Décryptage

Mensonges et conséquences

Le plaidoyer de culpabilité de l’ex-avocat de Donald Trump, Michael Cohen, qui a reconnu la semaine dernière avoir menti au Congrès pour protéger son ancien client, est un nouveau coup dur pour le président dans le cadre de l’enquête russe. 

New York — « Michael Cohen a beaucoup de flair pour le marché immobilier. Il a investi dans mes immeubles parce qu’il aime faire de l’argent – et il en fait. Bref, c’est une personne très intelligente. »

En 2007, Donald Trump tenait ces propos à un journaliste du New York Post, qui s’intéressait aux acquisitions du nouvel avocat personnel du promoteur immobilier. Sur une période de cinq ans, Michael Cohen et des membres de son entourage, dont son beau-père d’origine ukrainienne, avaient dépensé 17,3 millions de dollars pour acheter des appartements dans des tours portant le nom Trump à New York. Le Post notait que ce beau-père, Fima Shusterman, avait été mêlé dans les années 90 à une affaire de blanchiment d’argent pour laquelle il avait plaidé coupable.

Le président américain a évidemment changé d’avis concernant Michael Cohen. Jeudi dernier, il a dénigré son intelligence, sa force morale et surtout son honnêteté. Il venait d’apprendre que son ancien fixer avait plaidé coupable à une accusation d’avoir menti au Congrès sur un projet immobilier de l’organisation Trump à Moscou.

Selon l’acte d’accusation, ce projet n’a pas été abandonné en janvier 2016, comme l’avait prétendu Michael Cohen précédemment. Il a fait l’objet de nombreuses discussions avec le futur président des États-Unis et ses enfants au moins jusqu’au mois de juin 2016, de pourparlers avec l’adjointe personnelle de Dimtry Peskov, porte-parole de Vladimir Poutine, et de préparatifs de voyage en Russie de la part de Michael Cohen à l’invitation de Peskov.

Même si ces discussions et ces démarches n’étaient pas en soi illégales, elles ont ou auraient placé Donald Trump en position de vulnérabilité à l’égard d’un adversaire géopolitique des États-Unis.

À l’époque, le candidat républicain à la présidence niait tout lien d’affaires avec la Russie et appelait à la levée des sanctions américaines contre ce pays. Levée de sanctions qui constituait une condition essentielle à la concrétisation d’une Trump Tower à Moscou, le rêve d’une vie. Vladimir Poutine, dont le gouvernement menait une campagne d’influence aux États-Unis au même moment, était bien placé pour savoir que Donald Trump mentait – et pour le faire chanter au besoin.

Versions contradictoires

La grande ironie de cette affaire, c’est que le nouvel avocat personnel de Donald Trump, Rudolph Giuliani, a affirmé jeudi dernier que les nouveaux aveux de Michael Cohen ne contredisaient pas les réponses écrites fournies le 20 novembre dernier par son client aux questions de Robert Mueller, procureur spécial chargé d’enquêter sur l’affaire russe.

Comment est-ce possible ? Comment Michael Cohen peut-il dire la même chose que Donald Trump sur le projet de Moscou alors qu’il vient d’admettre avoir menti sur ce sujet au Congrès dans le but de protéger son ancien client ?

La réponse semble évidente. Et elle représente un des plus grands dangers auxquels fait face Donald Trump, sur lequel pèsent des soupçons de collusion avec la Russie et d’entrave à la justice. Certes, le président ne risquerait probablement pas d’être inculpé pour avoir menti au procureur spécial si ce dernier pouvait en faire la démonstration. Mais le prix politique à payer pour un faux témoignage pourrait être lourd, comme l’a découvert Bill Clinton, dernier président américain à avoir fait face à une procédure de destitution.

Robert Mueller examinera également les réponses du président à d’autres questions cruciales.

Savait-il à l’avance que son fils aîné rencontrerait, le 9 juin 2016 à la Trump Tower, une avocate russe, Natalia Veselnitskaïa, dans la perspective d’obtenir des informations nuisibles sur Hillary Clinton ? Avait-il été mis au courant en août 2016 par son confident de longue date, Roger Stone, du projet de WikiLeaks de publier en octobre 2016 des courriels sur sa rivale démocrate ?

