Blackhawks-Canadien

Ça se corse

Avec 48 arrêts, Corey Crawford a permis aux Blackhawks de blanchir les hommes de Claude Julien. Résultat : des points vitaux pour une place en série échappent à nouveau au Tricolore.

Analyse

Quand les meilleurs ne sont pas les meilleurs

Quand vous parcourrez notre dossier sur le match d’hier, vous noterez que Nate Thompson a reçu la mention « En hausse ». Une mention bien méritée. Mais Nate Thompson est le centre du quatrième trio.

Claude Julien s’est fait questionner sur la présence d’Artturi Lehkonen en fin de match, alors que le Canadien attaquait à six patineurs. Il a défendu avec passion le numéro 62, qui a été victime du plus beau des 48 arrêts que Corey Crawford a exécutés hier. Lehkonen n’a pas démérité hier. Mais on parle ici d’un ailier confiné aux deux derniers trios.

Un autre qui a fait parler de lui après la rencontre : Jordan Weal, qui a joué 19 minutes hier. Pour vous assurer que ce n’est pas une coquille, voici en lettres : dix-neuf minutes. Weal, rappelons-le, a été acquis au coût d’un joueur de la Ligue américaine il y a un mois.

C’est un peu tout ça qui explique le rude passage que traverse le Canadien actuellement. Des joueurs marginaux se signalent, réussissent de beaux jeux, passent bien près de marquer. Mais ceux qui sont censés être les meilleurs, eux, ne le sont pas. Ça se traduit donc par des défaites comme celle d’hier où, malgré des efforts louables, le Tricolore se fait battre 2-0 par les Blackhawks de Chicago.

Allons-y par position. À l’avant, les deux talents les plus purs (à l’exception d’un Jesperi Kotkaniemi qui est peu à peu rattrapé par la vie) sont Max Domi et Jonathan Drouin. 

Domi est au ralenti depuis sa soirée faste de cinq points contre Detroit. Il n’a que trois points à ses huit dernières sorties, dont un but dans un filet désert. Il ne transporte plus son équipe comme il le faisait auparavant.

Drouin ? Blanchi hier pour la 15e fois en 16 sorties. Encore des pertes de rondelle au mauvais moment. Quand un joueur de son talent n’est employé qu’une quinzaine de minutes dans un contexte aussi crucial que le match d’hier, ça en dit long sur l’évaluation qu’en font les entraîneurs. Drouin a aussi refusé de rencontre les médias après la rencontre, tout comme Andrew Shaw.

Par son titre de capitaine, par son expérience, par sa prestance, Shea Weber est le pilier de l’unité défensive. Hier, il a de nouveau livré une prestation qui incite les observateurs à se demander s’il est en pleine forme. Après le match, on lui a demandé s’il jouait blessé. Réponse : « Non. » Il a répondu avant même la fin de la question, tel un participant zélé à Génies en herbe.

Reste Carey Price, qui, lui, fait son gros possible. Mais quand l’adversaire réalise de beaux « tic-tac-toes » comme celui qui a mené au but d’assurance de Brendan Perlini, il n’y a pas grand-chose qu’un gardien puisse faire. Et hier, même s’il n’a pas été mauvais, Price avait face à lui un gardien en état de grâce, qui a gagné le duel.

Price, donnons-lui le mérite qui lui revient, s’est présenté dans le vestiaire après le match et a tenté du mieux qu’il le pouvait de calmer la tempête, après une quatrième défaite en cinq matchs du CH.

« C’est le moment de jouer avec l’énergie du désespoir. Il faut garder une attitude positive. Le négativisme ne nous aidera pas. On ne peut pas se morfondre. C’est facile de se lever [ce matin], de se reposer, de revenir au travail [demain] et de continuer à pousser », a expliqué le numéro 31, qu’on a déjà vu bien moins loquace dans des situations tendues.

Le temps presse

Quand la sirène finale s’est fait entendre hier, Jeff Petry a montré un rare signe de frustration, y allant d’un coup de bâton bien senti sur la rondelle.

« Les défaites sont toutes aussi frustrantes les unes que les autres à ce stade-ci. On est bien conscients de notre situation. On doit puiser dans nos ressources et trouver une façon de nous en sortir », a commenté Petry après la rencontre.

Pendant ce temps, les Hurricanes gagnent, les Blue Jackets obtiennent un point dans la défaite. Le Canadien recule à trois points d’une place en séries, avec dix petits matchs à jouer et des tendances récentes qui ne pointent pas du tout dans la bonne direction.

Les piliers mentionnés plus haut n’ont d’autre choix que de se lever, car ce ne sont pas Lehkonen, Thompson et Weal qui vont permettre à cette équipe de se qualifier pour les séries. Mais même s’ils se lèvent, le temps commence à manquer.

