Maxence Parrot et Louis-Philippe Simoneau

Le sport comme outil de guérison

Ils ont le même âge, pratiquent un sport de haut niveau et viennent tous les deux de vaincre le cancer. Et ils vont bientôt reprendre la compétition à quelques jours d’intervalle. Entrevues avec Maxence Parrot et Louis-Philippe Simoneau, deux véritables phénomènes.

Il y a quelques jours, Maxence Parrot prenait part à un tournoi de célébrités à la Coupe Rogers. Le tennis n’est pas vraiment son sport, mais il vit pour la compétition et a offert une belle performance.

Le médaillé des Jeux de PyeongChang en surf des neiges avait annoncé au début de l’année qu’il souffrait d’un lymphome de Hodgkin, une forme de cancer dont le taux de guérison est relativement élevé. Il a subi six mois de traitements intensifs qui l’ont évidemment beaucoup affaibli, mais qui ont donné les résultats espérés.

« C’est ma plus belle victoire, a-t-il souligné au début de juillet quand il a confirmé que le cancer était complètement disparu de son corps. Je m’y attendais un peu, puisque les scans montraient que les traitements fonctionnaient, mais cela a quand même été un soulagement. »

Dès qu’il a appris sa maladie, Parrot a su qu’il voulait vite revenir à la compétition. Il avait même demandé aux médecins de retarder un peu les traitements afin qu’il puisse participer aux X Games d’Aspen, au Colorado, à la fin de janvier. Mais chaque jour comptait.

Il a donc encerclé une autre date au calendrier : le 31 août, jour des X Games de Norvège, à Oslo. Et depuis sa guérison, il prend les bouchées doubles.

« Ça fait maintenant presque deux mois que j’ai fini tous les traitements, et je me sens très bien. Je reprends ma forme assez rapidement. Exactement au rythme que j’espérais, en fait. Tout mon focus est là-dessus : je m’entraîne quand même six jours par semaine, c’est donc assez intense. »

— Maxence Parrot

« Bien sûr, les médecins m’ont dit d’écouter mon corps, mais je n’ai aucune restriction. Mon objectif a toujours été d’aller aux X Games, et ça n’a pas changé. Je continue de penser que c’est réaliste et je veux y aller pour faire de mon mieux, pour essayer de gagner ! »

Parrot est bien conscient de l’ampleur de la tâche. « Oui, je m’en mets toujours un peu plus que je devrais sur les épaules. Je suis comme ça depuis mes débuts, et ça m’a permis d’atteindre mes objectifs. Je ne vais pas changer aujourd’hui. »

La compétition d’Oslo sera la première de la saison et elle réunira plusieurs grands noms du surf des neiges et du ski acrobatique. Une rentrée « en douceur », mais une vraie compétition quand même. Parrot est inscrit à l’épreuve de big air qui sera disputée sur une rampe et de la neige artificielle. Des conditions auxquelles il est habitué.

Cela dit, ça fait plusieurs mois qu’il n’est pas allé sur la neige… « J’avais fait un peu de planche l’hiver dernier, mais ce n’était rien de sérieux, plus une façon de me changer les idées, avoue-t-il. J’ai repris l’entraînement en gymnase et sur le trampoline et là, je m’en vais en Suisse pour un camp sur la neige. En principe, je me rendrai ensuite directement en Norvège. »

Même s’il revient rapidement à la compétition, Parrot avoue que ses priorités ont changé. « L’hiver prochain, je vais probablement faire un peu moins de compétitions, me concentrer sur les plus importantes, et prendre plus de temps pour moi afin d’aller explorer de nouvelles pistes dans le back country.

« J’avais commencé ça [avant la maladie] et j’ai vraiment adoré ! Tu montes en motoneige, tu es seul sur la montagne. Ça vient vraiment chercher quelque chose en moi, comme un retour à la passion de base.

