TIFF

Le jour J pour Xavier Dolan

En vue de cet entretien, La Presse a pu voir The Death and Life of John F. Donovan, mais l’embargo critique sera levé seulement ce soir. En attendant, voici le compte rendu d’une entrevue au cours de laquelle le cinéaste, qui affirme ne pas avoir d’attentes, s’est révélé plutôt introspectif.

Toronto — Son esprit est ailleurs. Complètement. Xavier Dolan a pris une pause du tournage de son huitième long métrage, Matthias et Maxime, pour venir à Toronto afin d’accompagner la présentation de son septième film. The Death and Life of John F. Donovan, son premier long métrage anglophone, arrive dans la Ville Reine avec un chariot plein de rumeurs qui circulent depuis plus d’un an – depuis, en fait, qu’il avait été annoncé que le film serait lancé dans l’un des grands festivals d’automne de l’an dernier. Or, on le sait, le montage et la postproduction ont pris beaucoup plus de temps que prévu, prêtant ainsi flanc à toutes les hypothèses.

« Bien sûr, c’est difficile de me remettre dans l’esprit de Donovan alors que je suis déjà ailleurs, a-t-il confié hier au cours d’un entretien accordé à La Presse. Mais je suis heureux de retrouver les acteurs et de voir comment ils perçoivent le film. On est dans la finalité de quelque chose, mais je trouve toujours plus excitante la créativité qu’on met dans un nouveau projet. »

« Je me sens ailleurs artistiquement, émotivement, et même humainement. »

— Xavier Dolan

Quand on lui demande pourquoi il a fallu autant de mois supplémentaires pour arriver à la version qui sera mise au monde aujourd’hui, le cinéaste répond qu’il valait mieux y mettre le temps qu’il fallait, d’autant que le tournage s’est étalé sur une année. « Cela dit, précise-t-il, ça a été une erreur de penser qu’il serait prêt pour le mois de septembre l’an dernier et de l’annoncer. Ça a forcément créé des attentes. »

Une première... au canada

Xavier Dolan a toujours lancé ses films au Festival de Cannes (à une exception près : Tom à la ferme a été sélectionné à la Mostra de Venise), mais il se retrouve à vivre aujourd’hui, pour la première fois, une première mondiale à Toronto. Depuis son arrivée dans la métropole canadienne, le cinéaste se prête au jeu promotionnel et rencontre les journalistes dans les suites occupées par eOne Canada, au 18e étage de l’Hôtel Intercontinental, en alignant les entretiens individuels ou en groupe. L’envoyé spécial de La Presse a eu droit à une entrevue seul à seul de 20 minutes, ce qui, dans les circonstances, constitue un véritable luxe. Aujourd’hui, le jeu promotionnel se poursuivra et la journée prendra fin avec le rituel du tapis rouge. Anticipe-t-il la réaction du public qui assistera à la projection au Winter Garden Theatre ?

« Pas spécialement, dit-il. Je ne peux pas dire que l’exercice a été une expérience très gratifiante au cours des 24 dernières heures. Les échanges que j’ai eus avec les journalistes et avec les gens ne m’ont pas vraiment inspiré quant à la réaction potentielle du public. Les gens me font sentir… [il hésite, pèse ses mots]. Je suis un être humain et ce que je fais dans la vie, c’est écrire des histoires sur des personnages et sur des êtres humains. Je sais lire l’énergie des gens et ce qu’ils dégagent. Je ressens l’énergie qui anime les personnes qui ont vu le film.

« J’ai envie de te dire, poursuit-il, que je suis arrivé à Toronto avec l’excitation de retrouver l’équipe et de partager le film, enfin, mais je n’ai aucune attente. Avec le temps, j’ai appris à ne pas en avoir, et pas seulement avec Donovan. »

« J’ai vécu de grandes déceptions dans le passé en pensant que les gens allaient accueillir un film de façon très positive. J’ai été très déçu, très heurté. Donc, je n’ai pas d’attentes. »

— Xavier Dolan

« Je me demande vers quoi on s’en va, là, ajoute-t-il, pensif, après un silence. J’avoue que je crois au pouvoir du film de plaire et de divertir, et je ne suis pas très inquiet de la réaction des gens dans la salle. Mais euh… c’est ça. »

Jamais aussi heureux

Xavier Dolan confie ne jamais avoir été aussi heureux et inspiré que sur le tournage de Matthias et Maxime, le film qu’il tourne présentement, et dans lequel il tient le rôle de Maxime (Matthias est campé par Gabriel D’Almeida Freitas). Mais, selon lui, il ne faudrait pas voir dans ce film, fait entre amis au Québec, une réponse à l’aventure Donovan.

