Poehling :  Un début phénoménal

Une soirée de rêve

Les débuts de Ryan Poehling dans la LNH ont été tout simplement épiques.

Le joueur de centre âgé de 20 ans a réussi son premier tour du chapeau en carrière en plus de réaliser le but vainqueur en séance de tirs de barrage pour procurer une victoire aux Canadiens par la marque de 6 à 5 contre les Maple Leafs de Toronto le 6 avril dernier.

Après le match, le natif de Lakeville au Minnesota était presque sans voix, et à juste titre. Sa performance lors du dernier match de la saison du Tricolore était tout droit sortie d’un film hollywoodien.

De son premier but du match à son but en tirs de barrage, les partisans ont été derrière lui du début à la fin.

« J’ai juste essayé de jouer mon jeu et faire les bonnes choses. Parfois, tu es simplement récompensé lors des matchs comme ça. C’est un moment surréaliste pour moi. Ça ressemble à un rêve », a déclaré Poehling, qui a signé un contrat d’entrée de trois ans avec les Canadiens le 31 mars dernier après que ses Huskies de l’Université St. Cloud State aient été éliminés du tournoi de la NCAA. « Je ne sais même pas quoi dire. Je suis juste sous le choc en ce moment ».

Poehling a marqué une fois en première période, une fois lors du second engagement et puis il a marqué le but égalisateur avec 2min31s à faire au temps réglementaire pour ainsi envoyer les deux équipes en prolongation.

« Je ne pouvais pas imaginer un meilleur scénario »

Au moment de la fusillade, Poehling était le quatrième tireur et il a battu le gardien Frederik Andersen pour provoquer la frénésie chez les partisans dans la foule.

Par la suite, Charlie Lindgren, un autre compatriote de Lakeville a fermé la porte à Kasperi Kapanen pour sceller la victoire.

Peu de temps après, Poehling fut élu première étoile du match. C’est à ce moment que l’Américain a été témoin d’une ovation monstre.

« Ce fut probablement l’un des moments les plus spécial de ma vie jusqu’à présent. J’ai ressenti toute l’ambiance du Centre Bell. Je pense que c’est un accueil formidable », a déclaré Poehling, qui a rejoint Alex Smart (1943) comme étant la seule recrue des Canadiens à avoir réussi un tour du chapeau lors de leur toute première rencontre dans la LNH. « Ça me semblait surréaliste. Je ne crois pas que ça va se reproduire de nouveau. Je ne pouvais pas imaginer un meilleur scénario ».

C’est certain qu’il ne pouvait pas y avoir de meilleur scénario, et ce qui a rendu l’occasion encore plus spéciale, c’est d’avoir toute sa famille dans la foule pour célébrer le tout avec lui.

Sa mère, Kris, son père, Tim, et ses frères Nick, Jack et Luke étaient tous présents dans l’amphithéâtre pour assister à ce spectacle.

D’ailleurs, rappelez-vous que si les Huskies, qui étaient parmi les meilleurs au classement, avaient été qualifiés pour le Frozen Four de la NCAA, il n’aurait pas été en mesure de rejoindre le Tricolore à temps pour clore la saison et ce moment n’aurait peut-être pas eu lieu.

Le numéro 25 des Canadiens ne voulait même plus penser à cela.

« Je pense que dans la vie chaque chose arrive pour une raison », a déclaré Poehling,. « Si nous finissions par remporter ce match de la NCAA contre l’American International College, je ne serais probablement pas ici aujourd’hui. Mettre en perspective tout cela est assez spécial ce que Dieu peut faire dans votre vie, tu dois lui donner ».

Eigner : « J’ai vraiment hâte de voir ce qu’il peut accomplir »

À l’occasion de son premier match en carrière dans la LNH, Poehling avait plusieurs supporteurs présents au Centre Bell, mais également plusieurs d’entre eux ont savouré le moment devant leur téléviseur. L’ un d’entre eux était Trent Eigner.

Eigner a été l’entraîneur du joueur de centre de 20 ans pendant trois saisons à l’école secondaire Lakeville North et il connaît l’espoir des Canadiens depuis l’âge de 11 ans.

Les événements qui se sont déroulés le 6 avril dernier ont profondément touché Eigner, qui a suivi la rencontre face aux Maple Leafs sur les ondes de NHL Networks alors qu’il assistait à une soirée d’anniversaire.