« Je vais peut-être aussi consacrer plus de temps aux films. Ça fait huit ans que je fais de la grosse compétition, de façon très intense. Je n’ai encore fait que quelques petites vidéos et j’aimerais aborder des projets plus ambitieux. Cela dit, la compétition reste la priorité, je veux aller aux Jeux olympiques dans trois ans. Mais dans quelques années, j’arrêterai peut-être la compétition pour me consacrer aux films. »

Parrot a toujours été l’un des planchistes les plus créatifs sur le circuit mondial, tout en montrant une rare maîtrise de toutes les figures les plus complexes. Difficile de ne pas penser qu’il en a déjà de nouvelles en tête.

« Ma priorité, pour l’instant, c’est de refaire tout ce que je faisais avant ! Je n’ai pas encore vraiment pensé à la suite de la saison, à ce que je vais faire dans les compétitions. En septembre, quand je serai revenu de Norvège, je vais commencer à préparer mes descentes pour rester compétitif. Notre sport évolue rapidement, mais je ne me laisserai pas décrocher ! »

Louis-Philippe Simoneau sait qu’il devra être patient

Le camp de préparation des Carabins de l’Université de Montréal s’est amorcé vendredi dernier, et l’un des premiers sur le terrain était le botteur Louis-Philippe Simoneau. L’étudiant-athlète n’avait pourtant appris que quelques jours auparavant qu’il était guéri d’un lymphome non hodjkinien, un cancer qui l’a obligé à subir un traitement similaire à celui de Maxence Parrot.

Et comme le médaillé olympique, Simoneau s’est servi du sport comme source de motivation. Une équipe de football, c’est une « famille », et les Carabins se sont ralliés autour de leur botteur pour l’aider à traverser cette épreuve.

« C’est dans de telles circonstances qu’on voit qui sont les gens qui comptent vraiment. Mes parents, ma blonde et mes proches, mes coéquipiers et tous les Carabins, même ceux des autres sports et le personnel d’encadrement, ont été là pour m’appuyer à partir du premier jour. »

Comme les médecins avaient exigé un arrêt complet de toute activité pendant les traitements, y compris les études, Louis-Philippe n’a pu obtenir les crédits nécessaires pour garder son admissibilité au football. « Avec Danny [Maciocia, l’entraîneur-chef des Carabins], nous avons fait les démarches pour obtenir une dérogation du Sport universitaire canadien. Elle nous a été accordée récemment, et j’ai pu préparer mon retour sur le terrain. »

Le botteur n’avait jamais cessé complètement de s’entraîner. Pendant les traitements, il a publié une vidéo où on le voit réussir un placement de 60 verges sur le terrain du CEPSUM.

C’est tout de même autre chose de se préparer en vue d’une saison. Même pour un botteur, le football est un sport rude, et les entraînements sont très intenses.

« Danny [Maciocia, l’entraîneur-chef des Carabins] m’a conseillé d’écouter mon corps et d’y aller à mon rythme. Je sais que je vais devoir être patient, que la forme va revenir graduellement. Mais je suis là, avec l’équipe, et je ne pourrais pas être plus heureux. »

— Louis-Philippe Simoneau

Joueur par excellence des unités spéciales au football universitaire québécois en 2018, Simoneau doit prouver qu’il mérite encore son poste avec les Carabins. Trois autres excellents botteurs participent au camp.

« Je veux garder mon poste, c’est certain, et je pense que l’expérience est mon principal atout. Mais en même temps, je suis prêt à aider les plus jeunes, à partager tout mon bagage avec eux. »

On parlait plus haut des proches de Simoneau, et ses parents ne pourraient être plus fiers de lui. En prime, ils gagneront bientôt une belle-fille.

« Ma blonde [Catherine Voustinos] a été extraordinaire, raconte Louis-Philippe Simoneau. Au début, j’ai passé plus de deux semaines à l’hôpital, et elle est toujours restée à mes côtés. Je n’ai pas eu l’occasion de parler à Maxence Parrot, mais Catherine a réussi à joindre sa copine et je pense que ça les a beaucoup aidées, car elles vivaient sensiblement la même chose.

« Cet été, j’ai dit à mes parents que, si je passais à travers de la maladie, je la demanderais en mariage. »

La grande demande a été faite, et les noces devraient être pour bientôt…

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