Coude à coude dans 14 circonscriptions

Une course plus serrée qu’il n’y paraît

Québec — Ils peuvent mesurer le poids des allophones, ils savent évaluer le nombre de milléniaux et ont une bonne idée du revenu des électeurs. Les modèles de prévision des résultats électoraux ont atteint un degré étonnant de précision.

Un facteur, toutefois, échappe à leur analyse : l’impact de l’organisation des partis sur le terrain. Et dans bien des cas, celle-ci pourrait faire la différence le jour du scrutin.

Les avis divergent toutefois sur l’importance de l’organisation. En 2007, l’Action démocratique du Québec de Mario Dumont avait fait élire 40 députés tout en étant pratiquement absente sur le terrain. Depuis des années, à l’ère des réseaux sociaux, le militantisme est en recul. Les partis ne peuvent plus faire de ralliements d’importance, mobiliser leurs troupes, hormis peut-être le Parti québécois (PQ).

Les modèles informatiques de Qc125 et de Too Close to Call viennent de faire basculer la Coalition avenir Québec (CAQ) en territoire minoritaire, à 62 sièges. Les deux s’alimentent aux sondages publiés jusqu’ici, dont une bonne part des enquêtes quotidiennes de Mainstreet Reseach. Depuis des semaines, les sondages montrent que la CAQ caracole en tête, en territoire majoritaire. Mais un examen plus serré des luttes locales montrerait que la course est peut-être plus serrée qu’il n’y paraît.

Des écarts mineurs 

Dans pas moins de 14 circonscriptions, l’écart entre les deux partis qui mènent la course est de moins de 2 points, une différence qui peut être annulée par une organisation bien rodée – au bureau de vote par anticipation et le jour du scrutin. Pour Philippe Fournier, de Qc125, le meneur dans ces circonscriptions n’a que 60 % des chances de l’emporter. On peut parler « d’égalité statistique ». Dans ces 14 circonscriptions, on peut dire que c’est « trop serré pour prévoir », résume le spécialiste dont les résultats sont publiés par L’actualité.

Il voit quand même un net avantage à la CAQ dans 4 de ces 14 luttes. Actuellement, François Legault est certain de l’emporter dans 34 circonscriptions, tandis que Philippe Couillard n’a une telle assurance que dans 25 circonscriptions. Le PQ n’a qu’une circonscription sûre, Matane, estime M. Fournier.

Même à l’interne à la CAQ, on évalue que dans 14 circonscriptions, l’écart entre les deux meneurs est à 3 points ou moins.

Pour Bryan Breguet, le spécialiste de Too Close To Call, à cinq points de différence, on voit une course serrée, et à deux points, on peut parler d’une égalité statistique. Dans l’ensemble, le prévisionniste estime que « c’est plus serré que depuis le début de la campagne ». Un bémol, toutefois : on s’appuie beaucoup sur la lecture faite par Mainstreet, qui voit une tendance à la baisse de la CAQ en région, tandis que le PQ monte, lentement, chez les francophones. « On est à un point où la majorité de François Legault est très loin d’être assurée », résume M. Breguet.

14 circonscriptions concernées

Dans Pointe-aux-Trembles actuellement, le PQ et la CAQ sont à égalité, moins d’un demi-point séparent le péquiste Jean-Martin Aussant et la caquiste Chantal Rouleau, selon Qc125. Too Close To Call voit aussi une situation serrée, avec un peu plus de deux points d’avance pour la caquiste.

C’est le même topo dans Rosemont, où l’avance du chef péquiste Jean-François Lisée est de moins d’un point sur son adversaire solidaire Vincent Marissal, selon Qc125. Pour Too Close To Call, l’avance de Lisée serait cependant de huit points.

Dans Laurier-Dorion (nord de Montréal), le candidat libéral a une avance de moins de un point de pourcentage sur son adversaire solidaire. Too Close To Call voit une avance de cinq points pour QS sur le PLQ.

Dans Labelle (Laurentides), une circonscription traditionnellement péquiste, le député Sylvain Pagé n’a qu’une avance de 0,3 point de pourcentage sur son adversaire caquiste. La CAQ l’emportait plus clairement la semaine dernière. Mais dans Labelle, l’histoire récente permet de prévoir que le PQ est mieux organisé. Cette avance péquiste monte à deux points si on regarde les prévisions de Too Close To Call.

Huntingdon a déjà élu un adéquiste en 2007, un avantage pour la CAQ. Pour l’heure, on ne peut rien dire du résultat du 1er octobre, car les candidats libéral et caquiste ont tous deux 36 % des votes présumés. Too Close To Call voit aussi une quasi-égalité avec seulement 0,3 point de pourcentage en faveur de la CAQ.

Dans Taschereau, dernière circonscription péquiste de la région de Québec, la course risque de se terminer dans un mouchoir de poche. Québec solidaire et sa candidate Catherine Dorion sont en avance de deux points sur le candidat libéral, Florent Tanlet, selon Qc125. Pour Too Close To Call, c’est le PQ qui, dans l’ancien bastion d’Agnès Maltais, a une mince avance d’un demi-point sur la CAQ.

Tout est encore jouable en Estrie

François Legault était en Estrie dimanche, Philippe Couillard le suivait hier. La raison est simple : dans la majorité des circonscriptions, les deux partis sont littéralement à égalité. Particulier à l’Estrie, le vote non francophone – si ces électeurs tournaient le dos au PLQ, on assisterait à un balayage de la CAQ. Sinon, rien n’est joué.

Dans Mégantic, par exemple, une circonscription libérale où on trouve 10 % d’anglophones, la CAQ est en avance, mais par un point seulement. L’autre prévisionniste voit une avance plus mince encore. La circonscription a déjà été péquiste en 2012.

Dans Orford, les candidats libéral et caquiste sont ex æquo, un constat approuvé par l’autre prévisionniste, qui voit un écart de 0,2 point de pourcentage pour la CAQ. Orford était carrément libéral il y a quatre ans.

Dans Richmond, circonscription traditionnellement libérale, la CAQ est en avance, mais par 1,2 point seulement. Too Close To Call voit une avance de moins de un point pour les libéraux sur la CAQ. Il faudra voir si l’organisation était celle du PLQ ou de la famille Vallières – Yvon et sa fille Karine y ont été élus pendant 30 ans.

Dans Saint-François, autre circonscription « pivot », la CAQ est en avance par 0,5 %. L’autre prévisionniste voit plutôt les libéraux en avance de deux points.

Dans les Îles-de-la-Madeleine, circonscription libérale depuis 2003, le candidat de Philippe Couillard est en avance de 2 points seulement sur son adversaire péquiste. Très difficile de prévoir le résultat dans cette circonscription de 10 000 habitants où le taux de participation est historiquement faible. Selon Too Close To Call, le libéral mène par sept points sur le péquiste.

Dubuc, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, est aussi une circonscription libérale où le PLQ et la CAQ sont ex aequo, avec moins d’un dixième de point d’écart dans les deux simulations.

Dans Lac-Saint-Jean, la CAQ est en avance, mais avec moins d’un demi-point d’écart dans une circonscription traditionnellement péquiste. Le départ d’Alexandre Cloutier aura fait mal au PQ. Too Close To Call voit, lui, trois points d’avance pour le PQ.

Dans Abitibi-Est, une circonscription libérale, encore une fois libéraux et caquistes sont à égalité, selon les deux prévisionnistes. En région, on explique que le candidat libéral, originaire d’Amos, n’a pas l’appui du maire de Val-d’Or, l’ancien ministre libéral Pierre Corbeil.

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