Réseaux sociaux

Quand maman est influenceuse

Sur les réseaux sociaux et notamment sur Instagram, des influenceurs publient parfois des photos commanditées par des marques. Certaines, en compagnie de leur progéniture.

Il y a sept ans, Sophie Montminy créait un compte Instagram sous le nom de Sofym. Elle est aujourd’hui suivie par un peu plus de 7600 personnes. Elle y partage son quotidien, ses coups de cœur, ses conseils mode, ses moments avec son mari… Cette année, elle y a documenté sa grossesse et annoncé la naissance de son fils, Massimo – maintenant âgé de 3 mois.

Le nourrisson apparaît désormais à ses côtés sur certaines photos. Et dans certaines légendes de ses clichés, Sophie Montminy cite la Boutique pour enfants Vestibule Mini, la marque ATTITUDE ou le Festival de la Fête de la musique Tremblant. Des marques avec lesquelles elle a collaboré, en échange d’une rétribution ou de cartes-cadeaux.

Dans le jargon du milieu, on parle de « marketing d’influence ». Un phénomène assez récent au Québec. Le principe : les marques approchent des influenceurs pour promouvoir leurs produits sur les réseaux sociaux. Elles peuvent leur envoyer des produits gratuitement en espérant qu’ils en parleront de manière positive.

Autre option : les annonceurs peuvent rémunérer les influenceurs pour que ces derniers mettent en avant leurs produits. Sophie Montminy assure avoir travaillé uniquement avec des marques pour lesquelles elle a eu un coup de cœur. « Je vise les marques locales, écoresponsables… Je ne parlerai jamais d’un produit que je n’utilise jamais, qui me rend mal à l’aise, qui est contre mes valeurs ou qui nuit à la santé des jeunes. »

Des avantages multiples

Les avantages pour les marques ? Les influenceurs ont développé une relation de confiance avec leur audience. Leurs abonnés seront plus sensibles à un produit conseillé par un influenceur que par une campagne de publicité classique. En outre, passer par ces personnalités permet de toucher une audience bien précise, de viser une tranche d’âge et un secteur géographique.

En faisant appel à Sophie Montminy, très suivie sur Instagram et sur YouTube par un public féminin, les marques savent qu’elles joignent surtout des mères ou futures mères québécoises. Autre avantage : les enseignes peuvent aisément connaître les retombées de leur campagne. Elles voient si leur nombre d’abonnés augmente sur les réseaux sociaux, si le trafic sur leur site est en hausse, si le nombre d’achats en ligne après la publication de la photo s’accroît.

Audrey Morissette, créatrice des boutiques Vestibule et Vestibule Mini, a fait appel à plusieurs mères influenceuses, dont Sophie Montminy, pour promouvoir ses produits. Elle leur offre des cartes-cadeaux en boutique, en échange de publications.

« Cela nous permet, en tant que petite boutique avec une petite équipe et de petits budgets, de pouvoir faire ces campagnes sans nous ruiner. Les coûts, comparativement à ce que peuvent coûter les publicités traditionnelles, sont très avantageux. »

— Audrey Morissette, créatrice des boutiques Vestibule et Vestibule Mini

« Avec la popularité de ce type de partenariat, il est devenu plus coûteux qu’auparavant de faire ce type de campagne, mais cela reste encore très bon marché », poursuit-elle.

Pour ces parents influenceurs qui font partager leur quotidien, inclure leurs enfants dans leurs projets se fait souvent naturellement. « Il n’a jamais été question de la présence des enfants dans nos demandes, c’est toujours au choix de l’influenceur qui connaît bien sa communauté », explique Franceska Dion, présidente et fondatrice de l’agence FDM, spécialisée dans le développement de stratégies marketing et de relations publiques. Si les influenceurs veulent promouvoir des produits pour enfants sans publier une photo de leur progéniture, ils peuvent toujours les photographier sans. Mais pas sûr que ce soit aussi efficace.

Question d’éthique

Sur Instagram, Léonie Pelletier a une communauté de plus de 8700 abonnés. À la naissance de son premier fils, l’influenceuse a hésité à publier des photos de lui. Jusqu’à son premier anniversaire, elle cachait son visage avec des émojis. À la naissance de son deuxième fils, elle a préféré mettre des photos de lui, mais en évitant les gros plans sur son visage.

Aujourd’hui, « je ne les cache pas systématiquement puisque je présente ma vie en général sur les médias sociaux. J’ai aussi un blogue de mamans, donc c’est devenu difficile de tout cacher alors que j’essayais de donner des conseils et mes coups de cœur sur la maternité. Mais je continue de croire qu’ils doivent avoir une certaine intimité et jamais je ne mettrai quelque chose d’embarrassant pour eux. » Elle a publié des photos de son aîné avec des marques quand elle a reçu des produits gratuits qu’elle aimait. Elle a notamment mis en avant des boutiques québécoises comme Le Petit Cocon, Charlotte et Charlie, ou Robokidshop.

Mais est-ce éthique de travailler en mettant en scène son bambin, sachant que celui-ci n’a parfois pas conscience qu’il est exposé ? « Je pense que la très grande majorité des parents sont extrêmement bien intentionnés par rapport à leur progéniture », indique Aurélie Sauthier, de l’agence Made In, spécialisée dans le marketing d’influence.

« Ils voient la possibilité de faire vivre à leurs enfants des expériences mémorables, par exemple des voyages à Disney qu’ils n’auraient pas pu se permettre financièrement. De plus, ils vont, par exemple, verser l’argent dans des comptes pour leurs enfants plus tard. »

— Aurélie Sauthier

C’est le cas de Sophie Montminy. Quand elle publie du contenu commandité, elle investit une partie de la rétribution dans un REEE pour aider son fils dans ses futures études.

« Les personnalités parents-enfants qui ont le plus de succès sont souvent accompagnées de bons avocats pour les aiguiller dans leurs décisions, indique Aurélie Sauthier. Ce sont des choses qu’ils prennent très au sérieux et ils sont très au fait des notions de droit d’images, par exemple. Évidemment, on est au début du phénomène, alors est-ce qu’on verra éclater dans 10 ans des scandales à la Jordy ? Peut-être, mais on n’espère pas. »

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