Théâtre

Aux commandes d’une Licorne en santé

Changement de garde au théâtre La Licorne : après une décennie en poste, le directeur artistique Denis Bernard passe la main à son adjoint, le comédien et metteur en scène Philippe Lambert. Héritant d’une monture en santé, le nouveau maître promet d’en prendre soin et de la rapprocher de ses origines, sans pour autant annoncer de révolution.

Continuité

Assis dans le grand hall d’entrée de La Licorne, Philippe Lambert ne fait pas de cachette : il ne débarque pas avec le mandat de remuer ciel et terre. En fait, il ne « débarque » pas exactement, puisqu’il était l’adjoint au directeur artistique et général depuis 2007. « Je suis la continuité, on ne peut pas en faire abstraction », concède-t-il, reconnaissant que son théâtre « est en santé ». « Le public est là, et sa réponse va être bonne tant qu’on continue de lui proposer des aventures artistiques vivantes, riches, déstabilisantes… » N’empêche, insiste-t-il, « il faut être vigilant et ne jamais tenir ce public pour acquis ». Il arrive tout de même avec quelques idées dans sa manche, souhaitant notamment une grille horaire plus aérée, qui donnerait une plus longue vie aux spectacles qui connaissent le plus de succès.

Connexion anglo-saxonne

Il espère également renforcer la connexion que La Licorne entretient depuis des années avec la dramaturgie anglo-saxonne, qu’on voit d’ailleurs se développer chez Duceppe, par l’entremise des codirecteurs artistiques Jean-Simon Traversy et David Laurin, qui ont en quelque sorte « grandi » à La Licorne. « C’est vrai qu’on est un peu dans les mêmes platebandes, mais chez nous, on peut aller chercher des créations plus provocantes : notre public est curieux et est prêt à ça. Il veut ça », estime Philippe Lambert, qui voit dans les textes anglais et écossais « une profondeur et une humanité » plus développées aux États-Unis, par exemple. Un texte catalan sera par ailleurs présenté en lecture cet hiver, une première.

Acteur et metteur en scène

Philippe Lambert a terminé ses études à l’École nationale de théâtre en 1996. C’est toutefois comme metteur en scène qu’il a surtout fait sa marque depuis le milieu des années 2000. Au cours de l’année 2017, il a notamment dirigé à La Licorne les productions Psychédélique Marilou et Baby-Sitter, saluées par le public et la critique. Sa nomination comme directeur artistique et général de la compagnie La Manufacture (qui assure la direction artistique de La Licorne) a été annoncée le 14 décembre dernier.

Bien secondé

Laissant vacante la chaise de la direction adjointe, Philippe Lambert souhaitait dénicher une candidature féminine pour, dit-il, briser une tradition « très gars ». Il a donc confié le poste à la comédienne et dramaturge Pascale Renaud-Hébert, décrite par son nouveau patron comme « une créatrice allumée, intelligente, sensible ». « Ça fait partie du plaisir de notre travail d’avoir un interlocuteur pour parler de ce qui se passe dans le milieu, ce qui s’en vient, les textes qu’on lit… », dit-il.

Diversité

Qualifiant d’« électrochoc » les controverses entourant les pièces SLĀV et Kanata l’été dernier, Philippe Lambert évoque avant qu’on lui en parle le thème incontournable qu’est devenu la diversité culturelle sur scène. Celle-ci sera, assure-t-il, au cœur des choix artistiques des prochaines saisons. S’il n’a pas encore défini les « quotas » qu’il compte s’imposer, le directeur assure néanmoins que le sujet fera partie des discussions avec les créateurs. « Il faut être curieux, découvrir des talents, s’assurer que ce ne soit pas toujours les mêmes qui sont sollicités… La Licorne a toujours été à l’avant-garde, et j’ai envie qu’on le soit aussi à ce niveau-là. Ce n’est pas être politiquement correct : il faut faire ce pas de plus, poser des gestes concrets, surtout quand ce n’est pas nommé dans le texte. »

ADN à préserver

C’est donc en 2020-2021 que le public découvrira la première saison élaborée par Philippe Lambert – la programmation de l’an prochain sera la dernière ficelée par son prédécesseur. Le nouveau patron entrera en poste au cours des prochains jours. Il promet de continuer d’encourager le théâtre de création, partie intégrante de l’ADN de La Licorne, en cherchant notamment à encore mieux accueillir et encadrer les jeunes créateurs. En outre, La Manufacture, compagnie maison dont la pièce La Queens’ commence cette semaine, est et restera « le fer de lance » du théâtre de l’avenue Papineau. Mais ce que le directeur entend défendre plus que tout, c’est la connexion qu’entretient La Licorne avec son public et la société qui l’entoure. Entretenir un « dialogue » constant. « On veut toujours en faire plus pour le public, lui montrer autre chose. Pour moi, c’est ça, le plus important », conclut Philippe Lambert.

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