Gilets jaunes

Mobilisation en hausse, violences en baisse

Paris — La mobilisation des gilets jaunes a connu un vif rebond hier en France, où plus de 80 000 protestataires ont défilé contre la politique d’Emmanuel Macron, sans heurts majeurs, à trois jours d’un débat national censé apaiser leur colère.

Quelque 84 000 manifestants ont été recensés dans toute la France, selon la police, soit un chiffre nettement en hausse par rapport au samedi précédent, où le ministère de l’Intérieur avait dénombré 50 000 personnes, après un essoufflement du mouvement en fin d’année.

« Il y a un regain assez formidable depuis une semaine et qui va encore s’accentuer. »

— Thibault Devienne, 23 ans, gilet jaune de Juvisy, en banlieue parisienne, venu défiler dans les rues de la capitale

Si plusieurs manifestations ont été émaillées de heurts, notamment à Paris, Bordeaux, Toulouse, Bourges et Caen, les violences ont été globalement moins nombreuses. Au total, 244 personnes ont été interpellées, dont 201 ont été placées en garde à vue, selon le ministère de l’Intérieur.

« Les violences ont pu être contenues grâce à un dispositif important, mobilisant 80 000 membres des forces de sécurité intérieure, axé sur la mobilité, la réactivité et la capacité à interpeller, qui a fait la démonstration de son bien-fondé », s’est félicité le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner.

À Paris, où 8000 personnes ont défilé « dans le calme » et « sans incident grave », « la responsabilité l’a emporté sur la tentation de l’affrontement », a salué M. Castaner dans une déclaration transmise à l’AFP.

« Macron nous réunit »

Le ministre a toutefois condamné sur Twitter les agressions dont ont été victimes des journalistes.

« Dans notre démocratie, la presse est libre. Dans notre République, la liberté d’informer est inaliénable. Violenter des journalistes, c’est attenter à l’une et à l’autre », a-t-il écrit.

À Paris, le cortège des gilets jaunes a défilé dans le calme, encadré par un service d’ordre, les rues résonnant des habituels « Macron démission ».

« Macron qui dit qu’il faut encore faire des efforts, mais non ! Les gens n’en peuvent plus. »

— Virginie Pieru, directrice de crèche en banlieue parisienne

Les forces de l’ordre ont dû faire usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau pour repousser des manifestants qui leur lançaient des projectiles dans le secteur des Champs-Élysées et autour de l’Arc de triomphe, point d’arrivée de la manifestation, selon des journalistes de l’AFP.

Un total de 149 personnes ont été interpellées à Paris, notamment pour port d’arme prohibée ou participation à un groupement en vue de commettre des violences, a indiqué la police. Parmi elles, 108 ont été placées en garde à vue.

Ailleurs en France, les manifestants ont été nombreux à défiler. Comme à Bourges, ville du centre du pays de 66 000 habitants, où ils étaient environ 6300 à manifester dans une ambiance bon enfant. En fin d’après-midi, des heurts ont toutefois éclaté entre des groupes et les forces de l’ordre.

Deux gilets jaunes de 17 et 28 ans ont été blessés par des tirs de policiers. Au total, 19 personnes ont été interpellées.

« On veut la dissolution de l’Assemblée. Macron doit arrêter de faire la sourde oreille et s’apercevoir du mal-être », plaidait William Lebrethon, 59 ans, un artisan dans le bâtiment venu protester contre « les abus de pouvoir ».

« Du cash, du concret »

Cette hausse de la mobilisation en France intervient alors que le président Emmanuel Macron et son gouvernement lanceront mardi un « grand débat national », dont l’ambition est de calmer la colère des gilets jaunes.

Depuis le 17 novembre, ces Français issus des classes populaires et moyennes dénoncent la politique fiscale et sociale du gouvernement, qu’ils jugent injuste, et réclament un pouvoir d’achat accru. Ces gilets jaunes sont restés insensibles aux concessions annoncées par M. Macron à la mi-décembre.

Et le mouvement, dont l’impact sur l’économie française est sévère, d’après les autorités, reste populaire dans l’opinion publique malgré les violences.

Pour reprendre la main sur son quinquennat, le président de France a fait de la consultation nationale sa priorité. « C’est pour nous endormir, ce truc. Ce qu’il faut, c’est du cash, du concret, le plus tôt possible », a d’ores et déjà répondu un couple de manifestants, Jean-Luc Dugast et sa compagne Marie-Thérèse Augusto.

Ce mouvement des gilets jaunes a commencé à se répandre dans le monde, contre les politiques économiques des gouvernements, mais dans des proportions plus modestes qu’en France.

Ainsi des centaines de personnes, beaucoup revêtues d’un gilet jaune, ont défilé hier à Londres pour dénoncer l’austérité et réclamer des élections générales anticipées.

Au Canada, plusieurs groupes de yellow vests (gilets jaunes) ont été formés ces derniers jours sur Facebook, l’un d’eux comptant plus de 100 000 membres, avec des propos virulents portés contre le premier ministre Justin Trudeau.

En Belgique, où le mouvement a démarré en novembre comme en France, un homme qui participait à un barrage filtrant sur une autoroute de l’est du pays est mort vendredi soir renversé par un camion.

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