Box-office nord-américain

Comme des bêtes 2 devance les X-Men

Comme des bêtes 2 (The Secret Life of Pets 2), nouveau film d’animation d’Universal, a pris la tête du box-office nord-américain, selon les estimations publiées hier par la société spécialisée Exhibitor Relations. Pour son week-end de lancement, la suite de Comme des bêtes (2016) a récolté 47 millions de dollars entre vendredi et hier aux États-Unis et au Canada. Le film d’animation devance le nouvel opus des mutants de Marvel, X-Men: Dark Phoenix. Le film de la Fox, plombé par de mauvaises critiques, a récolté 33 millions de dollars, un chiffre très décevant pour son premier week-end d’exploitation. Le podium est complété par Aladdin de Disney, avec Will Smith, qui pour sa troisième semaine a engrangé 24,5 millions de dollars. — Agence France-Presse

Rémi Bezançon / Le mystère Henri Pick

Au service d’un génie nommé Luchini

Rémi Bezançon n’avait encore jamais eu l’occasion de travailler avec Fabrice Luchini. En adaptant librement le roman de David Foenkinos, le réalisateur du Premier jour du reste de ta vie a écrit un film sur mesure pour un acteur dont la rencontre a été déterminante. Entretien.

Quand David Foenkinos a publié son roman Le mystère Henri Pick, il y a trois ans, Rémi Bezançon s’est inquiété du silence de son ami. Depuis assez longtemps, l’auteur de La délicatesse avait l’habitude de lui faire parvenir tout ce qu’il écrivait, au cas où le cinéaste pourrait y voir un projet de film. Mais là, non.

« Nous sommes amis depuis le jour où nous nous sommes rencontrés en vue d’un projet d’adaptation de Nos séparations, un autre roman de David, nous a expliqué le cinéaste lors d’un récent passage à Montréal. Je n’avais finalement pas pu le faire parce que je travaillais déjà sur Un heureux événement à l’époque, mais nous sommes restés en contact parce que nous nous aimons bien. »

Faute de nouvelles de l’écrivain au moment de la publication du Mystère Henri Pick, Rémi Bezançon s’est demandé ce qui se passait. « Il m’a alors dit être persuadé que son roman n’était pas adaptable, contrairement aux autres. Je suis allé l’acheter, je l’ai lu, je l’ai aussi fait lire à Vanessa Portal, qui cosigne mes scénarios depuis quelques années, et, au contraire, nous avons trouvé que cette histoire pouvait vraiment faire un bon film. »

Une forme d’enquête

Les scénaristes se sont particulièrement intéressés à un personnage qui arrive seulement à la moitié du roman : le critique littéraire Jean-Michel Rouche (Fabrice Luchini). C’est lui qui mènera l’enquête visant à refaire l’histoire d’un roman à succès écrit par un parfait inconnu, dont le livre a été trouvé dans une librairie bretonne consacrée aux manuscrits refusés par toutes les maisons d’édition. Le fameux Henri Pick, mort deux ans plus tôt, a-t-il vraiment écrit ce roman lui-même ? Pour le savoir, Rouche devra d’abord s’en enquérir auprès de Joséphine (Camille Cottin), la fille de l’auteur.

« Il y avait longtemps que je voulais travailler avec Fabrice Luchini, fait remarquer Rémi Bezançon. Dès la lecture du bouquin, il m’a paru évident qu’aucun autre comédien ne pourrait tenir ce rôle. Je n’écris jamais en fonction de quelqu’un, d’abord par crainte d’être déçu, mais aussi pour ne pas être influencé sur le plan des dialogues. »

« Dans ce cas-ci, la présence de Fabrice était si forte dans mon esprit que j’ai écrit le film sur mesure pour lui. S’il avait refusé, j’aurais abandonné le projet, car, bien franchement, je ne voyais pas qui d’autre aurait pu jouer ce personnage. »

— Rémi Bezançon

Amateur de littérature, Rémi Bezançon est souvent allé voir Fabrice Luchini sur scène, pour le plaisir d’écouter l’acteur livrer la parole de grands auteurs. Le cinéaste estime que cet acteur « de génie » occupe une place unique en France.