Le procureur spécial scrutera également les réponses fournies par Donald Trump fils au Congrès sur le « Projet Moscou » et la rencontre à la Trump Tower. Mais sa cible principale se trouve à la Maison-Blanche. Et Michael Cohen est probablement le témoin le plus important à sa disposition. Certainement plus important que Paul Manafort, ancien président de la campagne présidentielle de Donald Trump, accusé la semaine dernière d’avoir violé sa promesse de collaborer à l’enquête russe en continuant à multiplier les mensonges.

D’autres enregistrements secrets À venir ?

Mais que vaudra la parole de Michael Cohen, qui vient d’avouer avoir menti au Congrès, contre celle de Donald Trump ? L’avocat a peut-être déjà fourni la réponse en enregistrant une conversation à l’insu de son ancien client, dans laquelle les deux hommes évoquent un paiement à une ancienne playmate avec laquelle le président aurait eu une liaison.

« Nous savons que Cohen a conservé des enregistrements », a expliqué à La Presse Seth Hettena, auteur de Trump/Russia, un livre sur l’histoire des liens entre Donald Trump et la Russie. « Il a enregistré Trump pendant qu’il travaillait pour lui. Je pense qu’il est raisonnable de présumer qu’il a d’autres enregistrements dignes d’intérêt. Et je pense que son plaidoyer de culpabilité avait pour but de rendre compte de toutes ses fautes [dans l’affaire russe] afin de pouvoir être un témoin utile pour la suite. »

Cette suite devrait réserver d’autres surprises, compte tenu de la nature sulfureuse des liens entre Donald Trump et Michael Cohen. Elle pourrait même finir par démontrer que les mensonges du 45e président ne sont pas tous sans conséquence.

Corée du Nord

Les vœux de Kim Jong-un seront exaucés après la dénucléarisation

Donald Trump répondra aux attentes du dirigeant de la Corée du Nord Kim Jong-un s’il remplit ses engagements sur la dénucléarisation, a fait savoir hier le président sud-coréen Moon Jae-in, à l’issue de discussions en marge du sommet du G20 à Buenos Aires. 

À un moment où les diplomates s’efforcent d’organiser une deuxième réunion entre MM. Trump et Kim, le président sud-coréen Moon Jae-in a relayé aux journalistes un message que son homologue américain lui a demandé de transmettre au dirigeant nord-coréen.

« Et le message était que le président Trump a une opinion très positive du président Kim et qu’il l’aime bien. Il souhaite donc que le président Kim mette en œuvre le reste de leur accord et alors il réalisera ce que le président Kim souhaite », a déclaré M. Moon à l’agence de presse Yonhap, tandis qu’il se rendait en Nouvelle-Zélande. 

Au sommet du G20 qui s’est achevé samedi à Buenos Aires, M. Trump s’est entretenu avec les présidents sud-coréen Moon et chinois Xi Jinping, dont le pays est un allié de la Corée du Nord.

Le président américain a confirmé samedi qu’il espérait organiser début 2019 une deuxième rencontre avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un après leur sommet historique à Singapour en juin. « Je crois qu’on va le faire […] en janvier ou février, je pense, a dit M. Trump. Nous nous entendons très bien. Nous avons une bonne relation. » Il a précisé que « trois endroits » étaient envisagés pour cette rencontre.

Porte ouverte à une deuxième rencontre

Interrogé pour savoir s’il était prêt à accueillir Kim Jong-un aux États-Unis, M. Trump a répondu : « À un certain moment, oui ». MM. Trump et Kim avaient engagé à Singapour, après plusieurs mois d’escalade belliqueuse, un dialogue visant à la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Mais Pyongyang n’a effectué depuis juin que peu de gestes concrets vers l’abandon de ses programmes nucléaire et balistique. Les responsables américains exigent une dénucléarisation complète, vérifiée et irréversible de la péninsule coréenne avant une levée des sanctions. 

La Corée du Nord a rejeté ce qu’elle appelle un « désarmement unilatéral » et a demandé un processus graduel avec des mesures de réciprocité non précisées.

mexique

La caravane des migrants se disloque

Les migrants partis du Honduras mi-octobre pour aller aux États-Unis se dispersent désormais à Tijuana. Pendant plus de deux semaines, près de 6000 migrants ont été hébergés dans un centre sportif par les autorités de Tijuana. qui ont toutefois dû les transférer vers un nouvel abri, dans un centre de spectacles traversé par des courants d’air glacials. Quelque 2000 migrants s’y trouvaient hier, selon Mario Osuna, de la mairie de Tijuana. Environ 500 autres sont restés près du premier camp et dorment à même la rue. Quant au reste des migrants, c’est-à-dire environ 3500, « nous ignorons où ils se trouvent », a dit Mario Osuna. En novembre, les États-Unis ont repoussé des migrants qui tentaient de traverser le mur frontalier avec des gaz lacrymogènes. Cet épisode a traumatisé de nombreux migrants, qui se sont résignés à retourner dans leur pays d’origine ou à s’installer au Mexique. — Agence France-Presse

