OPINION

ALUMINERIE DE BÉCANCOUR Parions sur la réouverture !

Alcoa détient 75 % de la propriété de l’Aluminerie de Bécancour (ABI), le reste appartenant à Rio Tinto. Depuis son lock-out de janvier 2018, Alcoa a fait des rénovations à son usine et ouvert des postes de cadres. En outre, elle vient de recevoir une cargaison d’alumine au port de Bécancour. Rien dans cela ne laisse anticiper une fermeture des activités même si 83 % de l’aluminerie est déjà fermée (600 cuves sur 720).

Par ailleurs, depuis son lock-out, Alcoa propose un important changement. Tout y passe ! Par exemple, des modifications au régime de retraite, une réduction du poids de l’ancienneté dans l’attribution des postes, une réorganisation du travail et une valorisation des droits de la direction. S’ajoute finalement une réduction de l’effectif ouvrier qui s’établirait à 900 salariés, peut-être un peu moins, au lieu des 1030 employés en fonction au moment du lock-out. Dans tout cela, Alcoa n’a jamais brandi la menace de fermeture comme plusieurs employeurs le feraient en pareilles circonstances pour faire pression en leur faveur. Quant au syndicat, il réitère son intention de négocier. C’est un signe encourageant.

Mais Alcoa a toujours exigé des concessions syndicales dans sa négociation tout en agissant de sorte à laisser croire qu’elle entendait rouvrir son usine dans les meilleurs délais.

C’est dans ce contexte que son offre globale récente fut rejetée par les lockoutés, les moins anciens parmi eux anticipant un rappel au travail trop loin dans le temps et risquant de se retrouver d’ici là sans salaire ni allocation syndicale. En outre, la perception d’un recours accru à la sous-traitance, en phase post-retour au travail, n’encourageait pas un vote favorable.

Contre-offre syndicale

À la suite du refus de l’offre patronale par son assemblée générale, le syndicat entend faire une contre-offre. Ce sera l’heure de vérité, car l’employeur sera face à deux options s’il n’accepte pas d’emblée la proposition syndicale : se compromettre par une seconde offre patronale susceptible d’être perçue comme crédible par les lockoutés ou tout refuser sans contrepartie.

La première option, soit le compromis, implique une relance de la négociation qu’il serait impératif de placer sur une voie de résolution de problèmes si, comme la rumeur le laisse croire, un redémarrage est possible en avril 2019. La seconde option, soit le refus en bloc de la proposition syndicale sans contre-offre, fait ressortir deux situations possibles pour Alcoa : le maintien du présent statu quo ou la fermeture temporaire.

Deux facteurs militent en faveur d’un refus de la contre-offre syndicale : d’abord, Alcoa, pour l’année de son lock-out en 2018, a déclaré un surplus de 227 millions (217 millions en 2017) en augmentant ses revenus de 15 %. Ainsi, l’employeur pourrait prétendre que son lock-out de Bécancour ne le dérange pas financièrement. En outre, depuis le début des négociations, la direction est restée très distante des positions syndicales.

Mais, a contrario, les comportements actuels de l’employeur laissent croire à une réouverture prochaine de l’usine, donc à une relance de la négociation. 

D’ailleurs, des sous-traitants s’affairent à des travaux sur les cuves fermées visant à les relancer.

Confier ce travail en sous-traitance présente un double avantage pour l’employeur : d’abord, la sous-traitance coûte moins cher que l’utilisation de la main-d’œuvre syndiquée. Ensuite, elle offre la possibilité de raccourcir le temps de retour au travail des lockoutés. En effet, plus tôt les cuves seront prêtes à un éventuel redémarrage, plus le délai nécessaire pour faire entrer les lockoutés au travail sera court.

Redémarrage prochain ?

Certes, un redémarrage prochain exigerait une reprise des négociations sur une base accélérée et raisonnée. La relance de l’aluminerie invite les parties à négocier une convention collective qui offrirait aux lockoutés des conditions de travail compétitives avec celles des autres alumineries québécoises.

Oser la confiance pourrait s’avérer difficile étant donné la distance qui sépare les parties, mais le redémarrage de l’usine le mérite certainement. Parions sur la réouverture !

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