« Je vous donne un exemple de ce qui s’est passé sur le tournage, lance le cinéaste. Dans le scénario, il y a une scène où Rouche lit la lettre d’Henri Pick à sa fille, Joséphine, qui, à son tour, fait un commentaire en disant : “On dirait un peu du Duras.” Et il lui répond : “Un peu, oui.” Dans le script, tout s’arrêtait là. Or, Fabrice s’est mis à improviser. Il a continué en expliquant ce que Duras aurait plutôt écrit, et c’était tout simplement génial. Pour faire ça, il faut connaître Marguerite Duras, sa façon d’écrire, sa façon de parler. Il faut connaître les auteurs et la littérature. Vraiment, c’était fabuleux. »

Jamais avant midi !

Intimidant, quand même, ce monstre sacré ? Pas le moins du monde, réplique le réalisateur. De la même manière qu’il a écrit son film pour lui, Rémi Bezançon a aussi préparé pour Fabrice Luchini un plateau « sur mesure ».

« Je me suis d’abord beaucoup renseigné auprès de cinéastes qui ont souvent travaillé avec lui, Philippe Le Guay et François Ozon notamment. Ils m’ont donné de petites astuces, comme de ne jamais faire travailler Fabrice avant midi. En fait, je pars du principe que si un comédien se sent bien sur un plateau, il va tout donner. Et puis, Luchini est un mec qui bosse beaucoup. Il reste très concentré, et cette partie de sa personnalité n’a rien à voir avec celle qu’il affiche sur les plateaux de télé. »

« J’en suis à mon sixième long métrage et je n’avais encore jamais rencontré d’acteur français qui travaille aussi fort. Il est très exigeant, envers les autres, bien sûr, mais surtout envers lui-même. »

— Rémi Bezançon

L’acteur a d’ailleurs eu son mot à dire quant au choix de l’actrice qui allait incarner Joséphine, la fille d’Henri Pick. Sans hésitation, il a suggéré Camille Cottin, avec qui il venait de tourner un épisode de la série Dix pour cent (Appelez mon agent). Il ne pouvait mieux tomber. L’actrice faisait partie de la distribution de Nos futurs, le film précédent du cinéaste.

« J’ai trouvé l’idée géniale, dit-il. J’ai ajusté le scénario un petit peu parce que Camille est plus jeune que ne l’était son personnage au départ, mais il y avait là une évidence. J’ai senti tout de suite qu’elle pouvait former avec Fabrice un bon couple de cinéma, d’autant que je voulais sortir du moule habituel et faire plutôt écho à une véritable amitié qui s’installe entre eux, sans qu’intervienne un sentiment amoureux. »

L’envie de lire

Le cadre dans lequel se déroule Le mystère Henri Pick est celui du monde littéraire. Aux yeux du cinéaste, ce choix n’est pas innocent non plus.

« Chez nous, la littérature occupe toujours une place importante dans notre imaginaire collectif. Quand Rouche dit que la France compte plus d’écrivains que de lecteurs, il y a là un fond de vérité. Notre pays est très littéraire et compte encore beaucoup de librairies indépendantes. Et pas qu’à Paris. On trouve dans ces librairies des œuvres qu’on ne peut trouver sur les plateformes, et de formidables conseillers. On a de la chance. Le plus beau compliment qu’on puisse me faire à propos de ce film, en fait, est qu’il donne envie de lire. »

La collaboration entre Fabrice Luchini et Rémi Bezançon a en tout cas été assez féconde pour que les deux hommes aient envie de travailler de nouveau ensemble. Le cinéaste écrit actuellement pour l’acteur un scénario inspiré d’un film argentin, mais il ne souhaite pas en dire plus pour le moment. À suivre…

Le mystère Henri Pick prend l’affiche le 14 juin.

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