Ils ont dit

« Le moment de jouer avec l’énergie du désespoir »

« On a très bien joué. On a fourni un excellent effort. Corey Crawford a très bien joué […]. C’est le moment de jouer avec l’énergie du désespoir. Il faut garder une attitude positive. Le négativisme ne nous aidera pas. On ne peut pas se morfondre. C’est facile de se lever [ce matin], de se reposer, de revenir au travail [demain] et de continuer à pousser. »

— Carey Price

« On a eu 50 tirs au but [en fait, 48]. Je ne sais pas à quel point le sentiment d’urgence peut être plus visible. On a tout essayé contre Corey Crawford. On a fourni un bien meilleur effort qu’à Long Island. C’est parfois dur à expliquer. » 

— Jordan Weal

« Nous n’avons pas été capables de concrétiser nos chances de marquer. Nous étions bien préparés, mais nous devons être meilleurs que ça. Ce qui nous manque, c’est les buts. Nous avons eu nos chances. »

— Artturi Lehkonen

« Ce qu’on doit faire ? Trouver une façon de marquer des buts. En ce qui concerne l’avantage numérique, même chose : il faut obtenir des résultats. »

— Shea Weber

« Corey Crawford a joué tout un match. Mais notre exécution pour la majorité du match n’était pas au point. On n’était pas au point par moments. Je ne sais pas si c’est la pression, ou si c’est le fait qu’on a de la difficulté à un mauvais moment de la saison, mais d’autres équipes qui vivent ça sont mieux placées que nous au classement, elles sont en séries. Toronto, Boston, ils en ont perdu trois de suite. Ces choses-là, ça arrive, mais en ce moment, on n’est pas dans une position pour passer à travers ça. »

— Claude Julien

Propos recueillis par Richard Labbé, La Presse

Dans le détail

Encore le jeu d’impuissance…

Un trio d’observations sur le match entre le Canadien et les Blackhawks 

Si le Canadien finit par louper sa place en séries – et au rythme où vont les choses, c’est très bien parti – , il faudra assurément se demander ce qui aurait pu être différent si le jeu du club en avantage numérique avait été juste un peu plus efficace. Le Canadien a le pire avantage numérique de toute la Ligue nationale, avec seulement 26 buts marqués avec l’avantage d’un homme depuis le début de cette saison qui s’envole lentement en fumée. Vous vous demandez ce qui cloche ? Les joueurs aussi se le demandent, et c’est peut-être ça le problème. Hier encore, le Canadien a été blanchi à ce chapitre (zéro en trois). « Honnêtement, je ne sais pas pourquoi ça ne marche pas à cinq contre quatre, a répondu Jeff Petry après le match d’hier. C’est un problème et ça nous a fait mal depuis le début de la saison. Mais en même temps, on ne peut pas arrêter. Il faut continuer de travailler pour tenter de trouver une solution au problème. »

Kotkaniemi sur le banc

Vous avez eu du mal à repérer Jesperi Kotkaniemi lors du match d’hier soir ? Ça s’explique. L’entraîneur Claude Julien a essentiellement cloué le jeune attaquant au banc lors des deux dernières périodes. Ainsi, Kotkaniemi n’a connu que trois présences lors de la deuxième période, puis deux présences très brèves lors de la dernière période de jeu. En tout, il n’a été employé que pendant 7 minutes 56 secondes de jeu lors de cette rencontre. Après le match, Julien a expliqué qu’il n’avait pas apprécié le jeu en défensive du jeune homme, et c’est pourquoi il a dû sauter plusieurs fois son tour. « C’est un jeune joueur et il apprend, a dit le coach. Pendant deux ou trois présences sur la glace, il a laissé aller le joueur dont il était responsable en couverture défensive. »

Grosse soirée pour Crawford

C’est Carey Price qui a été honoré avant le match en raison de ses 315 victoires, un record d’équipe comme chacun sait, mais cette soirée a été celle d’un autre gardien. Le Montréalais Corey Crawford, dont c’était seulement le 30e match cette saison, a peut-être offert sa meilleure performance de la campagne, en récoltant son deuxième blanchissage de 2018-2019, après avoir repoussé les 48 tirs du Canadien. Parmi ses nombreux coups d’éclat : un spectaculaire arrêt de la mitaine face à Artturi Lehkonen lors de la deuxième période. Le Finlandais a bien mis quelques secondes à s’en remettre. « On sait qu’il faut marquer plus souvent, mais Corey Crawford a vraiment très bien joué pour eux, a expliqué le défenseur Jeff Petry après le match. On a tout lancé dans sa direction, et il a quand même trouvé le moyen de tout arrêter. »

En hausse

Nate Thompson

Il a rarement été aussi visible offensivement depuis son arrivée à Montréal. L’ajout de Paul Byron au sein du quatrième a dynamisé cette unité.

En baisse

Joel Armia

Depuis son tour du chapeau à New York, il est tombé à plat. Aucun point à ses sept derniers matchs, et on lui voit moins de ces petits jeux qui le rendaient utile à son équipe.

Le chiffre du match

8

Brendan Perlini a marqué hier son huitième but à ses sept derniers matchs. Une réponse spectaculaire à son entraîneur après qu’il eut été laissé de côté quatre matchs de suite.

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