Soudan

L'étudiante devenue icône de la contestation  

Hier, pour la cinquième journée consécutive, une foule déterminée de Soudanais a continué de défier le président Omar el-Béchir à Khartoum. Parmi eux, Alaa Salah, une étudiante dont la présence remarquée ces derniers jours rappelle le rôle important des femmes dans la politique de ce pays.

Khartoum — Une jeune Soudanaise, debout sur une voiture, haranguant la foule devant le quartier général de l’armée : les images ont fait le tour des réseaux sociaux, permettant à l’intéressée de réaffirmer le rôle clé des femmes dans la contestation antigouvernementale au Soudan.

« Les femmes soudanaises ont toujours participé aux révolutions dans ce pays », explique Alaa Salah à l’AFP, après qu’une vidéo d’elle chantant et appelant à lutter contre le pouvoir du président Omar el-Béchir, devant le siège de l’armée à Khartoum, est devenue virale sur l’internet.

Vêtue et voilée de blanc, ses boucles d’oreilles dorées reflétant les lumières de la marée de téléphones intelligents autour d’elle, Alaa Salah est devenue en quelques jours sur les réseaux sociaux l’une des icônes de la contestation au Soudan.

Sa silhouette et sa tenue lui ont valu d’être surnommée « Kandaka », ou « la reine nubienne », en référence aux souveraines ayant marqué l’histoire de la région dans l’Antiquité.

Selon cette étudiante en architecture et ingénierie à l’Université internationale du Soudan à Khartoum, l’histoire de son pays est marquée par celle de reines influentes. « Cela fait partie de notre héritage », dit-elle.

Effet Twitter

Depuis le début de la contestation en décembre, déclenchée par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain dans un pays en plein marasme économique, les organisateurs du mouvement utilisent les réseaux sociaux pour inciter la population à sortir dans la rue.

La récente notoriété d’Alaa Salah l’a poussée à créer son compte Twitter sur lequel elle a écrit être « montée sur la voiture pour parler au peuple, condamner le racisme et le tribalisme sous toutes leurs formes ».

« Je voulais parler au nom de la jeunesse », précise-t-elle dans un tweet.

« Je vous remercie du fond du cœur. Le combat pour un Soudan démocratique et prospère continue. Nous ne plierons pas devant Béchir, le dictateur tyran », écrit-elle encore dans un message largement partagé.

Sur l’internet, beaucoup la qualifient d’« héroïne » ou d’icône. « Cette image du Soudan figurera dans les livres d’histoire », écrit un internaute.

« Un changement de gouvernement ou de président ne peut se faire par WhatsApp ou Facebook », avait argué Omar el-Béchir fin janvier.

« Défendre toute la communauté »

Bravant les tirs de gaz lacrymogènes, les Soudanaises manifestent depuis le début de la contestation et étaient présentes en nombre, hier, pour le cinquième jour consécutif de rassemblements devant le QG de l’armée.

Les manifestants demandent à l’armée de les soutenir dans leur opposition au président Béchir, qui dirige le pays d’une main de fer depuis 30 ans.

« Les femmes participent massivement à de tels mouvements, pas seulement pour se battre pour leurs droits, mais pour défendre ceux de toute la communauté […]. Il n’y a pas de différence entre les deux », selon Mme Salah.

« Les femmes du Soudan ont toujours encouragé la jeunesse à se battre », dit-elle.

C’est donc tout naturellement qu’elle a rejoint les manifestants dès le début du mouvement. « Je suis très fière de participer à cette révolution et j’espère que nous atteindrons notre but », affirme-t-elle.

Un rassemblement pro-gouvernement annulé

Réunis dans la capitale devant le quartier général de l’armée depuis samedi, des milliers de Soudanais demandent inlassablement la démission du président au pouvoir depuis trois décennies. Ils ont essuyé à plusieurs reprises les assauts du puissant service de renseignement NISS, qui a tenté en vain de les disperser à coups de gaz lacrymogènes, selon les organisateurs des manifestations. Signe que le président Omar el-Béchir n’est pas prêt à céder à la pression de la rue, le parti du Congrès national (NCP) au pouvoir a appelé l’ensemble de ses membres à un rassemblement de soutien au chef de l’État aujourd’hui à Khartoum. Mais hier soir, ce rassemblement a été reporté à une date non précisée. Le nouveau bilan communiqué hier par le porte-parole du gouvernement porte à 43 le nombre de personnes tuées depuis le début du mouvement en décembre, selon les autorités. Des ONG l’estiment plus élevé et avaient évoqué 51 manifestants tués avant le regain de la mobilisation samedi.

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