« Ma femme s’est tournée vers moi en début de match après que Ryan a marqué son premier but et elle m’a demandé si je pleurais. J’ai simplement évité la question en essuyant une larme », raconte Eigner qui a dirigé les Panthers de Lakeville North au cours des neuf dernières saisons. « Ayant suivi ce garçon et après l’avoir dirigé, j’étais très émotif de le voir réaliser son rêve en direct. »

Poehling a aussi décrit ces événements comme le scénario d’un rêve, ce qui ironiquement n’était pas très loin de la réalité. Après avoir marqué un premier but en première période et un autre en deuxième, il a trouvé le fond de la cage pour créer l’égalité en fin de troisième période. Puis l’athlète originaire du Minnesota a conclu cette soirée absolument magique en inscrivant le but gagnant en fusillade.

Bien au fait des capacités de Poehling, Eigner n’était pas surpris que son ancien joueur ait saisi l’occasion et qu’il ait livré la marchandise.

« J’ai expliqué à ses frères par texto comment il était surréaliste de voir ce qui se passait à ce match et je ne dis pas cela parce que j’étais surpris de le voir réaliser cela. C’est tellement lui et dans sa nature d’arriver dans une situation du genre et de faire quelque chose comme ça », raconte Eigner. « Avec beaucoup d’humilité, je crois que cela a paru qu’il comprenait en partie pourquoi les choses se passaient ainsi. Ça me frappe combien il est le type de gars qui profite de chaque aspect des situations. »

QUE DES ÉLOGES

Les situations en question doivent inclure le duel qui l’a opposé à Frederik Anderson sous les feux de la rampe au Centre Bell.

Eigner observait Poehling de près avant la fusillade et il était convaincu que son ancien joueur allait profiter de son occasion.

« Je surveillais vraiment comment il se comportait. Avant de foncer sur la rondelle et simplement son approche du filet. Il ressemblait au gars que j’ai connu et qui improvisait à l’entraînement au secondaire. Il avait tellement l’air à son aise, confiant de ce qu’il allait faire et sûr du résultat, explique Eigner. Pour un gars aussi humble, c’était approprié. J’étais devant mon écran à des milliers de kilomètres au Minnesota, mais je pouvais sentir l’énergie se bâtir. »

Autant qu’Eigner a apprécié de voir Poehling trouver le fond du filet à quatre occasions, il a aussi vraiment aimé comment l’ancien de l’Université St. Cloud State a profité de son expérience.

« J’ai tellement aimé quand la caméra nous montrait son visage et je peux voir ce sourire authentique. Le gars démontrait une attitude détendue à la suite de ce qui venait de se passer. À la source même de son succès, il a beaucoup de plaisir à vivre tout cela. C’est quelque chose de difficile à décrire ou à expliquer aux gens », estime Eigner. « Je pouvais vous dire en regardant son visage qu’à ce moment et à cet endroit, il avait autant de plaisir que quiconque pourrait avoir dans cette situation. Je crois que ce sera toujours le cas pour lui quand il chaussera ses patins pour jouer au hockey. »

La passion incroyable de Poehling pour le sport est une des nombreuses choses qui font de lui un joueur spécial selon l’entraîneur de 48 ans des Panthers.

Le joueur par excellence du Championnat du monde junior de 2019 figure aussi parmi les plus beaux cerveaux de hockey avec qui Eigner a pu travailler.

« Ce qui a toujours ressorti pour moi comme entraîneur est qu’il est un des rares joueurs, sinon le seul avec qui j’ai travaillé, qui m’a vraiment forcé à écouter attentivement ce qu’un joueur a à dire et je considère aujourd’hui cela comme une très bonne chose. Je vous dis cela le plus gentiment du monde. J’ai dû admettre que ce gars voyait le hockey à un niveau complètement différent du mien, raconte Eigner. Très souvent et au premier coup d’œil, quand tu vas diriger un gars comme lui, tu dois constamment jeter un regard sur le rétroviseur et quand tu reviens pour examiner une situation qui s’est produite dans un match, il avait raison à propos de ce qu’il voyait. C’était vraiment une expérience d’apprentissage comme entraîneur, de travailler avec un gars qui voyait non seulement le match à un niveau tellement plus élevé, mais qu’il appréciait le sport davantage que simplement les rouages. »

« À un jeune âge, Ryan a compris combien il était choyé et il a pris une responsabilité en pratiquant son sport à un haut niveau. J’aime son approche au jeu. Longtemps, il m’a dit qu’un jour il jouerait dans cette ligue et il me partageait cela avec beaucoup d’humilité et de charisme à la fois. Au cours de mes neuf années en poste, je n’ai jamais entendu un coéquipier qui n’appréciait pas sa compagnie, a-t-il conclu. J’ai vraiment hâte de voir ce qu’il peut accomplir. »

Un texte de Matt Cudzinowski, traduit par Pierre-Antoine Mercier et Philippe Germain

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