États-Unis

Semaine d’hommages à George H.W. Bush

Les États-Unis commencent plusieurs jours de cérémonies en hommage à George Herbert Walker Bush, qui présida le pays pendant la fin de la guerre froide. Le 41e président américain sera enterré selon le protocole des obsèques d’État, mercredi, après avoir été exposé en chapelle ardente pendant 37 heures sous la coupole du Capitole. À Washington, les funérailles de George H.W. Bush seront célébrées mercredi en présence, notamment, du président Donald Trump, de Michelle Obama et de l’ancien premier ministre canadien Brian Mulroney, qui prononcera un éloge funèbre, selon Politico. Un autre office funèbre aura ensuite lieu au Texas, où l’ancien président doit être enterré sur le campus de l’université A&M, où se trouve sa bibliothèque présidentielle. Il y sera inhumé aux côtés de Barbara, son épouse morte en avril, et de Robin, leur fille morte d’une leucémie à l’âge de 3 ans.

— Agence France-Presse

enquête sur l’affaire russe

Roger Stone serait dans la ligne de mire du procureur

Roger Stone, ami de longue date et conseiller informel de Donald Trump, a nié hier avoir évoqué une éventuelle grâce avec le président américain, alors que des médias ont rapporté qu’il était lui aussi dans la ligne de mire du procureur spécial sur la Russie. Il a par ailleurs nié tout contact durant la campagne présidentielle américaine de 2016 avec Julian Assange, créateur de WikiLeaks, site qui a diffusé des messages piratés du camp démocrate dans le but affiché d’influencer l’élection. « Non, je n’ai pas été en contact avec Assange, a dit Roger Stone sur la chaîne ABC. Nous n’avons eu aucune communication d’aucune sorte avec lui. » L’homme a dit aussi n’avoir jamais été contacté par Robert Mueller, le procureur spécial qui tente de déterminer s’il y a eu collusion ou coordination entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie en 2016. — Agence France-Presse

États-Unis

Trump veut abroger l'ALENA pour accélérer l'adoption du nouvel accord

Le président des États-Unis Donald Trump a annoncé son intention de faire savoir au Congrès qu’il envisageait d’abroger l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) dans le but de faire pression sur les législateurs pour qu’ils approuvent la nouvelle entente entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. M. Trump, le premier ministre du Canada Justin Trudeau et l’ancien président du Mexique Enrique Peña Nieto ont signé l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) au début des réunions du G20, vendredi en Argentine. Un certain nombre de démocrates au Congrès ont indiqué qu’ils avaient des problèmes avec l’ACEUM dans sa forme actuelle et affirmé qu’il faudrait des mécanismes d’application plus stricts pour les nouvelles règles du travail et des mesures de protection de l’environnement afin de gagner leur soutien. — La Presse canadienne

Conflit commercial

Pékin va « réduire et supprimer » les droits de douane sur l’automobile américaine

La Chine va « réduire et supprimer » les droits de douane sur les automobiles américaines qu’elle importe, a affirmé hier soir Donald Trump, au lendemain d’une trêve convenue avec le président chinois Xi Jinping dans leur conflit commercial. « La Chine a accepté de réduire et de supprimer les droits de douane sur les voitures venues en Chine depuis les États-Unis. Actuellement, ces droits de douane sont de 40 % », a écrit sur Twitter le chef d’État américain. Après sa rencontre avec son homologue à l’issue d’un sommet du G20 à Buenos Aires, les deux pays avaient annoncé par communiqué une pause à la surenchère des droits de douane, sans donner beaucoup de détails. De retour d’Argentine, M. Trump avait vanté le compromis trouvé avec Pékin. « C’est un accord incroyable », avait-il dit à la presse à bord de l’avion présidentiel. Hier soir, M. Trump n’expliquait pas plus en détail quels droits de douane sur l’automobile seraient concernés. M. Trump réfléchit par ailleurs à une augmentation des taxes sur les véhicules importés depuis l’Union européenne, partenaire commercial avec lequel il estime la relation inéquitable. — Agence France-Presse

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