« Honnêtement, c’est en jouant dans Boy Erased que l’idée de Matthias et Maxime a surgi, et j’ai écrit le scénario très rapidement. J’ai aussi vu Call Me By Your Name, God’s Own Country, Beach Rats, et ces films m’ont vraiment inspiré à écrire quelque chose de plus collé à moi, une histoire d’amour, en fait. Mais cette envie est due davantage aux films que j’ai vus plutôt qu’à une réaction envers quelque chose. Les gens pensent que j’ai ressenti le besoin de retourner à la maison, mais j’aurais aussi bien pu aller retrouver des acteurs que j’aime ailleurs. »

Un clin d’œil de It

Et puis, l’acteur qu’est Xavier Dolan ira à la fin du mois tourner sa partition dans It : Chapter Two, la suite du film qu’il avait déclaré être « le meilleur du XXIe siècle ».

« Je n’exagère jamais !, lance-t-il en souriant. Non, mais sans rien enlever à mon enthousiasme de l’an dernier, c’est vrai que j’ai été complètement transporté par ce film. Je tournerai pendant cinq nuits consécutives et je suis très touché du clin d’œil qu’on m’a fait en m’invitant à jouer dans la suite. »

Pour l’heure, la naissance de The Death and Life of John F. Donovan, qui n’a toujours pas de distributeur américain ni de date de sortie chez nous, a lieu aujourd’hui au TIFF. Xavier Dolan sera accompagné d’une bonne partie de son imposante distribution, notamment Kit Harington, Natalie Portman, Jacob Tremblay, Susan Sarandon, Ben Schnetzer, Thandie Newton, Sarah Gadon et Emily Hampshire. Quel genre de vie ce film peut-il espérer ? Pour l’instant, c’est un mystère.

Cinéma

Nouvelles du TIFF

Lady Gaga en appelle à la conscientisation

Lady Gaga, vedette de A Star is Born, en a appelé hier à une plus grande conscientisation à propos des problèmes de dépendance et de santé mentale. « Ce serait formidable si on pouvait intervenir tôt dans la vie de ceux qui éprouvent des difficultés, et pas seulement les artistes, a-t-elle déclaré en conférence de presse. La célébrité n’est pas naturelle du tout. Les gens pensent qu’on change quand elle nous arrive, mais en vérité, ce n’est pas nous qui changeons, ce sont les gens tout autour. » De son côté, Bradley Cooper, qui signe la réalisation en plus de donner la réplique à l’actrice, a rappelé que la complicité entre les deux s’était établie si rapidement qu’ils s’étaient mis à chanter ensemble à peine 10 minutes après leur première rencontre. « C’est une chose de chanter dans la douche, mais c’en est une autre de le faire devant 20 000 personnes ! », a-t-il aussi déclaré. A Star is Born prendra l’affiche le 5 octobre. — Marc-André Lussier, La Presse

Kit Harington, surpris mais compréhensif

Rencontré hier lors d’une rencontre de presse organisée en marge de la présentation de The Death and Life of John F. Donovan, Kit Harington a été surpris le jour où il a appris que le personnage incarné par Jessica Chastain avait été supprimé, mais il comprenait la décision de Xavier Dolan. « C’était surprenant parce que nous avons tourné beaucoup de scènes ensemble. Cela dit, j’ai compris la décision. Le film est devenu différent, et cette section ne cadrait plus dans le reste. En fait, on pourrait prendre des parties qui ont été tournées et en faire carrément un autre film. Xavier est un cinéaste exigeant et obsessif, et il a une vision unique. Laurence Anyways reste l’un de mes films favoris de tous les temps ! »

— Marc-André Lussier, La Presse

Reconnaissance du territoire autochtone

Cette année, chaque séance officielle commence avec une déclaration formelle, livrée habituellement par l’un des programmateurs du TIFF, dans laquelle on reconnaît l’histoire autochtone de la ville de Toronto. « Pour commencer, nous aimerions reconnaître les Mississaugas of New Credit, les Haudenosaunee et les Hurons-Wendat, les gardiens originaux de cette terre qui nous accueille aujourd’hui, et qui accueillent le TIFF sur leur terre tous les jours. » Certaines voix se sont élevées contre cette formulation qui laisse entendre que le centre-ville de Toronto serait toujours un territoire autochtone, mais la direction du TIFF estime que cette reconnaissance historique est importante, et qu’elle évoque aussi la contribution culturelle d’une communauté très vibrante.

— Marc-André Lussier, La Presse, d’après La Presse canadienne

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.