs confirmé en entrevue qu’il n’allait pas manifester en même temps que les altermondialistes lors du Sommet du G7. « On ne sera pas là. On ne s’occupe pas vraiment d’économie internationale, on est plus intéressés par les questions sociales », a expliqué le chef de l’organisation, Sylvain Brouillette.

Le 20 août dernier, des membres de La Meute et des contre-manifestants antiracistes s’étaient affrontés à Québec. Le militant Jaggi Singh avait été arrêté. Des scènes de violence avaient éclaté dans les rues.

Mais cette fois, les policiers s’attendent surtout à voir des manifestants altermondialistes. La Malbaie va accueillir le Sommet, mais la petite ville de Charlevoix sera sous haute surveillance pour l’occasion. La majorité des manifestants se réuniront vraisemblablement dans la capitale.

Le chef de la police de Québec s’est montré relativement rassurant, hier. Robert Pigeon a parlé d’un « risque modéré » de dérapages. Il a invité la population à vaquer à ses occupations habituelles les 7, 8 et 9 juin et a rejeté toute comparaison avec le Sommet des Amériques en 2001.

« Au Sommet des Amériques, les réunions s’étaient passées ici et il y avait eu une polarisation vers le but qui était de faire tomber la clôture, ce qui n’est pas le cas maintenant », a dit M. Pigeon, ajoutant qu’il n’y aurait aucun périmètre de sécurité à Québec cette fois.

Des commerçants inquiets

Mais les mots du chef de la police n’ont pas rassuré les nombreux commerçants et citoyens qui s’étaient déplacés hier soir pour une assemblée publique. Ils étaient près de 400 venus rencontrer des représentants de la police de Québec, de la Sûreté du Québec (SQ), de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et des organisateurs du Sommet.

« Vous nous imposez un événement qui pourrait nous donner pas mal de business dans notre commerce, mais aussi nous faire perdre pas mal d’argent, et je pense que vous devriez prendre vos responsabilités. »

— Un commerçant présent à l’assemblée

Comme plusieurs autres, Sébastien, propriétaire d’un commerce dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, s’est désolé de la politique de dédommagement mise en place par le Bureau de gestion des sommets.

L’organisme fédéral a expliqué que les commerçants seront dédommagés pour des revenus perdus uniquement si la police de Québec décide de fermer l’artère dans laquelle ils ont pignon sur rue. Mais le SPVQ a affirmé hier qu’il ne prévoyait pour l’instant aucune fermeture de rue.

« Donc si on ouvre, on risque de se faire saccager, voler, et de devoir dealer avec les assurances après. Je trouve que c’est de jouer avec le feu, a lancé Sébastien. Je vais probablement dormir dans mon commerce pendant trois nuits. »

Plusieurs questions sont restées sans réponse. André Turcotte, responsable du soutien aux opérations pour le SPVQ, a par exemple expliqué que les policiers n’avaient aucune idée du nombre de manifestants attendus en juin.

Chose certaine, il y aura entre 8000 et 9000 policiers et militaires en poste à Québec.

Le souvenir de 2001

L’assemblée publique d’hier a montré à quel point le souvenir du Sommet des Amériques était encore frais à la mémoire des citoyens. « Les résidants du quartier Saint-Jean-Baptiste, le Sommet des Amériques, on est assez vieux pour s’en rappeler, mais on n’est pas assez vieux pour l’avoir oublié ! » a lancé un citoyen.

Un autre a raconté comment, en avril 2001, il avait dû convaincre des manifestants de ne pas mettre le feu à une voiture de police juste devant chez lui. « Sinon, c’est ma maison qui y passait. »

Un autre a reproché à des agents du SPVQ d’avoir tiré une bombe lacrymogène sur son toit, où il était avec trois amis. « Ça aurait pas pris grand-chose pour que quelqu’un tombe de quatre étages. Le toit a commencé à brûler. »

La députée de Taschereau, Agnès Maltais, a quant à elle accusé la GRC d’avoir utilisé quatre fois plus de gaz lacrymogène que la SQ et le SPVQ lors du Sommet des Amériques, selon un rapport publié à la suite des événements.

« Nous ne sommes pas dans le Sommet des Amériques, ce n’est pas comparable. Il n’y aura pas de zone fermée et nous invitons la population à se comporter comme d’habitude », a dit le chef de la police Robert Pigeon.

« On parle de manifestations, là, on n’est pas en état de guerre. On ne sera pas dans un chaos total, a lancé à l’assemblée publique le responsable du soutien aux opérations pour le SPVQ, André Turcotte. Si on est en mesure d’intervenir, on ne laissera pas les gens saccager les résidences. »

Sommet du G7

La prison de Roberval se prépare

La prison de Roberval se prépare à la tenue du G7 dans Charlevoix : les officiers de justice ont reçu la directive de libérer des places au centre de détention pendant le mois de juin. La demande vise particulièrement la semaine de l’événement qui débute le 8 juin. Lorsqu’il est possible de le faire, les juges doivent adapter leur peine en fonction de cette directive. C’est ce qui est arrivé au palais de justice d’Alma, hier, dans le cas d’une dame qui devait purger une peine de manière discontinue. Ses deux jours de détention dans la semaine du G7 ont été reportés à la fin du mois pour laisser plus de place à Roberval. La prison régionale compte un peu moins de 200 places. Des places à la prison d’Orsainville seront aussi libérées. Des détenus seront déplacés vers d’autres centres de détention, ont confirmé les représentants du ministère de la Sécurité publique. Par ailleurs, certaines journées en juin ont été réservées dans les palais de justice du Saguenay–Lac-Saint-Jean pour faire face à des arrestations massives.

Le Quotidien

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